EconomieLe Matin

Les porteurs de projets veulent des structures d’accompagnement agiles

Bien que jeune et fragile, l’écosystème entrepreneurial au Maroc se construit petit à petit en créant une véritable dynamique pour l’accompagnement des porteurs de projets. Cependant, il n’offre pas encore tout l’environnement propice au développement et à la réussite des jeunes entreprises.

De par la croissance rapide de politiques et d’initiatives complémentaires pour créer un environnement propice à la création d’entreprise, la dynamique entrepreneuriale est enclenchée au Maroc. Des programmes d’accompagnement à différents stades de développement ont vu le jour afin d’encourager les porteurs de projets à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. L’objectif étant de booster l’entrepreneuriat à fort impact en tant que vecteur de création de valeur et d’emplois et de transformation socioéconomique dans notre pays. Ces dernières années, de plus en plus de jeunes porteurs de projets ont pu mettre en place leurs entreprises, grâce à l’engagement des différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial, boostés notamment par la mise en place du Fonds Innov Invest et le lancement du programme intégré d’appui et de financement des entreprises, «Intelaka». «Nous constatons, ces dernières années, que l’écosystème entrepreneurial est en train de prendre forme, vu l’émergence d’un certain nombre d’acteurs publics et privés.

Ces acteurs offrent aujourd’hui une chaîne de valeur d’accompagnement, où on trouve au moins un à chaque phase de développement des projets entrepreneuriaux», explique Hanane Ait Aissa, fondatrice de «Startup Grow». Toutefois, elle relève qu’il reste beaucoup à faire encore sur la partie post-création et développement de l’entreprise afin de générer de l’impact de la réussite des projets entrepreneuriaux. «Il faut que les jeunes sachent qu’il ne suffit pas de lancer un projet, mais le défi commence une fois l’entreprise créée pour la développer et générer de l’impact. Pour ce faire, ils ont besoin d’être accompagnés tout au long de leur parcours, car l’enjeu est de leur permettre de prospérer. Il s’agit notamment de dépasser la vallée de la mort, qui dure de la première à la cinquième année d’existence de l’entreprise. Pour y faire face, un accompagnement personnalisé doit être mis à la disposition des jeunes entrepreneurs, chose qui existe peu au Maroc malheureusement», a-t-elle relevé. Des initiatives en attendant un véritable écosystème Aujourd’hui, il y a un grand effort à faire de la part des différentes parties prenantes de l’écosystème entrepreneurial pour la mise en place d’une offre d’accompagnement complète. «Nous avons encore beaucoup de chemin à faire en matière d’accompagnement.

Certes, nous disposons de plusieurs structures dédiées à l’accompagnement des entrepreneurs, mais cet aspect reste en deçà des attentes. Toutefois, il faut noter que ces structures sont assez récentes au Maroc, elles ont en général quelques dizaines d’années, donc assez jeunes. Elles ont besoin d’un certain niveau de développement et de professionnalisation. C’est essentiel pour la promotion et l’essor des startups», souligne Nasser Kettani, entrepreneur, spécialiste et consultant en transformation digitale. Ce défi ne peut être relevé que par la mise en place d’une politique générale intégrant l’ensemble des acteurs politiques et socio-économiques. «Est-ce que nous sommes devant une nouvelle génération d’entrepreneurs auxquels ces structures d’accompagnement ne correspondent plus ? La question n’est pas à poser de manière généralisée.

Il existe des structures d’accompagnement qui sont matures, structurées et qui remplissent très bien leur rôle. Cependant, il existe un certain nombre de structures qui manquent de professionnalisation. Je pense qu’il y a un peu d’ordre à mettre là-dedans. Je pense également que les pouvoirs publics de manière générale n’ont pas saisi le rôle des structures d’accompagnement», affirme l’entrepreneur. L’accompagnement, un facteur clé de réussite «Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas le financement qui fait la réussite ou l’échec des jeunes entrepreneurs, mais le manque d’accompagnement pour valoriser leur offre et la développer tout au long des différentes étapes de développement de leurs projets», note Hanane Ait Aissa. Selon la fondatrice de «Startup Grow», l’enjeu aujourd’hui est de favoriser les synergies entre les différents acteurs pour gagner en efficacité et faire émerger un écosystème fort capable d’accompagner les entrepreneurs à chaque phase de développement de leurs projets.

