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La gouvernance de migration, accélérateur du développement durable

Entretien avec Laura Palatini, cheffe de Mission OIM Maroc

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) fait partie du système des Nations Unies et est la première organisation intergouvernementale à promouvoir, depuis 1951, une migration humaine et ordonnée qui profite à tous. L’OIM, à travers le monde, vient en aide aux migrant-e-s en élaborant des réponses efficaces à la dynamique changeante de la migration. Elle est habilitée à promouvoir la coopération internationale sur les questions de migration pour trouver les solutions pratiques aux défis liés à la migration. Le Maroc s’est placé en tête de lice dans ce domaine compte tenu des enjeux. La représentante de l’OIM au Maroc apporte de son côté un large éclairage sur la question et fait le bilan des actions de l’organisation.

ALM : Quelles sont les priorités à l’international et pourquoi ?

Laura Palatini : La Constitution de l’OIM reconnaît le lien entre la migration et le développement économique, social et culturel, ainsi que pour le droit à la liberté de mouvement. Les priorités de l’OIM à l’échelle internationale s’articulent autour de trois piliers de sa vision stratégique, à savoir la résilience permettant que les migrant-e-s, les populations déplacées, les communautés d’accueil et les gouvernements aient des capacités renforcées pour se préparer, atténuer et réagir face à un large éventail de défis au niveau de plusieurs étapes de la migration. Le second pilier stratégique est celui de la mobilité ayant, lui, pour objectif d’améliorer les voies de mobilité existantes et en développer de nouvelles, efficaces et sûres, fondées sur les droits. Enfin, le troisième pilier de la stratégie de l’OIM à l’échelle internationale est celui de la gouvernance promouvant des processus interrégionaux, régionaux, nationaux et locaux fondés sur des données factuelles afin de renforcer les capacités des gouvernements à intégrer la mobilité dans des politiques, des cadres juridiques, des institutions, des pratiques et des mécanismes de coopération internationale améliorés, grâce à des données de meilleure qualité. Afin de répondre à ces trois priorités de la vision stratégique, une série de stratégies régionales et transversales, dont une est spécifique à la région MENA, est élaborée pour définir les moyens par lesquels l’OIM développe et hiérarchise sa programmation.

Au Maroc, comment agissez-vous concrètement ?

Etant donné que le Maroc est un pays d’origine, mais aussi de transit et de destination, l’OIM essaie de soutenir les efforts du Maroc dans les trois composantes précitées, à savoir l’axe protection et résilience, l’axe migration, gouvernance et développement et, enfin, l’axe d’appui à la jeunesse.
L’OIM soutient avant tout les efforts du Maroc en tant que pays champion pour la mise en œuvre du Pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières et codirige avec le HCR le groupe thématique des Nations Unies sur la migration.
Dans ce sens, l’OIM Maroc appuie la territorialisation de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA) et la politique de la régionalisation avancée via le soutien aux Conseils régionaux, collectivités territoriales et locales pour le développement de plans d’actions concrets. Nous avons ainsi soutenu les Conseils régionaux de l’Oriental, de Souss-Massa et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima pour intégrer la migration dans les Plans de développement régionaux ainsi que dans l’élaboration de trois feuilles de route stratégiques pour la territorialisation de la SNIA. L’OIM travaille aussi pour l’intégration de la migration dans les différentes stratégies sectorielles et, dans cette perspective, nous avons soutenu le ministère de la santé et de la protection sociale dans le développement du Plan stratégique national santé et immigration. L’OIM Maroc œuvre, parallèlement, pour la protection des migrant-e-s et l’accès aux services de base. Faciliter l’intégration socio-économique et professionnelle, travaillant directement avec les migrant-e-s, mais aussi avec la société d’accueil et les différentes institutions est une priorité. En partenariat avec la Commission nationale chargée de la coordination des mesures ayant pour but la lutte et la prévention de la traite des êtres humains et le ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, l’OIM assure le soutien aux acteurs étatiques et non étatiques en termes de formations et de sensibilisations sur l’identification et la protection des potentielles victimes de traite des êtres humains.
De plus, l’OIM soutient la stratégie nationale des Marocains du Monde, conformément au nouveau modèle de développement, qui vise à garantir les droits des Marocains à l’étranger et à promouvoir l’investissement pour le développement du Maroc. La facilitation de la mobilité régulière de façon à assurer tous les droits conditionne la réussite d’un tel processus.

Quels sont les résultats de vos actions?

