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Avec des milliers de lecteurs qui ont franchi les tourniquets du SIEL, il est clair que la lecture est bien vivante

Lara Mainville, directrice des Presses de l’Université d’Ottawa, a été parmi les invités de la 27ème édition du Salon international de l’édition et du livre qui vient de prendre fin à Rabat.
Entretien
 
Si vous vouliez bien présenter votre honorable personne au public arabophone, en tant que directrice des PUO, et en même temps en tant qu’actrice active dans le monde du livre et de l’édition, ainsi que nous parler des publications que vous dirigez.

Lara Mainville : Les Presses de l’Université d’Ottawa / University of Ottawa Press (PUO-UOP) sont la maison d’édition d’une des dix plus grandes universités de recherche au Canada, qui est également la plus grande université bilingue (anglais/français) au monde. Nous publions une trentaine de livres par année, en français ou en anglais. Ceux-ci alimentent notre catalogue de plus de 1500 titres actifs, dont 100 sont en libre accès.

Nous publions aussi la prestigieuse collection Mercure en histoire canadienne du Musée canadien de l’histoire, trois autres marques éditoriales (Invenire, Slavic Studies, et certains titres des Editions du Vermillon) et quatre revues savantes.

Pour ma part, j’ai l’immense privilège d’être la directrice des Presses de l’Université d’Ottawa depuis dix ans maintenant. Au-delà de mon rôle aux PUO-UOP, j’ai eu l’occasion et le plaisir de contribuer au milieu du livre. En effet, j’achève des mandats qui m’ont permis de contribuer à l’industrie du livre, au Canada et à l’étranger. Je suis la présidente sortante de l’Association des presses universitaires canadiennes (APUC-ACUP), membre d’importants conseils d’administration : de l’association anglo-canadienne des éditeurs (Association of Canadian Publishers) et de l’association internationale des presses universitaires (Association of University Presses).

Je suis profondément convaincue de l’importance de faire rayonner nos livres, nos auteurs, et notre maison aux échelles nationale et internationale – d’où, par exemple, ma présence au Maroc, qui risque fort bien de devenir une présence annuelle.

Quelle est l’image du Maroc dans l’imaginaire canadien en tant qu’entité culturelle dans ses deux sphères matérielle et immatérielle ?

Le Maroc est perçu comme un pays de contrastes, exotique. Il y a, d’une part, le Maroc à l’histoire plus que millénaire, avec ses magnifiques poteries, tapis et lampes à la mille et une nuits, ses médinas mythiques, sa gastronomie et sa musique légendaires, et ses sites patrimoniaux exceptionnels. Un pays de soleil, de citron, de début du grand désert. Il y a ses grands écrivains et ses grands penseurs, dont Tahar Ben Jelloun. En parallèle, il y a aussi le Maroc contemporain, pays des clémentines de nos supermarchés. Mais malgré une diaspora marocaine importante au Canada, nos connaissances générales au sujet du pays demeurent parcellaires. Le Maroc, tout comme les autres pays du Maghreb, fait rarement les manchettes – ou le reste du bulletin d’information, d’ailleurs. Mais nous savons que le Maroc est non seulement un marché intéressant en soi, mais également un point d’entrée vers le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

Qu’en est-il du statut qu’occupe la traduction du livre canadien vers les autres langues dans la politique générale des PUO, et, en particulier, vers la langue arabe ?

Je souhaite que nos livres et nos auteurs rayonnent, y compris par l’entremise de la traduction. La traduction en langue arabe nous paraît particulièrement intéressante, vu l’immensité du marché. En 2019, je me suis donc rendue au Salon du livre de Charjah, aux Emirats arabes unis – pour commencer à développer nos relations avec les éditeurs de langue arabe. Il y a eu la pandémie, qui a interrompu cette initiative, et entre-temps, l’Université d’Ottawa a clairement identifié la Francophonie mondiale comme priorité stratégique de développement. Voilà donc les Presses bien placées pour poursuivre le développement du marché arabe – par l’entremise d’un salon plus anglophone, et d’un autre, davantage francophone.

Prenons, dans le même contexte, l’exemple du professeur Jean Delisle, il n’a été traduit en arabe que deux fois avant la présente traduction que j’ai effectuée des Citations, et ce, malgré la valeur ajoutée qu’apportera la traduction de ses ouvrages en arabe portant des réponses aux différentes questions du fait traductologique, à savoir l’enseignement de la traduction, l’histoire et la théorie de la traduction, la terminologie… A votre avis, comment pouvez-vous expliquer cela ?

