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Conférence d’examen économique du FMI. Reprise transformationnelle : saisir les opportunités de la Crise. Mot introductif de Monsieur Abdellatif Jouahri Wali de Bank Al-Maghrib

HIBAPRESS-RABAT

Monsieur le Conseiller Economique et Directeur du Département des Etudes du FMI,
Monsieur le Directeur du Département Moyen-Orient et Asie Centrale du FMI,
Monsieur l’Editeur en chef de IMF Economic Review, Eminents chercheurs et professeurs,
Honorables invités,

Je voudrais d’abord vous souhaiter à tous la bienvenue à Bank Al-Maghrib et à ceux parmi vous qui ont fait le déplacement de l’étranger un agréable séjour au Maroc. Je tiens en particulier à remercier les éminents chercheurs et professeurs qui ont accepté notre invitation pour prendre part à cette rencontre et partager avec nous le fruit de leurs recherches et de leurs réflexions.

La conférence qui nous réunit aujourd’hui, et qui se tient pour la première fois
sur notre continent, est le fruit d’une collaboration fructueuse avec le FMI et
IMF Economic Review. Je tiens à cette occasion à remercier le Comité de
rédaction de cette prestigieuse revue en espérant que nous aurions à l’avenir
d’autres opportunités de travailler ensemble. Avec, le FMI, c’est une initiative
qui vient consolider un partenariat que nous avons noué dans plusieurs
domaines et qui s’est particulièrement renforcé ces dernières années.

La rencontre devait se tenir initialement en juin 2020 dans le cadre des préparatifs
aux assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, mais à l’instar des
événements prévus dans ce cadre, elle a été reportée pour les raisons que nous
connaissons tous. Aujourd’hui, je ne peux que me réjouir de sa concrétisation
et plus globalement de la reprise de l’ensemble du processus de préparation des
assemblées prévues en octobre 2023 à Marrakech.

Mesdames et Messieurs,

Voilà plus de deux ans aujourd’hui que le monde est aux prises avec une
conjoncture d’une rare difficulté et complexité. Les décideurs, aussi bien
publics que privés, se sont retrouvés à naviguer dans un environnement marqué
par l’incertitude et des chocs d’une amplitude jamais observée depuis des
décennies.

Il y a eu tout d’abord une pandémie inédite avec beaucoup de pertes humaines,
des impacts économiques et sociaux considérables, mais aussi des séquelles qui
se prolongeront certainement sur plusieurs années. Malgré des mesures
budgétaires et monétaires d’une ampleur exceptionnelle, elle a plongé
l’économie mondiale dans une récession, la plus profonde depuis la deuxième
guerre mondiale. Le FMI, lui, a évalué en avril dernier les pertes cumulées en
termes de PIB par rapport à la tendance pré-pandémie à 13,8 trillions de dollars
à l’horizon 2024.

Alors que l’espoir d’un retour à la normalité était permis après l’assouplissement
des restrictions sanitaires et l’avancée notable, bien que largement inégale, des
campagnes de vaccination, le déclenchement du conflit en Ukraine est venu
assombrir les perspectives de l’économie mondiale. Ainsi, après un rebond en
2021, la reprise se retrouve fortement compromise et de plus en plus incertaine.
Plus préoccupant encore, si cette guerre venait à perdurer, ce qui semble être le
cas jusqu’à présent, le monde ne serait pas à l’abri d’une crise alimentaire
mondiale, sachant d’ores et déjà, selon les dernières évaluations de la Banque
mondiale, qu’entre 75 millions et 95 millions de personnes additionnelles vivent
dans l’extrême pauvreté en 2022 comparativement aux projections prépandémie.

Avec les séquelles de la crise sanitaire et les conséquences de la guerre en
Ukraine, c’est une situation complexe et difficile dans laquelle se retrouvent de
nombreuses économies aussi bien avancées qu’en développement. Dans la
dernière édition de ses perspectives économiques, la Banque mondiale évoque
même une hausse du risque de stagflation, mais c’est un avis qui ne fait pas
nécessairement l’unanimité, l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke ou
encore la présidente de la BCE à titre d’exemples, rejettent les rapprochements
établis entre la situation des années 1970 et celle d’aujourd’hui.

Face à une accélération de l’inflation à des niveaux jamais observés depuis des
décennies, les banques centrales font face à un dilemme délicat, resserrer la
politique monétaire et freiner davantage l’économie, ou privilégier une
orientation accommodante avec le risque d’une accentuation de la flambée des
prix. Si la tendance est clairement vers la première option, certaines banques
centrales parmi les premières à commencer la normalisation comme celle de la
Corée du Sud, appellent à plus de finesse et d’agilité au regard des niveaux
élevés d’incertitudes qui entourent les perspectives de croissance et d’inflation.

De leur côté, et outre le ralentissement de l’économie, les gouvernements sont
confrontés à des besoins sociaux accrus et des pressions pour apporter leur
soutien au pouvoir d’achat, sachant que leurs marges budgétaires ressortent
largement réduites par la crise sanitaire, avec des niveaux d’endettement très
élevés et des conditions de financement de plus en plus difficiles.

A cela s’ajoutent de nombreux autres défis liés en particulier à la persistance
des perturbations des chaines d’approvisionnement et aux mutations profondes
qui étaient à l’œuvre bien avant la crise sanitaire et que celle-ci a accélérées. Il
s’agit en particulier de la digitalisation, de la montée du souverainisme
économique, de la remise en cause du multilatéralisme et des exigences en 5
matière de lutte contre le changement climatique. C’est tout l’ordre mondial qui
est en train d’être refaçonné au gré des intérêts économiques et géopolitiques.
Ici au Maroc, nous ne sommes évidemment pas à l’abri des effets de cet
environnement international difficile. Grâce à une mobilisation exceptionnelle
à tous les niveaux, l’économie nationale a pu en grande partie dépasser la crise
sanitaire, enregistrant un rebond de près de 8% en 2021. Toutefois, et comme
partout ailleurs, elle subit les conséquences de la guerre en Ukraine avec en
particulier un alourdissement de la facture énergétique et de fortes pressions
externes sur les prix à la consommation.

