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Le combat acharné de Rabat en Amérique Latine

Nouvellement investi, le nouveau président colombien, Gustavo Petro, a décidé d’entamer son mandat, en rétablissant les relations diplomatiques de son pays avec le front polisario, le 7 août. Des relations, qui, pour rappel, étaient gelées depuis 2001. Le président issu de la Gauche radicale s’est montré ainsi loyal à son camp idéologique (socialiste), en renouant avec le front séparatiste, dont il a accueilli son prétendu diplomate en chef, Mohammed Salem Ould Salek, au lendemain de son élection. Un geste bien sûr appuyé par des manoeuvres de coulisse d’Alger.

Pour justifier cette démarche surprenante, le gouvernement colombien a allégué son attachement « aux principes et aux buts de la Charte des Nations Unies ». « Le gouvernement de la République de Colombie, inspiré par les principes et les buts de la Charte des Nations Unies, réaffirme la validité du communiqué conjoint signé avec le gouvernement de la RASD le 27 février 1985 », lit-on sur le communiqué du ministère colombien des Affaires étrangères.

La droite pro-marocaine recule !

En procédant ainsi, le nouveau président colombien, qui emboîte le pas aux rares pays qui croient encore dans les vieilles lunes de l’idéologie socialiste-révolutionnaire inspirée de Simon Bolivar, agit aux antipodes de son prédécesseur, le président de droite, Iván Duque, dont le mandat a connu un épanouissement sans précédent des relations maroco-colombiennes.

Bogota, rappelons-le, a été à deux doigts de reconnaître la marocanité du Sahara lorsque la ministre colombienne des Affaires extérieures, Marta Lucia Ramirez, s’est rendue au Maroc en novembre 2021. Celle-ci avait annoncé que son pays a l’intention d’étendre la juridiction de son consulat sur tout le territoire marocain, y compris les provinces du Sud. En plus, la diplomatie colombienne a fait part de son soutien à l’initiative d’autonomie. Mais, la résurgence de la gauche radicale a interrompu cette lune de miel, qui reflétait, en quelque sorte, les victoires diplomatiques du Maroc en Amérique Latine. Car oui, le Royaume n’a eu de cesse de faire des percées dans la forteresse latino-américaine, réputée inexpugnable tant elle fut un fief de l’idéologie marxiste, vouée au soutien des mouvements séparatistes dans le monde.

Contrer la vague gauchiste !

Cependant, la nouvelle vague de gauche qui se déferle sur le continent américain risque de menacer les acquis du Maroc qui a pu gagner la confiance de plusieurs pays de taille dans cette région tels que le Brésil de Jair Bolsonaro, le Pérou, le Chili, tout en ayant le soutien de l’opposition anti-Maduro au Venezuela.

Toutefois, ces relations sont de moins en moins solides, du moment que la majorité des pays sont désormais gouvernés, ou le seront pour quelques-uns, par des personnalités de gauche très sensibles à la thèse séparatiste révolutionnaire, dont se revendique le polisario. Faut-il s’inquiéter ? Bien que la reprise des liens entre la Colombie et le polisario soit regrettable, l’Amérique Latine reste toujours à la portée du Maroc s’il continue la lutte jusqu’au bout, estime Jawad Kerdoudi, président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI), qui reconnait, toutefois, que ce tournant socialiste demeure un vrai défi. Surtout que le Brésil, dont les échanges commerciaux avec le Maroc dépassent les 3 milliards de dollars, peut aussi basculer à gauche en cas de victoire de Da Silva.

« Outre la Colombie avec l’élection à la présidence de Gustavo Petro, le Pérou avec Pedro Castillo, le Chili avec Gabriel Boric, il se peut que Luna Da Silva revienne au pouvoir aux élections présidentielles brésiliennes en octobre prochain», souligne notre expert, qui explique cette vague gauchiste par les échecs de la droite qui n’a pas amélioré le pouvoir d’achat des citoyens les plus pauvres, accroissant les inégalités sociales. Un déploiement plus conséquent de la diplomatie marocaine, pour s’adresser plus efficacement à l’opinion publique de ces pays, est donc de mise, selon Kerdoudi. « La diplomatie marocaine doit multiplier ses efforts pour expliquer les réformes sociales entreprises par le Maroc, notamment la couverture sanitaire universelle », recommande-t-il.

Le réalisme diplomatique en ordre de bataille

Le Maroc devrait ainsi procéder à une stratégie multidimensionnelle, dont la pierre angulaire serait l’économie. « Notre pays a intérêt à augmenter les échanges commerciaux et les investissements avec ces pays, surtout qu’il est capable d’apporter une coopération efficace dans plusieurs domaines, à savoir l’agriculture, la gestion de l’eau, les énergies renouvelables, l’industrie comme l’automobile et l’aéronautique, le tourisme et les nouvelles technologies », estime l’expert. Il note que le Maroc dispose également d’un grand potentiel en phosphates et engrais, indispensables pour l’amélioration des rendements afin de parvenir à la sécurité alimentaire.

« Outre l’économie, le Maroc doit développer les échanges culturels avec les pays d’Amérique Latine, ainsi que l’apprentissage de la langue espagnole, notamment pour les diplomates marocains affectés dans cette région », conclut le président de l’IMRI. Par ailleurs, le Maroc a commencé depuis une vingtaine d’années à se rapprocher des pays d’Amérique Latine, le Royaume a misé sur le business et surtout sur la diplomatie de coulisses pour plaider la cause nationale du Sahara, que plusieurs pays ne connaissent pas en profondeur.

L’Amérique Latine suscite tellement l’attention du Maroc que ce dossier est pris en charge par un département spécial des autorités marocaines, qui agissent de concert avec les diplomates du ministère des Affaires étrangères. Parallèlement, le Maroc concentre ses efforts sur la diplomatie parlementaire ( voir repères), tout en étant, en même temps, actif en Amérique Centrale et dans la région des Caraïbes.

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