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front européen des producteurs de métaux qui craignent une « guerre industrielle »

Beaucoup ont réduit leur production d’aluminium ou de zinc. Certains ont fermé leurs usines. Tous craignent une « guerre industrielle » qui s’amorce: les principaux fabricants européens de métaux, qui se disent étranglés par le coût excessif du gaz ou de l’électricité, demandent ensemble de l’aide à l’Europe.

A la veille d’un sommet extraordinaire de l’Union Européenne sur l’Energie prévu vendredi, les patrons de 40 groupes industriels -gros utilisateurs d’électricité ou de gaz pour fondre ou transformer le métal- disent dans une rare lettre commune adressée à la Commission vouloir « sonner l’alarme sur la crise énergétique qui s’aggrave en Europe ».

Parfois dépendants du gaz russe qui se tarit en Europe, et exposés à un prix de l’électricité et du gaz multiplié par « plus de dix » depuis l’an dernier, ils n’arrivent plus à être compétitifs. Et détectent dans cette situation « une menace existentielle » pour leur avenir.

Menace d’autant plus paradoxale qu’elle intervient au moment où les métaux sont massivement demandés sur la planète pour assurer la transition énergétique. Selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE), la consommation mondiale de métaux devrait en effet augmenter de 45 millions de tonnes d’ici 2050, et jusqu’à 75 Mt si des politiques climatiques ambitieuses sont décidées.

Cuivre, aluminium, lithium, ou nickel conduisent ou stockent l’électricité dans les batteries automobiles ou les éoliennes. Et doivent faciliter l’abandon des énergies fossiles qui émettent du CO2.

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Depuis l’automne 2021, avec la flambée de l’électricité, exacerbée depuis le début de la guerre en Ukraine en février, l’Europe a réduit d’un million de tonnes sa production d’aluminium, soit de 50%, et de moitié aussi pour le zinc, indique la lettre commune des 40 patrons, envoyée par l’association Eurometaux.

Le secteur « a été forcé de faire des réductions de production sans précédent au cours des 12 derniers mois, et nous craignons que l’hiver prochain n’assène un coup décisif à plusieurs de nos activités » poursuit la lettre.

Le texte demande à l’UE « de prendre des actions d’urgence pour préserver ces industries et empêcher des suppressions d’emploi définitives ».

Il est signé notamment par les patrons de Ferroglobe en Espagne, Intals et Safimet en Italie, Aurubis et Elektrowerk Weisweiler en Allemagne, Aluminum Dunkerque, Constellium et Trimet qui ont des usines en France, AMAG en Autriche, ReAlloys et ZGW Boleslaw en Pologne, OFZ en Slovaquie, Vimetco Alro en Roumanie, European Aluminum en Belgique, WargonAlloys et Elkem en Suède, Hydro en Norvège, Holding KCM 2000 en Bulgarie, ou Mytilineos en Grèce.

Outre l’aluminium et le zinc, les fabricants de silicium et d’alliages ferreux sont également touchés. Ainsi que les secteurs du cuivre et du nickel.

« La guerre (de la Russie contre l’Ukraine, NDLR) est devenue une guerre industrielle, tout est connecté, les chaînes industrielles sont mises à mal les unes après les autres », a déclaré à l’AFP l’un des représentants d’Eurometaux.

Dans le même temps, hors Europe, des hausses de production d’aluminium sont annoncées un peu partout chez les concurrents qui flairent l’aubaine, au Brésil, en Argentine, en Australie, en Inde, en Chine et aux Etats-Unis, relèvent les industriels. Même en Russie, où le géant Rusal vient de lancer la production d’une usine en Sibérie, soulignent-ils.

En miroir, le texte détaille les arrêts de production ou fermetures d’usines annoncées sur le continent européen.

Pour le zinc, les 9 fonderies qui existent en Europe ont connu des baisses de production cette année. Goldman Sachs estime à 750.000 tonnes le volume qui n’a pu être produit, soit 45% de la production totale européenne.

Pour l’aluminium, l’Europe a perdu 1 million de tonnes. Aux Pays-Bas, le seul producteur néerlandais d’aluminium primaire Aldel a complètement arrêté sa production.

L’Américain Alcoa a annoncé des réductions de production pendant deux ans sur son site de San Ciprian en Espagne, et réduit d’un tiers sa production à Lista en Norvège.

Alro, seul producteur de Roumanie a réduit sa production de 60% et seules 2 des 5 unités de production fonctionnent en 2022.

En Slovénie, Talum a réduit d’un tiers depuis fin 2021, ainsi que les fonderies de Trimet à Hambourg. Celles d’Essen ont coupé leur capacité de 50%.

Enfin, en Slovaquie, l’usine Hydro de Slovalco, qui produit 120.000 tonnes d’aluminium par an, est totalement fermée depuis le début septembre.

Avec MAP

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