Dans le cadre des résultats obtenus liés aux actions qui portent sur la thématique «Migration, développement et gouvernance», l’OIM Maroc a promu le recrutement de migrant-e-s en dispensant, en 2021, des ateliers de sensibilisation au profit de 104 acteurs du secteur privé, à Casablanca, Rabat et Tanger sur l’égalité d’accès au marché du travail pour les jeunes. Elle a, également, financé 6 startups et soutenu plus de 26 projets dans la phase d’incubation pour assurer l’investissement dans la diversité en tant que valeur ajoutée pour l’entreprise.
Prenant en considération le contexte lié à la pandémie de Covid-19, nous avons soutenu la promotion de la coordination entre les municipalités et les associations engagées sur les questions migratoires à l’échelle locale pour une meilleure identification des besoins des migrant-e-s dans la réponse post- Covid. En plus d’une série d’ateliers techniques organisés à Rabat et à Oujda, nous avons publié une boîte à outils, ciblant les acteurs qui opèrent à l’échelle locale, pour intégrer la migration dans les réponses socio-économiques à la Covid-19.
En ce qui concerne l’aide au retour volontaire et à la réintégration, nous avons réussi à assurer le retour volontaire, sûr et digne, à 2.377 migrant-e-s en situation de vulnérabilité, en 2021, depuis le Maroc vers leurs pays d’origine. Et étant donné que la pandémie de Covid-19 et les tendances inflationnistes, dues à la conjoncture internationale actuelle, ont eu un impact conséquent sur les Marocain-e-s et les migrant-es, l’OIM Maroc a garanti l’engagement de plus de 2.390 jeunes extrêmement défavorisé-e-s dans les actions de réinsertion sociale et économique.
Un autre résultat clé s’identifie dans l’assistance directe inclusive en temps de la Covid-19, étant donné qu’en 2021, l’OIM Maroc a assisté plus de 25.217 personnes incluant les migrant-e-s et les Marocain-e-s se trouvant dans une situation de vulnérabilité dans 9 villes marocaines. De plus, l’OIM Maroc a octroyé des prestations et des consultations médicales ainsi que des médicaments à 5.623 personnes incluant des enfants non accompagné-e-s et séparé-e-s. Ces aides sur le plan médical auprès des populations migrantes se sont déroulées dans 7 régions du Royaume.
Dans l’appui à la jeunesse marocaine, l’OIM soutient entre 8.000 et 10.000 jeunes par an dans des actions de lutte contre la déperdition scolaire, la formation professionnelle et l’emploi, ainsi que dans des activités communautaires, ludiques et culturelles.

On continue à voir dans les rues des grandes villes de nombreux migrants de diverses nationalités. Que pouvons-nous faire en tant que citoyens ?

On voit effectivement des migrant-e-s dans les rues mais aucune statistique n’existe malheureusement pour les quantifier réellement. Cela dit il faut faire attention quand on affirme qu’il y en a beaucoup, car en terme absolu ce n’est pas le cas. Pour les migrant-e-s vulnérables, l’OIM Maroc fournit directement ou à travers les partenaires dans différentes régions du Maroc une assistance aux populations en situation de vulnérabilité. Clairement, l’OIM Maroc et ses partenaires apportent un soutien en matière d’assistance directe et d’initiatives de protection telles que l’assistance juridique, l’hébergement d’urgence, paniers alimentaires, des bons d’achats et des kits d’hygiène, prestations et des consultations médicales ainsi que des médicaments et des séances de soutien psychosocial et d’écoute. Sinon pour les migrant-e-s en situation de vulnérabilité et en détresse souhaitant retourner volontairement dans leurs pays d’origine, nous les aidons aussi à le faire.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez lors de l’exécution de vos actions ?

Le manque de chiffres exacts sur les migrant-e-s est une difficulté avec laquelle on doit travailler tous les jours. Même le profil des migrant-e-s n’est pas une donnée connue. Les barrières linguistiques représentent aussi souvent un obstacle majeur à l’intégration réelle des migrant-e-s. Les migrant-e-s découvrent fréquemment qu’ils ne peuvent pas réaliser pleinement leur potentiel parce que leurs diplômes et leurs qualifications professionnelles ne sont pas reconnus dans le pays de destination. Ils se retrouvent souvent soit en chômage, soit sous-employés.

Quelles seraient selon vous les solutions pour faciliter la protection et l’intégration de ces populations migrantes ?

Il faut tenir compte du fait que les migrant-e-s ont des besoins différents et qu’il n’existe pas de solutions uniques. Dans ce sens, l’OIM travaille d’abord pour assurer la protection des migrant-e-s et l’accès aux services de base, puis à faciliter l’intégration socio-économique et professionnelle, en donnant aux migrant-e-s les informations et les ressources nécessaires à leur autosuffisance et à leur interaction réussie avec la société d’accueil. L’emploi reste une priorité pour les migrant-e-s, qui, surtout dans le secteur informel, se sont vu-e-s plus affecté-e-s par les résultats de la crise. A partir de là, renforcer le travail formel reste une priorité ainsi que le plaidoyer pour la régularisation des migrant-e-s qui ont perdu leur permis de séjour à cause de cette crise.

Quelles sont vos prochaines actions ? Les moyens pour les réaliser ?

L’OIM reconnaît la nécessité d’intensifier les efforts nationaux, régionaux et internationaux pour relever les défis de la mobilité humaine liés aux facteurs environnementaux et aux changements climatiques.
Dans ce sens, l’OIM Maroc œuvrera à fournir une aide et une protection aux populations touchées lorsque la migration forcée se produit dans des situations de changements environnementaux et climatiques. Elle recherchera des solutions durables à leur situation. De plus, nous nous engagerons davantage pour faciliter les migrations dans le cadre de l’adaptation aux changements climatiques. Renforcer la résilience des communautés touchées ainsi que dans le travail de prévention fait partie de nos prochaines actions.

Le mot de la fin peut-être…

Une gouvernance de la migration est la clé pour en faire un puissant moteur du développement durable tant pour les migrant-e-s eux-mêmes que pour les communautés d’accueil ! Il est important de nous rappeler que la migration apporte des avantages considérables sous forme de compétences, de renforcement de la main-d’œuvre, d’investissements et de diversité culturelle, et contribue à améliorer la vie des communautés dans leur pays d’origine grâce au transfert de compétences et de ressources financières.


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