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Hassane El Maslouhy: «Le pain noir» est une autobiographie collective des générations dans les années 80 et 90

Entretien avec Hassane El Maslouhy, auteur marocain

L’écrivain marocain s’apprête à publier la traduction en français de son premier roman «Arraghif El Aswad». Il en dévoile les contours avant de s’exprimer sur son expérience de traducteur. Le tout en révélant ses projets.

ALM : Vous vous apprêtez à publier la traduction de votre premier roman «Arraghif El Aswad» (Le pain noir). Veuillez bien nous révéler les contours de cette œuvre…
Hassan El Maslouhi : Ce roman est une autobiographie qui documente mon enfance jusqu’à l’âge de 14 ans. C’est en fait une autobiographie collective des générations dans les années 80 et 90 et qui ont eu les mêmes conditions. La majorité des faits s’y déroule dans les douars et carrières de Mediouna. C’est l’histoire d’un enfant et d’autres qui ont vécu dans la misère avec des moments de joie. En d’autres termes, le livre est une bibliographie pour le temps et l’espace.

Donc c’est votre histoire aussi, n’est-ce pas ?
En effet, je suis né en avril 1985 dans le bidonville Boughabat à Mediouna. Je suis issu d’une famille pauvre. Cette histoire documente un lieu déterminé auquel l’Etat a consacré un projet pour nous débarrasser de la précarité. C’est aussi une publication qui évoque les souvenirs d’enfance. J’y allie également le folklore marocain. Le tout dans une œuvre compilant 19 nouvelles. Quant à la traduction en français, faite par Fatima Agouray, elle est éditée par la maison Le Prince à Marseille avec laquelle j’ai signé un contrat.

Pourriez-vous nous donner une idée sur le contenu de ces nouvelles?
Par exemple, dans une nouvelle appelée «Taghenja» dans «Le pain noir», je raconte le premier amour. D’autres nouvelles sont intitulées «Al Amira Essamrae» (La princesse brune) et «Sayd Ettair» (La chasse d’oiseaux). J’y consacre également une nouvelle à «Henna» pour raconter le souvenir de ma grand-mère. Les autres nouvelles étant, entre autres, appelées «Achoura», L’Aïd, «Annay El Hazin» (La flûte triste), «Lakitat El Batates» pour parler des femmes du «Mouqef», celles qui attendent une clientèle qui les sollicite en ménage. Le tout pour aborder le prolétariat et les disparités entre les classes en mêlant la douleur à la joie. C’est ce qui, d’ailleurs, justifie le titre « Arraghif El Aswad » (Le pain noir).

Et pourquoi attribuer une telle couleur à cet aliment ?
Comme je le raconte dans une nouvelle, la vie est tel un grand « four » dont les feux peuvent nous brûler. C’est ce dont je parle par exemple dans la nouvelle « Al yatim » (L’orphelin). Quant au pain, il exprime l’humain. Beaucoup d’auteurs ont d’ailleurs écrit énormément à ce propos. Il peut refléter la souffrance qui peut être bonne et mauvaise à la fois. Tout cela pour véhiculer le message ultime de ne pas baisser les bras et se dire que nous pouvons changer notre situation. Par exemple, quand je suis parti en Europe pour étudier l’italien, j’en ai profité pour avoir un diplôme en cuisine italienne et j’ai travaillé en tant que chef cuisinier en Italie.

Avez-vous prévu des traductions en d’autres langues pour votre œuvre?
En fait, il en était prévu une en anglais par un lauréat de l’école supérieure Roi Fahd de traduction, mais il l’a arrêtée pour des circonstances familiales. Cependant, un autre professeur et traducteur marocain m’a contacté pour la traduire en catalan. Pour ma part, j’ai traduit deux romans d’autres auteurs de l’italien vers l’arabe.

Auriez-vous des projets ?
Je travaille sur mon deuxième roman «Clandestino» de 320 pages. J’y raconte mon expérience d’exil, de migration et de racisme en Italie. J’aborde aussi les conflits entre le monde occidental et islamique, ainsi que la relation entre le moi et autrui. Je viens aussi de finaliser la traduction de l’italien vers l’arabe du roman «L’homme sirène» de Luigi Savagnone. Cette œuvre, basée sur l’imagination et le fantasme, aborde l’évasion de la pression du quotidien. C’est l’histoire d’un jeune banquier qui tente d’échapper à la monotonie. C’est ainsi qu’il finit par fabriquer une barque et partir à la rencontre d’une sirène pour être heureux mais il finit par être nostalgique de sa vie douloureuse. A son retour, il veut prendre des perles de la mer mais il s’est avéré à ses yeux que c’était l’apocalypse avant de se rendre compte que ce n’était qu’un rêve. Le résultat final étant, pour lui de devoir faire face à la réalité. Pour ma part, je n’ai pas encore eu l’accord quant à la publication. J’ai également traduit une œuvre de littérature classique appelée «La ballerina» de la romancière feue Matilde Serao qu’elle a écrite en 1899 avant de décéder en 1927. Je me suis mis d’accord avec la maison d’édition «Le Prince» de Marseille. Je tiens à préciser que je suis enseignant de philosophie en secondaire et poète. J’ai déjà un recueil tout prêt.


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