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Scandale sanitaire: Le Maroc doit-il arrêter l’importation des dattes algériennes ?

L’affaire de la toxicité des dattes algériennes fait polémique en Algérie et met à mal les autorités, si bien qu’un journaliste a été incarcéré pour un article qui mettait en évidence les problèmes sanitaires de la filière de la datte algérienne. Cette affaire démontre une nouvelle dérive autoritaire du pouvoir algérien et l’extinction de la liberté d’expression dans le pays. Suite à ce scandale, le Maroc, deuxième importateur de dattes algériennes au niveau mondial devrait il en suspendre l’importation ? 

Le journaliste du quotidien arabophone Echourouk, Belkacem Houam, a été placé sous mandat de dépôt jeudi 8 septembre pour un article qu’il a publié le 7 septembre, concernant une décision d’interdiction d’exportation des dattes algériennes à la suite de l’affaire du rappel de plusieurs lots envoyés en Europe.

Belkacem Houam a mentionné une réunion sectorielle tenue au ministère du Commerce qui découle de la protestation des exportateurs de dattes algériennes face au rappel de leurs produits cet été. Les exportateurs ont dénoncé auprès des autorités des régulations archaïques qui ont engendré des pertes financières importantes.

L’article en question parle de cette réunion qui se serait tenue le 29 août et le journaliste mentionne des sources bien informées. Le gouvernement algérien n’a pas attendu pour réagir par communiqué et a aussitôt ordonné l’incarcération du journaliste.

Les autorités algériennes ont encore une fois démontré leur pratique abusive des détentions arbitraires et de la pression politique exercée sur les journalistes qui n’ont définitivement plus de le droit de s’exprimer sous peine d’être emprisonnés.

Pourtant le président algérien Abdelmadjid Tebboune nie qu’il existe des prisonniers politiques dans le pays, mais preuve que le sujet est sensible dans le pays, la visite de la mission d’observation de l’ONU sur les droits de l’Homme qui devait se rendre en Algérie courant septembre vient d’être reportée une nouvelle fois.

Réaction sulfureuse des autorités algériennes

Dans un communiqué rendu public le même jour de la publication de l’article d’Echourouk, le département du Commerce Kamal Rezig a catégoriquement démenti les informations du média arabophone.

« L’article en question se base sur des informations sans fondement et injustifiées qui nuisent à l’économie nationale et à la richesse dont regorge notre pays », note le ministère, avant d’ajouter que « la qualité des dattes algériennes est appréciée à tous les niveaux internationaux ».

Il a dénoncé le « comportement » du journaliste qualifié de « non-professionnel ». Cet article « n’est aucunement basé sur une enquête ou sur les informations fiables fournies par les services du ministère », indique la même source

Et ajoute enfin que les efforts du ministère « sont principalement axés sur la promotion et l’encouragement des exportations hors hydrocarbures ».

Les autorités algériennes l’ont bien fait comprendre, la filière de la datte est importante pour l’Algérie parce qu’elle est le pilier des activités commerciales hors hydrocarbures, au moment où l’économie algérienne est basée sur l’économie de la rente.

A noter que l’Algérie fait partie des 5 premiers producteurs de dattes au niveau mondial. En 2021, la filière de la datte a produit 77000 tonnes pour 80 millions de dollars, selon les chiffres du ministère algérien du Commerce.

Atteinte à la liberté d’expression

Ce acharnement contre les journaliste a été dénoncé par l’un des rares hommes politiques algériens à oser encore s’exprimer. L’ancien ministre de la Communication et ex-ambassadeur d’Algérie à Madrid, Abdelaziz Rahabi, a utilisé des mots forts pour critiquer le virage autoritaire qu’a pris son pays.

Le ministre s’est dit « choqué » d’apprendre la nouvelle de l’incarcération du journaliste estimant que la liberté d’expression en Algérie est « menacée par la persistance du harcèlement politique et judiciaire », dans une déclaration à la presse.

« Le gouvernement était en droit de démentir dans les formes en usage dans tous les médias du monde moderne », sans avoir à recourir à son emprisonnement ou à des poursuites judiciaires.

« La privation de liberté suite à la publication d’une information de pure nature commerciale est la preuve de la persistance de l’instrumentalisation politique de la justice et relève de pratiques d’un autre âge que l’on pensait révolu », a-t-il estimé en affirmant que l’emprisonnement de Kamal Rezig « ne constitue pas un acte isolé ».

Il a cité à ce titre, l’emprisonnement de deux journalistes de Liberté Algérie « pour des motifs qui relèvent du harcèlement politique contre un quotidien contraint à la disparition », et souligné que le quotidien El Watan « subit les mêmes pressions et pourrait à son tour disparaître d’un champ médiatique réduit à sa plus simple expression de porte-parole de la voix officielle sans impact réel sur une opinion publique avertie et plus mondialisée que ses dirigeants ».

Toxicité des dattes algériennes

L’affaire des dates algériennes a pris toute cette ampleur des suites d’un scandale sanitaire ayant conduit au retour de 3000 tonnes de dattes de la variété Deglet Nour, décidé par les autorités sanitaires françaises cet été.

Ces dattes « impropres à la consommation » selon les normes européennes ont subi le même sort dans d’autres pays de l’espace européen. Selon le coordinateur national des exportateurs algériens de dattes Messaoud Bousnina, cité dans un entretien au journal Echourouk, le rappel de lots de dattes algériennes aurait commencé dès le mois de mai 2021. Selon lui, les rappels ont concerné des destinations en Europe, au Canada et aux Etats-Unis.

Le coordinateur national des exportateurs algériens de dattes a estimé que les producteurs paient le prix de « l’utilisation anarchique de substances chimiques » et du non respect par les autorités algériennes des normes mises à jour par l’organisation mondiale de la santé (OMS).

Ces substances chimiques détectées dans les dattes algériennes en France sont « une réalité que les autorités refusent d’accepter et de changer », a-t-il affirmé.

Il s’agit en particulier du Diflubenzuron, un insecticide interdit par l’Union Européenne, mais qui est toujours appliqué dans le protocole du ministère de l’Agriculture algérien.

Les dattes algériennes refoulées (de différentes marques) ont été testées positives au Diflubenzuron, et les analyses ont conclu également à la présence d’allergènes anhydride sulfureux, une substance provoquant quelques complications de l’état de santé des personnes asthmatiques, indique le gouvernemental français Rappel Conso cité par la presse algérienne.

Selon Bousnina, les analyses effectuées sur des dattes destinées à l’export « ont indiqué la présence de résidus chimiques toxiques à 400 % ».

Ces informations impactent la filière de la datte qui devrait accuser de lourdes pertes si l’affaire est généralisée aux clients de l’Algérie à cause des manquements des autorités algériennes à mettre à jour leur protocole d’insecticides.

Sur Ennahar Tv, Ahmed Mokrani, le directeur de l’organisation des marchés et des activités commerciales au ministère algérien du Commerce a annoncé que l’Algérie comptait pas moins 230 exportateurs de dattes et que les principaux importateurs sont dans l’ordre, la France, le Maroc, l’Espagne, l’Allemagne, la Russie, les Emirats arabes unis, le Bangladesh, la Belgique et la Mauritanie.

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