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Comment la digitalisation a catalysé l’inclusion financière au Maroc

Cadre réglementaire, solutions technologiques et dispositifs de paiement. Tels sont les ingrédients pour le décollage de la digitalisation si nécessaire à l’inclusion financière au Maroc. Et le paiement mobile est incontestablement un facteur de succès pour atteindre à moindre coût la population exclue. Ce sont ces idées et d’autres qui ont été débattues par une pléiade d’experts, d’entreprises et d’organisations internationales, la semaine dernière, lors d’un nouveau round des conférences mensuelles organisées par Maroc Numeric Cluster sur le thème «Digitalisation et paiement mobile au service de l’inclusion financière».

La vague de digitalisation est venue imprimer un nouveau rythme au processus de l’inclusion financière au Maroc. Elle a ainsi enclenché une nouvelle dynamique pour assurer à moindre coût un accès équitable à tous les produits et services financiers. «La digitalisation aujourd’hui est perçue comme un accélérateur d’accès aux services financiers. Elle est aussi une piste prometteuse et solide pour pallier la faible pénétration des services financiers auprès des populations non bancarisées», souligne Sana Tazi, directrice générale de Maroc Numeric Cluster. Dans un nouveau round de ses conférences mensuelles tenu la semaine dernière, ce groupement sectoriel, avec plus de 10 ans d’existence et un écosystème fédérant des acteurs du digital et des structures d’accompagnement pour la promotion de l’innovation, a choisi pour thème «Digitalisation et paiement mobile au service de l’inclusion financière».
Devant plus de 150 participants en ligne et une salle comble avec des startups, des PME, des organisations internationales comme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et des groupes internationaux, les panélistes se sont attardés sur les véritables leviers de cette inclusion financière tant recherchée par le Royaume.

Et dans ce processus de lutte conte le cash, les établissements de paiement jouent, depuis quelques années, un rôle fondamental : «On en est à cette phase où on doit créer l’usage, notamment à travers la dématérialisation des flux, mais aussi à travers les pilotes que l’on peut mener pour créer un écosystème d’acceptation de paiement mobile», a souligné Mohammed Benkaddour, délégué général de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP), regroupant toutes les sociétés agréées par Bank Al-Maghrib (BAM) pour offrir les services de paiement.

Établissements de paiement : le cap des 10.000 points d’accès dépassé

La loi bancaire 103.12 du 24 décembre 2014 a institué le statut d’établissement de paiement qui s’applique à des entités non bancaires. Cette même loi explique les services que ces établissements sont aptes à assurer aux citoyens, notamment les opérations de transfert de fonds, les dépôts et les retraits sur un compte de paiement ou la nouvelle possibilité qui consiste à ouvrir un compte auprès d’une entité non bancaire et qu’on nomme un «compte de paiement». À travers ce compte de paiement, la personne a possibilité d’exécuter un certain nombre d’opérations, notamment le paiement de factures, paiement à distance et aussi l’exécution des prélèvements.

Globalement, le réseau des établissements de paiement se divise en deux segments : les agents de paiement principaux et les agents de paiement détaillants. Le citoyen lambda ne fait pas la différence entre les agents de paiement principaux et les agences propres des établissements. En ce sens, l’agent de paiement principal va fournir l’ensemble des services pour lesquels un établissement de paiement est mandaté ou agréé par la Banque centrale. L’agent de paiement détaillant, c’est la nouveauté. «Aujourd’hui, vous pouvez faire tout type de transaction chez une agence d’un établissement de paiement. Il y a une grande capacité d’adaptation au besoin, c’est-à-dire que ce sont des services financiers faciles à comprendre pour un citoyen et qui sont faciles à utiliser selon les besoins de cette personne», indique le délégué général de l’APEP.
Chez ces établissements, il y a des possibilités de déployer des activités financières connexes, notamment le change, la microfinance à travers les synergies existantes entre les établissements et les associations de microfinance. «Nous avons déjà dépassé le cap des 10.000 points d’accès. Le réseau et les points d’accès sont appelés à croître», soutient Benkaddour.

3 niveaux de comptes et une Wallet complètement gratuite !

Le compte de niveau 1 est plafonné, donc le risque est limité. À ce moment, la KYC (Know Your Client) est limitée au numéro de téléphone mobile de la personne à travers son numéro de téléphone adossé à son application. Le détenteur dispose d’un compte «Ribé» sur lequel il peut recevoir jusqu’à 200 dirhams.
Le compte de niveau 2 est plafonné, lui, à 5.000 dirhams. Et bonne nouvelle : pendant la période de la Covid, il y a eu un allégement de la part de la Banque centrale, dans la mesure où l’utilisateur se contente d’envoyer une version numérisée de sa CIN.
Pour le niveau trois, un entretien «rapide» est effectué à l’agence. Le client ouvre un compte qui est plafonné à 20.000 dirhams et sans frais. Concrètement, rien n’est prélevé pour l’ouverture de ce compte, aucun frais de tenue de compte n’est prélevé non plus.
En tout cas, les frais se produisent au niveau du retrait. Quelle tarification pour ces opérations ? «Ce sont des frais compétitifs et je ne rentrerai pas ici dans les détails de cette tarification, puisque chacun a sa propre politique», indique l’expert. Notons enfin que le compte de paiement est tenu bien évidemment par un établissement de paiement et il est tenu au nom de l’utilisateur ou celui du client de services de paiement.