Au niveau de Bank Al-Maghrib, nous continuons de maintenir les mesures
exceptionnelles que nous avons déployées lors de la crise sanitaire pour ne pas
freiner la reprise mais en même temps nous restons très vigilants quant à
l’évolution des prix. Comme je l’ai indiqué lors de la conférence de presse que
j’ai tenue à l’issue de la réunion du Conseil il y a deux jours, nous tablons sur
un taux d’inflation légèrement au-dessus de 5% cette année, mais qui devrait
revenir à un niveau modéré l’année prochaine. Après son analyse de l’ensemble
des données disponibles sur l’environnement national et international ainsi que
des projections macroéconomiques à moyen terme, le Conseil a décidé lors de
cette réunion de maintenir le taux directeur inchangé.

Mesdames et Messieurs,

C’est pour mieux se préparer à des situations de crise et de conjonctures
difficiles que des rencontres comme celle-ci revêtent toute leur importance. En
effet, avec le recul que nous avons aujourd’hui, c’est une réflexion profonde
dont nous avons besoin. Cela permettrait de définir les contours d’un véritable
changement de paradigmes qui s’impose en matière d’élaboration et de mise en
œuvre de la politique publique.

Au-delà de simples ajustements des choix et des politiques, ce sont bien leurs
fondements qu’il faudrait requestionner à l’instar de ce qui a été fait au
lendemain de la crise internationale de 2008 quand nous avons assisté à des
remises en cause de la théorie macroéconomique, des modèles de prévisions
qui en sont basés, de nos systèmes de régulations, de nos dispositifs
statistiques…

Il est clair que cela demande du recul, des efforts continus et des délais longs.
Il est à rappeler à titre d’illustration, que ce n’est que le 9 de ce mois que le FMI
et le Conseil de Stabilité Financière ont annoncé l’achèvement de l’initiative du
G20 pour combler le déficit en matière de données identifié lors de la crise de
2008. Pourtant, l’une des grandes difficultés à laquelle ont fait face les décideurs
dans de nombreux pays en particulier en développement lors de la pandémie
est bien la disponibilité de données ponctuelles et détaillées pour évaluer
l’impact et calibrer les réponses économiques et sociales.

Ce sont cette volonté et cette ambition de requestionner les fondements
théoriques et empiriques de nos politiques et décisions qui expliquent le choix
du thème que nous avons retenu pour cette conférence « Reprise
transformationnelle : saisir les opportunités de la crise ». C’est une
problématique bien différente de celle pour laquelle nous avions opté avant la
pandémie et qui était centrée sur l’intégration économique et la croissance.
Au regard de la diversité des sujets qui seront abordés durant les sessions que
nous avons programmées et de la qualité des intervenants, je suis convaincu
que ces deux jours de débats et d’échanges permettront de dégager des éléments
pertinents pour nos choix et nos politiques futures à même de renforcer la
résilience de nos économies tout en améliorant leur performance. Pour assurer
7 un large bénéfice au niveau national, nous avons invité un grand nombre
d’institutions publiques et de représentants du monde académique.

Mesdames et Messieurs,

A Bank Al-Maghrib, c’est un effort permanent que nous consentons pour
essayer de répondre aux questionnements tels que ceux soulevés dans cette
conférence. Nous nous interrogeons régulièrement sur nos approches et nous
adaptons nos instruments et nos outils de suivi, d’analyses et de prévisions.
Nous attachons dans ce sens une grande importance au développement de la
recherche et à l’ouverture sur le monde académique national et international,
nous en avons même fait un des principaux axes de notre plan stratégique 2019-
2023.

Nous avons coorganisé l’édition 2019 du Congrès Africain de l’Econometric
Society avec la participation de chercheurs de renom comme ceux qui sont
présents parmi nous aujourd’hui. Avec la Banque mondiale, nous avons
contribué à la mise en place du réseau régional des départements de recherche
des banques centrales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Nous
organisons avec des partenaires nationaux et internationaux de nombreuses
conférences soit de manière ponctuelle ou sur une base régulière à l’instar des
Journées Internationales de Macroéconomie et de Finance que nous tenons
annuellement avec les universités Cadi Ayyad de Marrakech et Bâle en
Suisse. Les équipes de Bank Al-Maghrib animent également des séminaires
dans différentes universités marocaines et en parallèle, la Banque implique les
chercheurs universitaires dans certains de ses travaux et les interroge dans le
cadre de son enquête sur les anticipations de l’inflation. Nous avons développé
un programme « chercheur-visiteur » qui a permis d’initier des collaborations
8 avec des chercheurs d’universités et de banques centrales telles que celles des
Etats-Unis, du Canada ou de la Pologne.

Pour contribuer au développement de la recherche au niveau national, nous
avons mis en place tout récemment un prix pour la recherche au profit des
chercheurs ayant réalisé leurs thèses de doctorat dans les domaines de
l’économie ou de la finance.

Ceci étant, nous avons initié en 2019 une réflexion pour la mise en place d’un cadre plus global pour promouvoir et développer la recherche empirique et théorique. Nous sommes assez avancés dans l’identification des options possibles dont l’une serait la création d’une fondation dédiée. Il ne me reste plus qu’à souhaiter plein succès aux travaux de cette conférence et j’invite nos partenaires de l’étranger de profiter de leur séjour pour visiter la ville de Rabat inscrite depuis 2012 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.


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