Un constat partagé par Fouzia Balibla, co-fondatrice et responsable communication de l’entreprise Pelux, spécialisée dans le développement web et mobile et l’innovation. «L’intégration d’un programme d’incubation nous a permis de mieux développer notre projet. Car, malgré le fait de disposer des connaissances nécessaires dans le domaine technique, nous nous sommes confrontés à plusieurs problèmes pour la mise en place de notre entreprise.

C’est grâce à l’incubation que nous avons pu trouver des réponses à ces problématiques, grâce à des experts qui nous ont accompagnés pour la structuration de l’entreprise, la création de valeur et la génération d’un impact socioéconomique sur notre communauté», a-t-elle témoigné. Pour la jeune entrepreneure, cette expérience lui a permis non seulement de mettre en place son projet, mais aussi d’être sensibilisée aux problèmes qui peuvent survenir et de savoir prendre les bonnes décisions. Par ailleurs, l’accompagnement ouvre la voie aux jeunes entrepreneurs pour saisir toutes les opportunités de développement. «Grâce à cette expérience, nous avons également pu rencontrer des investisseurs et des experts dans différents domaines au Maroc et à l’international, qui nous ont montré comment mettre en valeur notre projet, ainsi que l’étude et la compréhension du marché. Ceci nous a également permis de décrocher des financements et de passer à la vitesse supérieure», a-t-elle assuré.

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Avis de l’expert

 Hanane Ait Aissa, fondatrice de «Startup Grow»
«Aujourd’hui, tout l’effort doit être fait pour générer de l’impact de la réussite des projets entrepreneuriaux»

Le Matin : Quelle est votre lecture de l’évolution de l’écosystème entrepreneurial, notamment en matière d’accompagnement ?

Hanane Ait Aissa : Nous constatons, ces dernières années, que l’écosystème entrepreneurial est en train de prendre forme, vu l’émergence d’un certain nombre d’acteurs publics et privés. Ces acteurs offrent aujourd’hui une chaîne de valeur d’accompagnement, où on trouve au moins un à chaque phase de développement des projets entrepreneuriaux. Il s’agit de soutenir les porteurs de projets depuis la phase d’inspiration et d’idéation, avec les associations et les ONG qui opèrent dans ce domaine, avec la restructuration de l’offre, l’élaboration du business plan, la recherche de financements, etc. Cette démarche, cruciale pour le développement de la dynamique entrepreneuriale, est soutenue par l’État, avec l’Initiative nationale pour le développement humain et le Programme «Intelaka» lancé par S.M. le Roi. Le secteur bancaire et d’autres acteurs privés se sont également impliqués dans cette dynamique. Ceci démontre tout l’intérêt aujourd’hui de promouvoir l’esprit entrepreneurial, qui représente aujourd’hui une solution importante pour faire face à la problématique de l’emploi des jeunes. L’entrepreneuriat constitue également un important levier pour renforcer l’employabilité des jeunes.

Quelle place occupe-t-il dans le développement de la dynamique entrepreneuriale au Maroc ?

L’accompagnement permet l’émergence de nouveaux projets qui impactent l’économie et le développement social. C’est une partie inhérente du développement de la dynamique entrepreneuriale. Cette démarche favorise également l’épanouissement des jeunes et de la communauté entrepreneuriale de manière générale.

Quel impact sur la réussite des projets entrepreneuriaux ?La dynamique est enclenchée pour initier et pour inciter les porteurs de projets et les jeunes qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat. L’offre existe et il y a une vraie volonté de la part des différents acteurs d’accompagner le développement de leurs projets pour les mettre sur les rails. Aujourd’hui, tout l’effort doit être fait pour générer de l’impact de la réussite des projets entrepreneuriaux. Il faut que les jeunes sachent qu’il ne suffit pas de lancer un projet, mais le défi commence une fois l’entreprise est créée pour la développer et générer de l’impact. L’enjeu est de permettre à ces entreprises de prospérer. Il s’agit notamment de dépasser la vallée de la mort, qui dure de la première à la cinquième année d’existence de l’entreprise. Pour y faire face, un accompagnement personnalisé doit être mis à la disposition des jeunes entrepreneurs, chose qui existe peu au Maroc malheureusement.

