EconomieLe Matin

Des entreprises de transport risquent de basculer vers l’informel

Rachid Tahri, secrétaire général de la Fédération du transport et de la logistique – CGEM. Ph. Sradni

La flambée des prix des carburants inquiète au plus haut degré les professionnels du transport. Invité à l’émission du «Matin», «L’Info en Face», Rachid Tahri, secrétaire général de la Fédération du transport et de la logistique – CGEM, estime qu’au regard de la situation actuelle, il y a un risque assez pesant pour que certaines entreprises formelles basculent vers l’informel, car il y va de leur survie.

La folle hausse des prix des carburants, qui se maintient au gré de la situation géopolitique, devient très inquiétante, et même très alarmante. Invité à l’émission du «Matin», «L’Info en Face», Rachid Tahri, secrétaire général de la Fédération du transport et de la logistique – CGEM, est on en peut plus clair sur ce sujet. «Il faut sûrement s’alarmer, car chaque semaine, il y a une augmentation des prix qui reste incompréhensible même si le contexte conjoncturel est compliqué. Malheureusement au Maroc, nous avons des augmentations régulières alors que globalement au niveau de la Fédération nous n’arrivons pas à répercuter ces hausses sur les services fournis aux clients». Toutefois, certains transporteurs, qui ne sont pas à la Fédération, sont contraints d’augmenter les prix de leurs prestations en fonction des augmentations des prix du gasoil. Sur ce point, il faut bien rappeler que le secteur du transport est dominé par l’informel et les petites entreprises ne disposant que d’un ou deux véhicules. «Au regard de la situation actuelle, il y a un risque assez pesant pour que certaines entreprises formelles basculent vers l’informel, car il y va de leur survie», souligne Tahri.

L’indexation salvatrice

Pour faire face à ces hausses, le gouvernement a puisé dans la trésorerie du pays pour fournir des aides financières directes aux entreprises du secteur, et ce à partir du premier avril. «Cette subvention est louable. Néanmoins, elle est insuffisante, car elle a été déterminée en fonction de la situation de départ avec un prix du gasoil de 12,50 DH le litre. Aujourd’hui, on a dépassé les 15 DH le litre. Nous sommes conscients que l’État à de gros soucis financiers et c’est pour cette raison que nous avons demandé à notre ministre de tutelle d’activer le projet relatif à l’indexation des prix du gasoil», précise Tahri. Là, il faut noter qu’il s’agit d’une vieille doléance de la Fédération du transport et de la logistique et qui n’a jamais abouti. Aujourd’hui, avec ces hausses incroyables des prix des carburants, le gouvernement est soumis à une grande pression pour revoir sa position par rapport à cette mesure dite d’indexation. «Notre ministre de tutelle est à l’écoute et nous espérons que ce projet aboutisse», précise Tahri.

Niet aux subventions à la pompe !

Quoi qu’il en soit, le gouvernement a été catégorique, il n’y aura pas de subvention directe à la pompe. Foi de Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des finances. Il n’y aura pas non plus de plafonnement des prix à la pompe ni des marges. Il est également hors de question d’accorder des allégements fiscaux sur les carburants. Ce qui crée un peu la confusion dans les esprits. Que faire alors ? Pour le secrétaire général de la Fédération du transport et de la logistique, il faut trouver d’autres mécanismes, car si on touche au carburant, à la TIC et à la TVA on va impacter les investissements publics».

Hausse de 30% des charges d’exploitation

Cela dit, le secteur ne souffre pas que de la hausse des prix des carburants (40% des charges), les autres charges d’exploitation ont été également impactées. Il s’agit, entre autres, de la hausse du fret maritime et des prix des intrants. Globalement, les entreprises du secteur ont vu leurs charges d’exploitation monter de 30%. «Nous répercutions le fret maritime tel qu’il est, car nous n’y pouvons rien, mais nous essayons de jouer sur les marges», note Tahri. Cette situation ne peut que conduire à la décroissance de l’économie. Dans d’autres pays, il y a, certes, la hausse des prix, mais il y a aussi une croissance de la demande, car les subventions des États que ce soit pour les professionnels ou pour les particuliers sont importantes. Ce qui n’est pas le cas au Maroc, ce qui fait que la demande baisse aujourd’hui», explique Tahri.

Les yeux rivés sur Jouahri

La conjoncture économique morose et le manque de visibilité quant à la fin de la crise, ont poussé le gouvernement marocain à revoir ses ambitions de croissance. Ce qui fait craindre un changement au niveau du taux directeur. Une donne qui inquiète les professionnels du transport et de la logistique qui estiment que «les taux des crédits déjà pratiqués sont très élevés». «Si la Banque centrale rehausse le taux directeur, cela va impacter les investissements dans le secteur. Dernièrement, les entreprises du transport ont beaucoup investi notamment dans des camions, et ce même durant la période de la Covid-19. Il y a eu beaucoup de commandes, mais qui tardent à être exécutées à cause du problème de la pénurie des connecteurs», souligne Tahri.

Prêts pour la décarbonation ?

L’autre grand défi pour le secteur, et qui risque de bien le secouer, est la décarbonation. En effet, en Europe, cette dernière sera exigée à partir de 2023 pour être généralisée en 2026. La question à se poser à ce niveau est celle de savoir si les transporteurs marocains sont prêts. Pour Tahri, «nous ne pouvons pas prétendre l’être. D’ailleurs, c’est le cas même en Europe. Par rapport au transport international, nous avons les mêmes normes. En revanche, les transporteurs nationaux vont devoir faire l’effort», conclut le secrétaire général de la Fédération du transport et de la logistique.

Jalal Baazi
 


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