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Kenneth Gjone nous dévoile les dessous de la coopération militaire maroco-américaine

– Commençons par les exercices conjoints, le Général Stephen Townsend, Commandant de l’AFRICOM, nous a dit dans une déclaration précédente que l’Armée marocaine a atteint les standards de l’OTAN en termes de conduite des exercices. Qu’en pensez- vous ?

– Ce que je peux vous dire c’est que le Maroc est un allié majeur de l’OTAN bien qu’il ne soit pas membre de l’Alliance. Ceci signifie à nos yeux que sa capacité à mener des exercices avec les États-Unis et ses partenaires de l’OTAN aussi efficacement et brillamment que nous l’avons constaté lors de l’exercice « African Lion » ne peut être qu’une source de satisfaction. Bien entendu, atteindre ce niveau d’interopérabilité est mutuellement bénéfique pour nos deux pays, ainsi que pour tous les autres partenaires.

– Vous êtes Attaché de Défense à l’ambassade des États-Unis, pouvez- vous nous faire part des projets de coopération militaire en cours ?

– Les États-Unis et le Maroc entretiennent un partenariat militaire solide et de longue date et sont engagés à soutenir la paix et la sécurité dans la région. Le pays est un partenaire essentiel dans une série de questions de sécurité. Il participe à plus de 100 exercices et événements militaires aux côtés des Etats-Unis chaque année, en plus du fait qu’il accueille African Lion sur son sol. Donc, c’est un partenaire majeur dans nos programmes d’éducation et de formation militaire internationale et de ventes militaires à l’étranger. En octobre 2020, nos deux nations ont signé une « Feuille de route pour la coopération en matière de Défense ». Il s’agit d’un accord fondamental qui s’étale sur dix ans et qui guide la coopération dans des domaines prioritaires, notamment le renforcement et la modernisation des capacités militaires du Maroc.

Par ailleurs, j’attire votre attention sur un fait nouveau concernant l’élargissement de la sphère de coopération bilatérale. Le Maroc travaille depuis plusieurs années avec la Marine américaine et la Garde nationale de l’Utah pour établir un centre de formation à l’action humanitaire contre les mines (HMA) et à l’élimination des explosifs et munitions (EOD) à Kénitra.

Ce partenariat s’est concentré sur la constitution d’un cadre compétent de formateurs qui, à leur tour, formeront des soldats marocains et d’autres partenaires africains au déminage et à d’autres dangers explosifs. À cela s’ajoute un récent programme de 16 millions de dollars sur six ans pour faire face aux menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.

– Le Maroc a commandé plusieurs armes de nouvelle génération auprès des Etats-Unis, telles que les « Apache », les F-16 Viper et les drones Sea Guardian, peut-on avoir un éclairage sur l’état d’avancement des livraisons ?

– Conformément à la feuille de route de la coopération en matière de Défense, tout effort de modernisation entrepris avec le Maroc visera à renforcer la coopération avec les États-Unis et les partenaires de l’OTAN, notamment par le biais de notre programme de ventes militaires à l’étranger. C’est tout ce que je peux vous dire pour l’instant sur ce point.

– L’exercice African Lion a pris fin, qu’est-ce qui distingue l’édition de cette année par rapport aux éditions précédentes ?

– D’abord, il faut rappeler qu’African Lion est le premier exercice annuel du Commandement des États-Unis pour l’Afrique. Il est évident que le rôle du Maroc en tant qu’hôte démontre le profond engagement des États-Unis et du Royaume à soutenir la paix et la sécurité régionales.

La dix-huitième édition de l’exercice African Lion était la plus importante depuis le début de l’événement de formation annuelle en 2004, étant donné qu’elle a connu le déploiement de 7500 militaires des États-Unis, du Maroc ainsi que de 10 autres pays et de l’OTAN qui ont participé à l’exercice. En plus des sites de longue date du Maroc et de la Tunisie, le Ghana et le Sénégal ont également servi de sites pour certaines parties de l’exercice de cette année.

J’ajoute que l’édition de cette année a prévu un exercice de poste de commandement de la force opérationnelle interarmées, un exercice de tir réel interarmes, un exercice maritime, un exercice aérien comprenant des bombardiers, une manoeuvre conjointe de parachutage dans un exercice aéroporté, et un exercice chimique, biologique, radiologique, nucléaire. Il y a eu également un exercice d’intervention et un autre lié à l’assistance civique humanitaire. Permettez-moi de rappeler que vu les contraintes de la pandémie, l’exercice a impliqué des mois de collaboration entre tous les pays participants pour assurer une atténuation appropriée du Covid-19.

Le Lion d’Afrique de cette année comportait également un volet culturel important : « Free Groove », un groupe de l’armée américaine a donné six concerts publics à travers le Royaume, à Tanger, Kénitra, Rabat, Casablanca, Agadir et Taroudant, devant des milliers de Marocains. Leurs performances de musique populaire américaine ont mis en évidence comment des exercices comme African Lion renforcent les liens interpersonnels entre Américains et Marocains.

Le spectacle de Kénitra a eu lieu à la Kasbah de Mehdia, l’une des plages où a eu lieu le débarquement de l’opération Torch, plus de 30.000 soldats américains ont débarqué au Maroc pendant la Seconde Guerre mondiale pour protéger l’Afrique du Nord de l’agression nazie. Ce mois de novembre marque le 80ème anniversaire de l’opération et démontre la profondeur historique du partenariat de sécurité américano- marocain.
 

– La guerre en Ukraine a montré l’importance de la logistique dans la conduite des opérations dans une guerre conventionnelle, ce point a-t-il été pris en compte dans la planification des manoeuvres d’African Lion ?

– Comme vous le savez, African Lion offre l’opportunité d’affiner toutes les facettes des opérations militaires, dont la logistique est certainement une fonction vitale. Cependant, les scénarios conçus pour l’exercice n’étaient liés à aucun événement mondial actuel. Ceci dit, l’exercice s’est focalisé essentiellement sur l’interopérabilité entre les pays partenaires et l’amélioration de la préparation militaire pour répondre aux crises et aux éventuelles menaces en Afrique et dans le monde.

– Le Maroc a participé au Sommet international pour l’Ukraine sous l’égide des USA, quel rôle votre pays attend du Maroc qui demeure neutre dans ce conflit ?

– Nous avons exhorté tous nos amis et partenaires, y compris le Maroc, à s’exprimer d’une seule voix pour condamner le conflit russo-ukrainien, dont les conséquences se font sentir dans le monde entier. Nous avons tous le devoir de tenir Moscou pour responsable des aléas de cette guerre tant qu’elle se poursuivra.

De surcroît, cette guerre injustifiée a exposé des millions de personnes dans le monde à un risque accru d’insécurité alimentaire. La Russie a déclenché une guerre entre deux importants exportateurs de produits agricoles et d’engrais. Ce faisant, elle a fait en sorte que les citoyens les plus vulnérables du monde en payent très cher le prix.

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