Pour les éditeurs qui ne connaissent pas l’arabe, tisser des liens avec des éditeurs arabes est un beau défi. Il faut d’abord se déplacer vers les foires internationales, ce qui n’est pas forcément donné à tout le monde. Ensuite, il n’est pas toujours facile d’entrer en communication avec les éditeurs arabes, malgré la bonne volonté de tous, parce que certains ne parlent ni l’anglais, ni le français. Cela m’est paru évident à Charjah – il y avait même une équipe volante d’interprètes qui aidait les éditeurs à communiquer entre eux. C’était très aidant. Les communications virtuelles (Skype, Zoom, Facetime, etc.) sont devenues la norme dans bien des contextes, y compris dans le milieu de l’édition et on s’est habitué pendant la pandémie à ce mode de communication. Mais à présent que je viens de renouer avec les voyages, je me rends compte que rien ne remplace le face-à-face. Pour brasser des affaires, il faut apprendre à se connaître – professionnellement et personnellement – et créer un climat de confiance.

En ce qui a trait à la traduction arabe de Jean Delisle, je suis ravie qu’il soit traduit en arabe et je souhaiterais que davantage de ses titres et d’autres titres de notre catalogue soient disponibles en arabe. J’ose espérer que nous ferons de beaux progrès en ce sens au cours des prochaines années.

Et qui doit aller vers l’autre, les PUO ou le contexte arabophone dans toutes ses manifestations ?

Je crois que cela revient aux deux, et que cela se fait déjà, bien que cela ne soit pas forcément linéaire. Par exemple, le Festival du film de l’Outaouais, dans ma région, propose cette année un hommage au cinéma marocain. Les contacts se font de plus en plus dans nombre de domaines, et j’ai l’intention de faire ma part pour faire en sorte que notre maison devienne un point de contact entre le Maroc et le Canada.

Si vous vouliez décrire le statut du livre et de l’édition au Canada après la pandémie de Covid, comment le feriez-vous ?

Le milieu de l’édition et du livre canadien est dynamique, diversifié, et définitivement à découvrir. Comme partout, la pandémie a profondément changé notre façon de travailler – nous avons été en lockdown près de trois mois, au printemps 2020. Et ce n’est pas encore fini – la semaine dernière, le fils d’un de mes employés a contracté la Covid. Mais nous avons appris à vivre avec cette nouvelle réalité. Ce que personne n’avait vu venir, c’est que la pandémie a fait redécouvrir le goût de la lecture, du moins pendant un temps, ce qui a fait grand bien à certains, bien que, comme partout, tous n’aient pas profité de cette manne.

Pour conclure, parlez-nous de vos impressions générales au sujet de votre premier passage au Salon international de l’édition et du livre à Rabat ?

Je suis enchantée par cette première visite au SIEL et de ma toute première visite au Maroc. J’ai été chaleureusement accueillie par tous et mon séjour a été des plus agréables
Vous savez, où que je sois, je suis toujours émue de voir des foules de lecteurs se donner rendez-vous à un salon du livre. A Rabat, avec ses centaines de milliers de lecteurs qui ont franchi les tourniquets du SIEL, il est clair que la lecture est bien vivante.

Mais ce qui me réjouit toujours, ce sont les rencontres.  J’ai enfin eu l’occasion de vous rencontrer en personne, Monsieur Lemtaoui, ainsi que Mohamad Hadi, éditeur de la maison libano-iraquienne Dal Al-Rafidain, et de célébrer la parution de ce magnifique dictionnaire de citations portant sur le sujet de la traduction. Ce livre est lui-même une traduction, mais considérablement augmentée, d’un bijou de livre, La traduction en citations : Florilège, du professeur Jean Delisle. C’est du bonbon intellectuel que nous avait livré le professeur Delisle et que vous avez bonifié, M. Lemtaoui !

J’ajoute d’autres très belles rencontres : celles avec des acteurs marocains dans le monde de l’édition et du livre, ainsi qu’avec Alain Olivier, du Bureau du Québec à Rabat.
 
Propos recueillis par Aziz Lemtaoui

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