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Quand Simon Bolivar cherchait les faveurs du sultan Moulay Abderrahmane (1/3)

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Au XIXè siècle, les Etats d’Amérique du Sud reprenaient un à un leur indépendance face à la puissance espagnole, qui avait colonisé presque tout le continent. Fraîchement proclamée (le 17 décembre 1819), la République de Colombie, qui regroupait, le Venezuela, la Colombie actuelle, le Panama, Quito et Guayaquil, tentait de trouver des alliés, même dans les contrées les plus lointaines.

Cette quête d’alliés des «Colombiens» les mena jusque dans les eaux méditerranéennes. Au Maroc, cette indépendance avait provoqué «une grande émotion parmi les membres du corps consulaire accrédité» à Tanger en particuliers. C’était «la première et audacieuse apparition d’un nouveau navire dans les eaux de la métropole portuaire», rapporte l’historien Andrezj Dziubinski, dans sa publication : «Les tentatives d’établir des relations diplomatiques entre la Colombie et le Maroc entre 1825-1827». 

La ville du détroit était jadis un important refuge pour de nombreux révolutionnaires espagnols. C’est ainsi, à la mi-août 1825, que les premiers contacts entre les capitaines colombiens et les réfugiés espagnols résidents au Maroc ont eu lieu et ce grâce à l’aide du Gibraltar anglais, précise l’historien.

Des conditions strictes imposées par le Maroc

L’intérêt colombien de marquer leur présence allait être d’autant plus efficace s’il parvenait à s’allier le Maroc. Ainsi, un premier sondage fût mené par les réfugiés pour connaître la possibilité d’une reconnaissance de la République de Colombie par le sultan marocain, Moulay Abderrahmane.

Des négociations furent alors entamées entre les émigrés et les responsables marocains. Ces derniers, avaient alors affirmé «que le sultan aussi durement que formellement avait laissé entendre qu’il n’écouterait qu’un émissaire du même rang que ceux qui étaient déjà installés et accrédités par le Maroc, et si naturellement il y avait une offrande», poursuit la même source. Etant donné, que la République de Colombie n’avait pas de consul à Tanger et qu’elle n’était toujours pas reconnue par le royaume, le sultan avait donné l’ordre de poursuivre les corsaires colombiens.

En réalité, bien que le Maroc ait quelque peu ignoré les avances bolivarienne, il était en situation de faiblesse. En effet, la flotte marocaine avait été liquidée par le sultan Moulay Slimane ben Mohammed, après le bombardement d’Alger (27 août 1816). Son successeur et neveu Moulay Abderrahmane ben Hicham entamait justement la reconstruction de cette flotte marocaine. 

Le premier navire marocain ayant pris le large, sous le règne Moulay Abderrahmane, avait été baptisé «Seif al Jihad», et comptait pas moins de huit canons et un équipage formé par plus de 60 hommes. En 1825 le navire partit en patrouille sur la côte océanique du cap Sao Vicente au Portugal et au cap Finisterre en Galice.

Entre temps, la situation interne se dégradait en raison notamment de la ville de Meknès assigée par des opposants à la politique fiscale menée par le sultan. Ce dernier finira par quitter la ville et s’installer à Marrakech ou il délocalisera tous les tribunaux, note l’historien.

L’opération de charme des Colombiens

Cette année-là, les relations entre le royaume du Maroc et ce que fût la République de Colombie prend un tournant décisif. En novembre 1825, «Trinidad», une goélette colombienne entre au port de Tanger. Une soixantaine d’hommes sous le commandement du capitaine Johnson se trouve alors sur le bateau qui brandissait un drapeau «jaune, bleu et rouge et un drapeau blanc en signe de désir de dialoguer avec les autorités du port», précise Andrezj Dziubinski.

Leur venue avait fait grincer des dents le consul espagnol Briarly «qui a protesté contre l’accueil de ses ennemis». Le capitaine Johnson explique alors qu’il avait un message officiel du consul des Etats-Unis pour le sultan. Les autorités marocaines «soumises aux pressions du consul américain, qui avait demandé la possibilité de rencontrer le capitaine colombien», lui autorisèrent de débarquer. 

Le contenu de cette lettre remise au sultan par le consul américain Mellowny, n’a jamais été révélé ; bien qu’il ait été question de «grands avantages après la conclusion d’un traité entre la Colombie et le Maroc», précise l’historien Andrezj Dziubinski. Le sultan, qui se trouvait alors à Fès, avait gardé «la plus haute idée de la puissance du gouvernement colombien», souligne des documents du consulat de France. La goélette quitta le port de Tanger le 14 novembre prévoyant de revenir dans les plus brefs délais pour obtenir des réponses.

Le mystérieux Tripland

Cet échange sera suivi par de nombreux va-et-vient effectués lors de l’opération de séduction du gouvernement colombien. C’est ainsi que débarque un autre navire, le «Pinchincha» avec le capitaine John Maitland aux commandes. Les discussions et négociations ont été menées par le capitaine, le pacha de Tanger et un certain Tripland, dont le rôle et le passé demeurent à ce jour assez énigmatiques. Cet ancien commerçant se faisait appelé «le principal moteur de toutes les manœuvres employées pour réussir» et sera choisi en 1825 comme représentant de la République de Colombie au Maroc.  

Le pacha de Tanger./Ph.DRLe pacha de Tanger. / Ph.DR

Tripland avait donné à connaitre les avantages dont allait bénéficier le sultan et le Maroc s’il venait à s’allier à la République de Colombie. «Il a proposé la moitié des trophées que les Colombiens apporteraient à Tanger, il a également promis des cadeaux très précieux. C’était un fort argument qui a immédiatement influencé le pacha», précise l’historien.

Pourtant, les négociations resteront au point mort. Plus de dix mois après cette visite, c’est finalement le 6 juin 1827 que le navire «Pinchincha» jette à nouveau l’ancre dans la baie de Tanger. Le capitaine John Maitland se présente cette fois-ci comme plénipotentiaire du président Simón Bolívar, annonçant qu’il est porteur d’un message pour le sultan Moulay Abderrahmane. Ainsi sur cette lettre citée par l’historien, peut-on lire :

«La République de Colombie désire vivre en bonne harmonie et être l’amie de S. M. l’Empereur de Maroc. Elle demande à S.M. qu’elle permette à ses navires de guerre et autres, ainsi qu’à ses citoyens l’entrée dans les ports de son empire à l’instar des autres puissances chrétiennes qui ont des traitées avec S.M. […]»

Dans la lettre il sera alors question de nommer «un Consul, qui à l’instar de ceux des autres Nations veillera au maintien de la bonne harmonie entre les deux gouvernements, et sur les intérêts des nationaux». Les avances colombiennes furent cette fois bien accueillies par le sultan Moulay Abderrahmane, mais les choses se compliquèrent lorsque l’Espagne se verra menacée par cette alliance.


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