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Sie Hassan Ben Ali et l’émigration d’acrobates marocains vers les Etats-Unis au XXe siècle

Au début du XXe siècle, un Marocain avait réussi à marquer les esprits à New York et aux Etats-Unis à travers l’industrie du cirque, en plein essor à l’époque dans le pays de l’Oncle Sam. L’histoire d’Ali Hassan Ben Ali, alias Sie Hassan Ben Ali, a débuté dans la région de Souss, au Maroc, où il a vu le jour le 17 mars 1863, selon le recensement fédéral des États-Unis.

Dès son jeune âge, il quitte le Maroc pour résider en Angleterre et faire ses débuts dans l’industrie du cirque. Après avoir rejoint une troupe d’acrobates, il créé ainsi une entreprise avant d’effectuer des tournées à la fois en Europe et en Amérique. C’est d’ailleurs grâce à ces visites qu’il décide, en mars 1884, de s’installer aux Etats-Unis, à Luna Villa (Coney Island, New York) où il fonde une deuxième entreprise spécialisée dans ce domaine, faisant appel à des Marocains pour joueur dans des spectacles et des pièces théâtrales.

«Lui et sa compagnie sont devenus populaires pendant de nombreuses années dans les cercles théâtraux américains et étaient mieux connus dans l’industrie du cirque sous le nom de Sie Hassan Ben Ali, l’importateur d’acrobates arabes, et comme un témoin inestimable de la naturalisation de ses camarades acrobates», raconte Lhoussain Simour dans «Recollecting History beyond Borders: Captives, Acrobats, Dancers and the Moroccan-American Narrative of Encounters» (Editions Cambridge Scholars Publishing, 2014). Un «fait qui témoigne des histoires de succès des acrobates marocains devenus des autorités établies dans l’industrie du divertissement américain», ajoute-t-il.

En effet, peu de temps après son arrivée aux Etats-Unis, Sie Hassan Ben Ali avait obtenu la naturalisation par la Cour supérieure de New York le 14 novembre 1891 et a été assisté par Francis L. Corrao, un avocat américain et conseiller juridique de la Cour de Brooklyn.

La même année, Sie Hassan Ben Ali retourne au pays pour «rassembler un groupe de Marocains de petite taille pour un spectacle à la foire de Chicago», complète pour sa part Linda K. Jacobs, dans «Playing east : Arabs play arabs in nineteenth century America» (Revue Mashriq & Mahjar, 2014). L’artiste et entrepreneur avait même «tenté de ramener un village marocain complet» pour reconstruire une scène à Chicago.

Des Marocains acrobates, danseurs, musiciens et acteurs naturalisés Américains

Et durant les années de gloire des acrobates marocains aux Etats-Unis, Sie Hassan Ben Ali avait présenté pas mal de travaux rendant hommage à ce métier, comme une «reconstitution de la capture violente d’Africains par des esclavagistes arabes». Sa Royal Moorish Troupe, composée de douze membres, s’est «produite ensuite dans les théâtres de New York, présentant des acrobates, des contorsionnistes et des fileurs d’armes». Rebaptisée «Hassan Ben Ali Arabs Co.», la troupe avait ensuite déménagé à Coney Island vers 1900 pour continuer à jouer jusqu’au XXe siècle.

«Depuis les années 1890, Ben Ali a périodiquement amené des Marocains acrobates, danseurs, musiciens et acteurs de scène à Luna Park, Dreamland et et théâtres à New York, ainsi que pour le spectacle Wild West de Buffalo Bill, les foires d’État, les side-shows et les expositions internationales à travers les États-Unis», raconte Louis Takács dans «Deanonymizing Sherman and Hine’s photographs (9/11). North African immigrant [1913]». Et de préciser que «certains sont devenus des citoyens américains naturalisés, mais la grande majorité est retournée dans leur patrie».

Portrait de Sherman de Haroun Riffi Ben Mohamed, un rifain arrivé à Ellis island le 13 mai 1913. / DRPortrait de Sherman de Haroun Riffi Ben Mohamed, un rifain arrivé à Ellis island le 13 mai 1913. / DR

En effet, Lhoussain Simour précise que Sie Hassan Ben Ali a été témoin des demandes de naturalisation déposées par de nombreux artistes et comédiens professionnels marocains qui étaient soit membres de ses troupes, soit interprètes avec d’autres troupes marocaines. «Cela démontre que Hassan Ben Ali était suffisamment digne de confiance pour assurer la liaison entre les pétitionnaires étrangers et le département américain du travail, service de naturalisation», ajoute-t-il. Il a été témoin de la naturalisation d’artistes marocains tels qu’Abbas Ben Abdellah (1901), Hadj Ali ben Mohamed (1903) et Abdelkader Nasser (1906), poursuit l’historien.

«Sie Hassan Ben Ali n’a pas simplement agi en tant que témoin des artistes professionnels marocains, mais a transformé sa maison de Conet Island à New York en un véritable refuge pour les acteurs marocains et arabes nouvellement arrivés.»

Lhoussain Simour

Ainsi, la troupe de théâtre Sie Hassan Ben Ali avait marqué un «tournant dans les rencontres acrobatiques marocaines avec l’Amérique». «Il semble que les interprètes professionnels marocains n’occupaient plus la position de marginalité dans les cirques américains de la fin du XIXe siècle (…) mais sont devenus de plus en plus indépendants et autonomes», commente-t-il.

Du «Jardin d’Allah» à «Fire and Sword : The Fall of Andrinople»

Sie Hassan Ben Ali a ainsi su immortaliser l’histoire de son groupe dès 1911. Embauché pour diriger des interprètes amazighs touaregs dans la production Liebler & Co, intitulée «Garden of Allah» (Jardin d’Allah) au Century Theatre de New York, cette pièce minutieusement mise en scène sera un succès et continuera à tourner aux Etats-Unis pendant plusieurs années, avant d’être adaptée en cinéma entre 1916 et 1936.

Un an plus tard, Sie Hassan Ben Ali profitera de ce succès pour amener son propre groupe d’environ 20 Marocains aux États-Unis pour jouer la prochaine saison de cette pièce. «Ben Ali semble les avoir intentionnellement rendus assez visibles tout au long de leur séjour aux États-Unis. Outre les engagements théâtraux, ils participeraient à des travaux promotionnels pour diverses entreprises, y compris des apparitions bien médiatisées dans des magasins de tapis orientaux, même en tournée à travers le pays», précise Louis Takács qui donne pour preuves plusieurs photographies et articles de presse de l’époque.

Au début de 1913, le Maroco-américain recrutait à nouveau des migrants marocains, non pas pour Le Jardin d’Allah mais pour un drame historique organisé à Coney Island, poursuit l’auteur, qui évoque une production destinée à un public beaucoup plus large, intitulée «Fire and Sword : The Fall of Andrinople», où les Marocains interprétaient le rôle de soldats turcs.

Mais en octobre 1913, Sie Hassan Ben Ali et le reste de ce dernier groupe, moins chanceux que les premiers qui ont été naturalisés, retournent au Maroc, cinq mois après leur atterrissage à Ellis Island.

Sie Hassan Ben Ali meurt à Tanger, le 16 juillet 1914, dans des circonstances «mystérieuses», note Lhoussain Simour. Mais selon ce dernier, «Hassan Ben Ali Arabs Co.» a toutefois pu survivre la mort de son fondateur.


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