Art & CultureLe Matin

Éloge de la folie, de Halifi, immersion dans les mondes casablancais

Alaa Halifi vient de publier «Éloge de la folie», premier ouvrage marocain à remporter le Prix Al-Rafidain First Book Awards. Le livre est édité par Dar Al Rafidain au Liban en partenariat avec les éditions «Daraj». «Éloge de la folie» a été distingué pour sa forte capacité à «plonger au fond des mondes casablancais». L’auteur nous invite dans ces mondes et nous parle de ses inspirations.

Le Matin : Est-ce que vous pouvez vous présenter pour nos lecteurs ?
Alaa Halifi : Je suis Alaa Halifi, né en 1998 à Casablanca, architecte de formation, romancier et rêveur…

Vous venez de publier votre livre «Éloge de la folie». Que représente pour vous cette nouvelle expérience ?
C’est mon premier opus, je n’ai jamais pensé que ce livre va être publié un jour, il m’a accompagné durant ces dernières années, en quelque sorte, son écriture constituait pour moi un énorme plaisir, et un moment de folie et d’expérimentation. Le fait de le voir être quelque chose autre qu’un brouillon est un peu étrange, car maintenant il ne m’appartient plus ! Mais dans tous les cas, j’aime le changement, et ça me fait plaisir d’avoir l’opportunité aujourd’hui de vivre une nouvelle expérience à travers sa publication.

Ce livre a remporté le Prix international Al-Rafidain First Book Awards 2021. Comment avez-vous vécu cette distinction ?
C’était surprenant, je ne m’attendais pas à un tel accueil. Ma principale satisfaction reste avant tout le fait que le Prix a fait connaître le livre aux lecteurs partout dans le monde arabe, et aussi, le fait qu’il a sorti ses personnages de l’underground casablancais au public.
C’est aussi une distinction morale et une motivation pour ma génération, et pour tous les jeunes créateurs arabes…

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire «Éloge de la folie» ?
Plusieurs choses ont fait exister ce livre, d’une part, c’était l’ambition de refléter la réalité de ma ville, et de ma génération. Je pense que ce qu’on consomme aujourd’hui ne reflète pas vraiment notre réalité. En fait, ce n’est pas du tout étrange que les jeunes soient à l’écart de l’image culturelle actuelle. Je me pose sans cesse cette question : sans art, sans formes d’expression, qui va parler de nous, de notre époque ? Est-ce que des posts Instagram suffisent ? Sans expression libre et concrète, notre génération et notre contexte spatio-temporel seront historiquement invisibles, comment le monde se souviendra-t-il de nous d’ici 100 ans ? Méritons-nous d’être cités ?
Certes, j’ai essayé de jeter la lumière sur la partie marginalisée et chaotique du bas-fond de la ville, en mettant sur papier des choses qu’on voit chaque jour, mais, d’une autre part, le livre reflète aussi ma vision personnelle envers ces choses, mes pensées et mes fantaisies, je crois que chaque œuvre artistique se compose de deux facettes, ce que vit l’artiste au sein de sa société, et sa vision «privée», dans une sorte de dualisme dialectique entre le plus commun, et le plus personnel, le si réel et le plus fantastique !

Pourquoi avez-vous choisi la ville de Casablanca pour votre roman ?
Casablanca, c’est où je suis né et où j’ai grandi, en quelque sorte ça fait partie de moi ! C’est une ville mondiale qui reconstitue un peu tout le Royaume ! Cette ville monstrueuse, chaotique, fantastique avec plein de couleurs, images, diversités et contradiction, présente pour moi une vraie source d’inspiration et de réflexion !
Si on parle de Casablanca en littérature, je trouve qu’il y a un peu d’écart entre ce qu’on lit et ce qu’on voit en réalité, certainement il n’y a pas qu’une seule Casablanca à vivre ou à décrire, mais pour notre contexte actuel, j’ai essayé autant que possible de rester loin des gloires et des nostalgies du passé de la ville. Le côté littéraire de Casablanca était toujours lié au protectorat, aux années de plomb, à l’immigration, etc. Ce sont des choses que ma génération n’a pas vraiment vécues, c’est pour ça que je me suis engagé à dépeindre sa réalité actuelle telle que je la vois.
Aujourd’hui, Casablanca pour la plupart est un théâtre de chaos, de violence, et de perte, on y trouve ça dans le livre, mais on y trouve aussi une partie imaginaire et fantastique, sans qu’on aperçoive les limites, où commence la fiction, où finit la réalité. J’ai essayé de sculpter une atmosphère entre les deux, dans une sorte de superposition de deux Casablanca(s) : la ville concrète, et la ville rêvée.

Quels sujets traitez-vous dans ce livre ?
Je trouve qu’une des caractéristiques de la littérature et de l’art, en général, c’est de questionner la réalité, concrète et brutale, mais non pas d’une manière directe, car un écrivain, comme tout artiste, n’est pas un homme de religion ou de politique. Je trouve que l’ironique, l’imaginaire, et le symbolique peuvent vraiment aborder notre réalité, beaucoup mieux que de la raconter tel qu’elle est…
Les membres du jury ont souligné le fait que le livre discute des sujets contemporains tels que l’aliénation des individus dans la ville, la sexualité, le suicide, le rêve et l’échec. Dernièrement, Micha Khalil, journaliste à Monte Carle Médias à Paris, avait déclaré que les sujets traités dans le livre ne concernent pas juste les Casablancais ou les Marocains, mais ils reflètent la crise des individus partout dans les grandes métropoles, dont l’idée que Casablanca est une ville universelle…

Où en est l’architecture dans votre vie actuellement ?
L’architecture… ça me fait rêver ! Certes, c’est ma profession, mais c’est une façon de vivre et voir le monde, je trouve qu’elle ne diffère pas assez de la littérature, comme l’amour, pour moi, écrire ou concevoir représente un vrai moment de plaisir et d’expression !

Les auteurs/références qui vous ont marqué ?
Je pourrais citer Kerouac, Kazantzákis, Mahmoud Darwich, Garcia Marquez, Rabie Jaber.. Mais je trouve que l’écriture est une expérience globale. Le critique et romancier iraquien Zuher Karim avait dit qu’«Éloge de la folie» s’est savamment orchestré avec d’autres champs tels que le cinéma, la musique et la peinture. Beaucoup de choses autres que les livres m’ont marquées, les films de Woody Allen et Wong Kar-Waï, les albums de Mashrou’ Leila, les œuvres de Da Vinci et Jean-Michel Basquiat, mais aussi les récits qu’on entend partout dans la ville… le paysage urbain casablancais est très riche par ses histoires et par ses cultures variées et diversifiées.

D’autres projets littéraires ?
Non, pas pour l’instant, la vérité, je ne ressens pas de pression, ni pour écrire, ni pour publier. Il y aura absolument un deuxième livre, mais je ne sais pas quand ni sur quel thème…
 


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