Quelles alternatives pour désenclaver ces régions « oubliées »?

Chaque année que Dieu fait, des aides sont envoyées dans les zones enclavées du Royaume pour soutenir une population oubliée et encerclée par le froid et la neige de l’hiver.

Rien que cette année, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baïtas, a indiqué que le Plan national d’atténuation des effets de la vague de froid pour la saison actuelle a ciblé une population d’environ 795.727 personnes, soit 150.460 familles issues de 1.816 douars.

Pourtant, jamais un plan social ou une politique sérieuse n’ont été mis en place pour sortir ces régions de leur misère ou au moins faire en sorte qu’elles disposent des infrastructures nécessaires pour faire face au froid, à la maladie ou encore à la faim.

Sollicité à ce sujet par Hespress Fr, Omar Zniber, professeur d’économie à l’Université Mohamed V de Rabat et membre de l’ASMECI (Association marocaine d’études et de recherches en économie islamique) a confirmé qu’en effet, il s’agit d’un problème récurrent au Maroc.

 » Il y a des gens qui vivent dans des régions qui sont coupées du Maroc, voire du monde, pour des raisons climatiques parfois, et qui sont souvent dans des situations très précaires que ce soit dans leur manière de vivre ou encore en termes d’approvisionnement. Il y a certes des initiatives privées de jeunes médecins marocains qui organisent des caravanes à destination de ces régions enclavées et perdues pour venir en aide aux populations, ausculter les gens et faire des diagnostics. Mais, ça reste des initiatives privées. Après est-ce qu’il y a une structuration ? Est-ce qu’il y a une façon de résoudre ce problème de manière permanente ? Oui !« , estime l’économiste et fervent défenseur des droits des ruraux.

En effet, Omar Kettani nous confie l’une de ses propositions, et qu’il a souvent formulée à ce sujet, celle de créer des nouvelles villes dans les régions rurales.

« Pourquoi une ville ? Parce que cette dernière possède des services que ne possèdent pas les zones rurales, notamment une couverture sanitaire, des écoles, parfois des facultés, etc. Imaginez dans ces patelins perdus, une femme qui accouche et qui a un problème. C’est malheureux de le dire, mais dans la plupart des cas, elle finit par y laisser sa vie, ou encore son bébé. Il est donc urgent de couper avec cet isolement. Et pour ce faire, il faut une urbanisation des régions rurales, de manière à mettre à leur disposition ces services très importants, voire même vitaux« , suggère l’économiste.

Dans cette optique, Omar Kettani propose de mettre en place une politique de décentralisation urbaine. « C’est-à-dire que l’hôpital et l’école dans n’importe quelle région du Maroc ne doivent pas être à plus d’une centaine de kilomètres maximum, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez. Comme ça, il y a au moins une ambulance rapide pour pouvoir transporter les malades et leur apporter de l’aide. On a commencé avec les hélicoptères, mais ça reste à mon avis une solution de luxe. Et on ne fait appel à un hélico qu’en cas d’extrême urgence« , explique-t-il.

Au lieu de cela, nous assistons chaque année à l’envoi d’aides à ces régions reculées du Maroc, au lieu de leur construire des routes et des hôpitaux et leur procurer l’un des droits les plus fondamentaux. Pourquoi ne pas mettre en place une politique sérieuse et concrète pour sortir ces régions de leur isolement?

Pour répondre à cette question, Omar Kettani commence d’abord par préciser qu’il n’y a pas de culture sociale au Maroc, en particulier chez nos dirigeants et les personnes aisées.

« Nous avons certains responsables qui vivent dans un autre monde et qui sont déconnectés de la réalité, et c’est à ces gens là qu’on donne la responsabilité de mener une politique sociale. Imaginez donc la schizophrénie et la dichotomie auxquelles nous faisons face. Nous avons de hauts responsables qui sont des hommes d’affaires, ce qui n’est pas un problème en soi. Mais la difficulté, c’est qu’ils soient désignés pour mener une politique sociale. Voyez-vous l’ironie ? Ils ne peuvent pas le faire, encore moins le réussir« , estime l’économiste.

Et d’ajouter :« On parle du Maroc social, alors même que dans la loi de finances 2023, on voit qu’il y a un penchant plus prononcé pour le Maroc capitaliste. Les mesures fiscales favorisent clairement les gens qui placent leur argent en actions et en obligations, et qui spéculent en bourse. Donc on va baisser les impôts sur la spéculation boursière au lieu de faire du social. Et qui spécule en bourse ? Est-ce que c’est la classe moyenne ou la classe pauvre ? ».

Toujours en ce qui concerne la culture sociale, Kettani estime qu’il faut absolument l’introduite dans nos programmes d’enseignement, et que les familles insistent aussi sur ce volet auprès de leurs enfants, sur la fonction sociale et les valeurs sociales, et comment soutenir l’autre et aider les plus démunis.

Pour désenclaver donc ces régions reculées du Royaume, l’une des « solutions » avancées par l’économiste, est d’urbaniser les zones rurales, en commençant d’abord par mettre en place, et en urgence, les services sociaux de base.

« Il ne faut plus qu’il y ait des gens en détresse, coupés du monde durant des mois pendant la saison d’hiver, et même en dehors de cette saison, juste parce qu’on les a oubliés« , conclut il.

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