Quelles sont les limites de l’offre d’accompagnement aujourd’hui au Maroc ? Comment les dépasser ?

Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas le financement qui fait la réussite ou l’échec des jeunes entrepreneurs, mais le manque d’accompagnement pour valoriser leur offre et la développer tout au long des différentes étapes de développement de leurs projets. Car, il est important de garder en tête que la clé de la réussite est de toujours rester à l’écoute du marché. Aujourd’hui, il y a un grand effort à faire de la part des différents acteurs pour la mise en place d’une offre d’accompagnement complète. Plusieurs acteurs se sont penchés sur ces questions, à l’image de notre association, qui accompagne les jeunes entrepreneurs lors de la phase post-création pour les coacher et surtout pour les outiller afin de faire face aux différentes problématiques qu’ils peuvent rencontrer et de prendre les bonnes décisions.

Propos recueillis par M.S.

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Invité de L’Info en Face

Nasser Kettani, entrepreneur, spécialiste et consultant en transformation digitale
«Les structures d’accompagnement devront réinventer leurs manières de faire»


 

Le Matin : Quelle est votre lecture de l’accompagnement des entrepreneurs aujourd’hui au Maroc ?

Nasser Kettani : Nous avons encore beaucoup de chemin à faire en matière d’accompagnement. Certes, nous disposons de plusieurs structures dédiées à l’accompagnement des entrepreneurs, mais cet élément reste en deçà des attentes. Toutefois, il faut noter que ces structures sont assez récentes au Maroc, elles ont en général quelques dizaines d’années, donc assez jeunes. Elles ont besoin d’un certain niveau de développement et de professionnalisation. C’est essentiel pour la promotion et l’essor des startups.

Est-ce que nous sommes devant une nouvelle génération d’entrepreneurs auxquels ces structures d’accompagnement ne correspondent plus ?

La question n’est pas à poser de manière généralisée. Il existe des structures d’accompagnement qui sont matures, structurées et qui remplissent très bien leur rôle. Cependant, il existe un certain nombre de structures qui manquent de professionnalisation. Je pense qu’il y a un peu d’ordre à mettre là-dedans. Je pense également que les pouvoirs publics de manière générale n’ont pas saisi le rôle des structures d’accompagnement et la manière avec laquelle elles doivent fonctionner pour accompagner ces mutations actuelles. Nous sommes vraisemblablement à l’aube de la plus grande transition humaine qui est la digitalisation. Cette mutation va faire naître des entreprises innovantes à la pointe de la technologie, agiles avec des business plans différents et des schémas de pensée différents. Les structures d’accompagnement devront s’inscrire dans cette logique et réinventer leurs manières de faire. Ces mêmes structures ont besoin d’être appuyées, notamment par l’État. Elles ont besoin d’être financées, structurées et suivies pour qu’elles soient, in fine, capables d’accompagner cette nouvelle génération de startups. SI on ne procède pas de la sorte, on risque d’affaiblir ce maillon qui fait partie intégrante de l’écosystème entrepreneurial.

Est-ce que justement dans cet écosystème, il aurait fallu commencer d’abord par organiser les structures d’accompagnement ?

Je ne pense pas ! Nous sommes dans un schéma d’apprentissage continu et d’agilité. Il faut agir de manière globale : continuer à accompagner les startups, car c’est très utile pour dynamiser l’écosystème, repérer les failles et réagir en admettant le fait que ce tissu d’accompagnement a lui aussi besoin d’être professionnalisé et financé. De mon point de vue, l’État doit mettre la main à la poche pour financer ces structures. Le gain pour l’État est bien évidemment d’avoir des startups opérationnelles, qui réussissent et qui dynamisent le tissu économique. C’est donc un enjeu majeur pour faire émerger des entreprises fortes qui seront visibles dans les radars des investisseurs, mais ce n’est pas le seul. Les startups ont en effet besoin d’un écosystème fort et organisé à plusieurs niveaux. Il s’agit notamment du financement, des réglementations, des problématiques de fiscalité, etc. Je pense ici que le Maroc a besoin de passer à ce que j’appelle «la réglementation positive» qui va contribuer à débloquer le système. Les réglementations doivent aussi être innovantes et être anticipatives et donc aider à booster l’écosystème entrepreneurial.

