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En cas de crise de la dette, il ne faudra pas accuser la pandémie comme seule responsable

Rien de cela n’a servi à renforcer leur capacité à rembourser leur dette. Ces pays n’ont pas non plus choisi d’emprunter dans de bonnes conditions, auprès de prêteurs multilatéraux offrant des taux de financement concessionnels. En 2010, les prêteurs multilatéraux représentaient 56 % de la dette publique et garantie par l’État des pays d’Afrique subsaharienne, mais en 2019 cette part n’était plus que de 45 % . Toujours en 2010, les prêts des créanciers du Club de Paris correspondaient à 18 % de la dette ; en 2019, ce pourcentage est tombé à 8 % seulement. En revanche, les emprunts auprès de la Chine et de créanciers commerciaux ont presque triplé sur la même période, passant respectivement de 6 à 16 % et de 8 à 24 %.    

Tant que la croissance économique réelle demeurait soutenue, les risques étaient masqués, car la croissance freine l’accumulation de la dette publique : selon nos données, entre 2011 et 2019, la croissance économique (corrigée de l’inflation) a réduit la dette publique de l’équivalent d’environ 12 % du PIB. Aujourd’hui, cependant, la dynamique est inversée : la croissance des économies en développement ne devrait atteindre que 3,4 % en 2022, soit à peine la moitié du chiffre de 2021. Et comme les taux d’intérêt sont relevés pour lutter contre l’inflation, la croissance devrait rester faible au cours des deux prochaines années.  

Il est temps pour les responsables politiques de faire preuve de bon sens : quand on est dans un trou, il faut arrêter de creuser. Et adopter de bonnes politiques maintenant peut encore réparer une grande partie des dégâts :  

Accélérer la croissance : le meilleur moyen d’échapper au piège de la dette est d’en sortir par la croissance . Des mesures visant à améliorer le climat des affaires, allouer plus judicieusement les ressources et promouvoir une concurrence saine sur le marché sont des actions essentielles pour stimuler la hausse de la productivité. Les gouvernements devraient donc profiter de cette crise pour accélérer les réformes structurelles indispensables.  

Accélérer les réformes fiscales : l’amélioration de l’efficacité de l’administration et la suppression des niches fiscales sont un bon début, mais les gouvernements doivent aussi s’efforcer d’élargir les bases d’imposition de manière à soutenir la croissance à long terme plutôt que de l’entraver. Ils peuvent cibler les activités qui nuisent à la croissance durable et à la santé publique, en taxant par exemple le tabac et les émissions de carbone, tout en réduisant les impôts sur les activités productives. Le respect des obligations fiscales peut être amélioré en rendant les systèmes fiscaux plus équitables . Le surendettement peut être résorbé si les gouvernements améliorent les procédures de gestion de la dette et les dépenses publiques, tout en renforçant l’environnement juridique des contrats d’emprunt.   

Accélérer la restructuration de la dette : de nombreux pays en difficulté aujourd’hui courent à la faillite s’ils ne reçoivent pas d’aide. La communauté internationale doit les soutenir en améliorant les initiatives mondiales qui facilitent la restructuration de la dette. Les responsables politiques doivent explorer toutes les possibilités à même d’encourager les différents types de créanciers (bilatéraux, commerciaux et multilatéraux) à parvenir rapidement à un accord permettant d’alléger la dette des pays surendettés.  

Les crises sont aussi source d’opportunités. Au milieu des crises qui se conjuguent aujourd’hui, les gouvernements ont la possibilité de jeter les bases d’un avenir plus stable et plus prospère. Ils ne doivent pas laisser passer cette occasion. 


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