La BERD : Un financement couplé à une assistance technique

La stratégie de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement au Maroc est basée sur trois axes : le vert, l’inclusion financière et le digital. Dans le vert par exemple, la banque soutient la transition vers une économie verte à faible émission de carbone, avec une finance verte représentant plus de 50% de son activité. «C’est déjà le cas cette année au Maroc en termes d’inclusion. Nous essayons de promouvoir l’égalité des chances par l’accès aux compétences et à l’emploi, au financement et à l’entrepreneuriat et le soutien aux femmes, aux jeunes et aux autres communautés défavorisées», explique Lamiae Derraji, Principal Banker de la BERD au Maroc.
D’ailleurs, dans l’inclusion financière, deux programmes phares seront lancés cette année au Maroc pour les femmes et pour les jeunes et le digital. L’année dernière, nous avons lancé une étude sur la digitalisation des PME marocaines (…), et on en a conclu qu’il faut deux axes importants à développer pour les entreprises marocaines : un financement couplé à une assistance technique. Selon une étude de PricewaterhouseCoopers, 81% des entreprises considèrent le budget, donc le financement et notamment le financement externe, comme un obstacle critique à leur digitalisation. Et le deuxième point l’enquête Deloitte a démontré que 77% des TPE/PME qui ont été interrogées montrent un besoin d’assistance technique pour les aider à se digitaliser.

«Women in Business» : Une subvention de 10% et jusqu’à 1 million d’euros de financement

Lancé en 2017 par la BERD, «Women in Business» est le premier programme inclusif avec une nouvelle composante digitale. Ce programme propose un package complet, un financement via les banques partenaires en euros, en dollars ou en dirhams. «Nous faisons aussi de la monnaie locale, ce qui est un point fort pour la BERD. On a aussi offert une garantie de première perte qui permet aux banques de construire une offre dédiée plus flexible, tenant compte des contraintes que les femmes peuvent avoir à gérer».

Grâce à ce programme, certaines banques partenaires ont permis une sorte de période de grâce aux femmes clientes quand elles ont eu un enfant ou quand elles ont eu quelque chose de personnel à gérer durant la vie du crédit. «Women in Business» offre une garantie couvrant 70% de la perte de chaque sous-projet. Enfin, la BERD offre une double assistance technique. La première bénéficie à la banque que la BERD va aider à designer le produit, à évaluer aussi les risques des femmes entrepreneurs à travers «un crédit scoring tool». Le bailleur de fonds propose aussi en clair une assistance technique pour les femmes bénéficiaires, donc du mentoring, du coaching et un outil qui les aident à élaborer un business plan et à identifier les axes d’amélioration de leur activité. «Nous avons utilisé les fonds de la garantie première perte, qui est équivalente à la garantie que “Tamwilcom” offre, une subvention de 10% avec un maximum un cap de 30.000 euros par sous projet. Le montant du projet peut aller jusqu’à un million d’euros», précise la panéliste.

En termes d’éligibilité, ce sont les PME qui sont ciblées au premier rang. «L’Union européenne, qui est notre donateur, a une définition assez large de la PME. C’est 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et 250 employés. La gestion doit être assurée par une femme et l’ensemble ou une partie du capital est détenu par une femme. Donc ce qui est important pour nous, c’est que la gestion incombe à la femme puisque nous souhaitons vraiment avoir un impact sur cette cible», détaille la représentante de la BERD.

Youth Business : La BERD s’allie à «Tamwilcom»
La BERD scelle un mémorandum d’entente avec «Tamwilcom»

La BERD a signé un mémorandum d’entente avec «Tamwilcom» en mars 2022. Objectif : encourager les services non financiers pour ces jeunes comme pour les femmes entrepreneurs. «On a remarqué que les banques partenaires qui signent avec nous sur les programmes d’inclusion financière de facto couplent des garanties de “Tamwilcom” avec nos offres. Nous avons donc levé des fonds de donateurs de l’Union européenne, notamment pour financer cette garantie de première perte», souligne Lamiae Derraji, Principal Banker de la BERD au Maroc.
En termes d’éligibilité, c’est toujours les PME qui sont ciblées. La gestion doit être assurée par un jeune, donc âgé de moins de 35 ans et l’ensemble ou une partie du capital est détenu par un jeune. Et bien sûr, l’entreprise doit être privée. «En terme d’assistance technique, on essaiera de renforcer la compréhension du segment des jeunes et de leurs besoins».

Une assistance technique dédiée aux jeunes de moins de 35 ans

Dans ses efforts, la BERD veut que le banquier marocain ne soit plus un pur banquier, mais qu’il puisse assurer un financement et un package complet de services de conseil pour aider le client à évoluer dans son activité professionnelle. «Pour les jeunes entrepreneurs, on a toujours le programme Advice Small Business. Une équipe dédiée est mobilisée pour offrir un grand nombre de conseils. Et tout cela est couplé avec des programmes de formation. Et un point important pour les jeunes entrepreneurs, c’est qu’on veut que ces jeunes soient aussi formés à des concepts de base en termes de compétences entrepreneuriales et commerciales sur des sujets en particulier de durabilité sociale, opérationnelle et environnementale, d’accès aux financements et bien sûr de marketing digital. Mais l’important, c’est cette durabilité sociale et environnementale, qui éclaire et transverse toute notre action», précise la responsable.


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