De combien de structures d’accompagnement dispose le Maroc ?

Il existe actuellement une soixantaine de structures qui accompagnent les porteurs de projets. Il y a de tout, des universités, des incubateurs, des financeurs, des business angels, etc. Je ne sais pas si c’est suffisant, mais aujourd’hui il ne s’agit pas d’un problème de nombre, mais de visibilité. Aujourd’hui, les entrepreneurs ont besoin de comprendre l’écosystème, de savoir quelle est l’offre, où aller et quand. Il faut que les structures d’accompagnement fassent ce travail ensemble pour expliquer aux startups, aux pouvoirs publics et aux citoyens ce qu’elles font exactement.

Comment structurer cet écosystème ?
Avec les évolutions que nous vivons, nous pouvons imaginer des schémas Bottom-Up, avec des gens qui travaillent ensemble pour le bien de tous. Nous n’avons pas nécessairement besoin d’un pilote. Je pense que ces structures peuvent travailler ensemble et fédérer leurs efforts pour libérer les énergies qui existent. Ils doivent également travailler avec les pouvoirs publics pour mettre en place ce dont on a besoin, notamment en matière de réglementation. Il faut aujourd’hui une loi qui libère les startups sur tous les sujets sur lesquelles elles travaillent et c’est là où les structures d’accompagnement ont un rôle à jouer, car ce sont elles qui connaissent ces sujets. Pour ce faire, il faut fédérer les efforts de toutes ces structures.

Quel modèle économique pour le développement de ces structures ?

Il y a plusieurs modèles qui existent aujourd’hui. Il y a des structures qui mettent en place des programmes d’open innovation, qui sont financés par de grandes structures pour apporter des solutions innovantes à leurs problématiques. Il y a aussi des structures qui prennent des parts dans les startups qu’elles accompagnent en échange des services qu’elles vont leur accorder pour se développer. L’idée étant de mettre en place un roadmap clair, qui dépend des besoins en accompagnement de la startup, voire même en investissement. Je pense qu’il faut garder la porte ouverte à tous les modèles de financement possibles, publics, privés ou PPP, parce qu’il faut garder en tête que ces structures d’accompagnement ont besoin d’un modèle économique viable pour qu’elles puissent faire du bon travail.

S.Ba.

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Avis de l’entrepreneur  

  Fouzia Balibla, co-fondatrice et responsable communication de l’entreprise Pelux

«Grâce à l’accompagnement, nous avons été capables de passer à la vitesse supérieure dans le développement de notre projet»

«Ces dernières années, plusieurs programmes d’accompagnement et d’incubation ont vu le jour au Maroc, dont l’impact sur les jeunes entrepreneurs est très positif. Pour le cas de notre entreprise “Pelux”, spécialisée dans le développement web et mobile et l’innovation, l’intégration d’un programme d’incubation nous a permis de mieux développer notre projet. En effet, malgré le fait de disposer des connaissances nécessaires dans le domaine technique, nous nous sommes confrontés à plusieurs problèmes pour la mise en place de notre entreprise. C’est grâce à l’incubation que nous avons pu trouver des réponses à ces problématiques, grâce à des experts qui nous ont accompagnés pour la structuration de l’entreprise, le choix du statut juridique, la création de valeur et la génération d’un impact socioéconomique sur notre communauté. Nous avons également appris des aspects en matière de gestion de l’entreprise, comme le calcul des charges fixes et variables ou encore l’importance de se focaliser sur son cœur de métier et externaliser certaines tâches telles que la comptabilité à des professionnels du domaine.

L’apport du mentoring est indéniable, car cela nous a permis de développer notre projet tout en étant sensibilisés à certains problèmes qui peuvent survenir et de savoir comment y faire face ou les éviter. Grâce à cette expérience, nous avons également pu rencontrer des investisseurs et des experts dans différents domaines au Maroc et à l’international, qui nous ont montré comment mettre en valeur le projet, l’étude et la compréhension du marché. Ceci nous a également permis de décrocher des financements et de passer à la vitesse supérieure dans le développement de notre projet».

M.S.
 


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