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Mehdi Aouni : «La politique ESG, source de création de valeur dans les décisions d’investissement»

Entretien avec Mehdi Aouni, directeur Communication financière & extra-financière chez PwC Maroc

Loin d’être une tendance, l’intégration des critères environnementaux, sociaux et gouvernance (ESG) dans le périmètre d’activité des entreprises est désormais un gage de transparence et de valorisation des entités vis-à-vis des investisseurs. L’étude menée dernièrement par PwC à ce sujet démontre l’importance d’une telle orientation, notamment dans cette nouvelle configuration que connaît le monde des affaires. ALM a interviewé Mehdi Aouni pour définir ce que sont les ESG et mettre en exergue l’impact que leur intégration pourrait avoir en termes de compétence et de gouvernance des entreprises marocaines.

ALM : Nous observons aujourd’hui l’intégration des questions ESG dans le périmètre d’activité des entreprises. La prise en compte des enjeux ESG est-elle une nécessité ou un choix ?

Mehdi Aouni : En effet, nous assistons à un réel changement de paradigme des organisations compte tenu du fait que l’entreprise de demain ne sera plus évaluée uniquement sur sa seule performance financière mais elle le sera également sur son impact social et environnemental. Les entreprises n’ont plus d’autres choix que de suivre cette nouvelle orientation qui place les enjeux ESG au cœur des stratégies de croissance et de durabilité. Pourquoi cette prise en compte des ESG est-elle nécessaire ? la réponse est simple : il n’y pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd. Dans un monde en pleine mutation, du fait des transitions énergétique, numérique et démographique, l’ESG est l’outil parfait pour accompagner la transformation au sein des entreprises et garantir leur performance. En effet, la stratégie d’une entreprise face au changement climatique s’apprécie par la notion de double matérialité, à savoir l’impact du climat sur l’activité et la viabilité de l’entité (ex : risques physiques, réputationnels, etc), mais également l’impact de cette dernière sur l’environnement (ex: émissions à de gaz à effet, etc.). Cependant, l’intégration de pratiques plus durables nécessitera davantage d’efforts combinés de la part des entreprises, du gouvernement et de l’ensemble des parties prenantes pour planifier et conduire des améliorations à long terme. Il est nécessaire de commencer aujourd’hui pour qu’il y ait l’impact nécessaire et des résultats durables pour les entreprises et l’économie marocaine.

Les enjeux «climat» sont-ils bien intégrés dans les états financiers des entreprises marocaines ?

De manière globale, on observe encore très peu d’informations dans les états financiers qui permettent de s’assurer que les enjeux climatiques significatifs sont pris en compte, que ce soit en termes de comptabilisation et/ou d’informations en annexe. En septembre 2021, l’initiative Carbone Tracker, un think tank financier à but non lucratif qui se donne pour objectif de favoriser un marché mondial de l’énergie respectueux du climat, a publié un rapport assez critique sur le sujet. En effet, à la suite de l’examen des états financiers d’une centaine de groupes internationaux de secteurs et de localisation géographique différents dans le monde, le rapport a fait ressortir plusieurs points clés, dont notamment l’absence d’informations qui permettent de s’assurer que les enjeux climatiques significatifs sont correctement pris en compte dans les états financiers, l’absence de visibilité sur les hypothèses et estimations liées au climat ou encore le manque de cohérence entre les reportings financier et extra-financier. Bien entendu, les états financiers ne sont que le reflet de la façon dont l’entreprise intègre le risque climat dans sa stratégie. La qualité de l’information produite passe par la mise en œuvre d’une démarche globale de l’entreprise avec en premier lieu la mise en place d’une gouvernance climat adaptée, la définition d’une stratégie climat à l’appui d’une analyse des facteurs de risques et d’opportunités et enfin la vérification de la cohérence entre la stratégie et les informations financières et extra-financières.

Quelle est la valeur ajoutée de l’intégration de tels critères aussi bien sur le plan entrepreneurial que réglementaire ?

Les enjeux ESG ne sont pas uniquement une question de conformité réglementaire ou de maîtrise du risque environnemental ou social. C’est en premier lieu un enjeu d’engagement et de transparence de la part de l’entreprise. L’intégration des critères ESG est par ailleurs essentielle à la valorisation des entreprises vis-à-vis des investisseurs. Il a été démontré dans l’étude «Global Private Equity Responsible Investment Survey», réalisée par PwC en 2021, que 66% des investisseurs considèrent la politique ESG comme étant une source de création de valeur dans leurs décisions d’investissement. De plus, plusieurs études ne cessent de confirmer qu’il existe un lien réel entre les critères ESG et le rendement d’une entreprise, ceci a été amplement prouvé face à la crise sanitaire

Quelles sont les principales tendances que vous avez relevées lors de votre récente étude ?

Selon l’étude Global Investor ESG Survey 20211 de PwC, publiée en novembre 2021 et menée auprès de 325 professionnels de l’investissement (pour la plupart des gestionnaires d’actifs sur 43 territoires, notamment en Europe, Moyen-Orient et Afrique), de plus en plus d’investisseurs s’interrogent actuellement sur la notion d’impact positif et négatif des entreprises, dans la mesure où cet impact se conjugue avec leur performance sur le long terme. Cette étude démontre aussi que le climat est le principal sujet ESG identifié par les investisseurs avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre – aspect indiqué en majorité (65%) comme ce qui devrait être une priorité pour les entreprises. En définitive, un message clair ressort de l’étude : si les entreprises prennent les bonnes mesures en matière d’ESG et misent sur la transparence, les investisseurs les soutiendront.

Quelles sont vos recommandations pour mieux préparer les entreprises marocaines aux obligations de reporting ESG ?

Tout d’abord il convient de rappeler que le contexte marocain, à savoir la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes ainsi que l’entrée en vigueur en juin 2019 de la circulaire de l’AMMC n°03/19 relative aux opérations et informations financières, marquent une étape significative où le législateur et le régulateur imposent la publication des rapports ESG aux entreprises marocaines faisant appel public à l’épargne. Tôt ou tard, les petites et moyennes entreprises seront concernées également car elles devront exposer leur démarche lors des appels d’offres, demandes de financement ou encore durant l’entrée en vigueur du mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières. Ensuite, en termes de recommandations pour la production ou la mise en place d’un système de reporting ESG, nous pouvons citer la mise en place d’une véritable stratégie ESG transversale, une sélection rigoureuse des critères ESG les plus pertinents pour le secteur d’activité de l’entreprise, et enfin le suivi et le pilotage par la direction des indicateurs ESG et leur interconnexion avec la performance financière et économique de l’entreprise.

 


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