Asmaa Rhlalou, la maire qui a osé secouer le cocotier

Il est clair que la critique est bien facile et que l’on est portés plus sur le jugement. Or il est de notre devoir de saluer les bonnes initiatives et d’applaudir ce qu’il y a à mettre en emphase par mérite. Et pour rester en cohérence avec moi-même, je félicite Madame Asmaa Rhlalou pour sa dernière sortie médiatique à travers laquelle on a pu voir une femme, haute responsable qui maîtrise ses dossiers, qui n’a pas peur de pointer du doigt ses prédécesseurs pour mauvaise gestion. Ses accusations qu’elle assume pleinement sont explicites et reposent sur des faits et des chiffres. Des pavés sont jetés dans la mare.

Des responsables comme elle, on aimerait bien en avoir encore et encore. Si la maire de Rabat a été au cœur de plusieurs polémiques dès le premier jour où son nom s’est associé à la ville des lumières dont elle préside aux destinées, depuis septembre 2021, cette fois-ci la polémique vaut son pesant d’or. En effet, Mme Asmaa Rhlalou a secoué le joug comme un prunier, lors de sa dernière sortie médiatique, qui a provoqué l’exaspération de l’opinion publique mais surtout une effervescence au sein du Conseil de la ville.

« Le jour où mon mandat sera clôturé, qu’on vienne me demander de rendre des comptes et je le ferai de bon gré » ! Ainsi a parlé la maire de Rabat qui a répondu aux questions du journaliste non sans assurance et maîtrise des dossiers. Accusant à rebrousse-poil ses prédécesseurs de mauvaise gestion entraînant une situation financière fragile, elle dit assumer tout ce qu’elle a dévoilé et qui nécessite, bien évidemment, des réactions imminentes sachant qu’elle fait face à une opposition des plus virulentes de la part du pjd. « Tout service que nous voulons offrir nécessite des moyens financiers, donc des ressources. On s’est naturellement penchés sur les ressources de la Commune, le résultat est surprenant », a-t-elle déclaré.

Au niveau des recettes, elle a parlé de défaillances palpables et a expliqué que pendant des années ces recettes n’ont pas été collectées. Pour preuve, sur 300 autocars qui entrent à la gare routière de Rabat, seuls 30 payent la redevance, ce qui est dénué de sens. « C’est pour dire que ces gens ne paient pas tout simplement, les grands taxis non plus », avance-t-elle avec beaucoup de frustration et d’amertume.

Par ailleurs, la révélation que Madame la présidente du Conseil communal de Rabat a faite et qui a eu l’effet d’une bombe est que « Sur les 3.400 fonctionnaires recensés que compte le Conseil, seuls 1.000 sont réellement actifs ! ». Selon elle, 2.400 fonctionnaires fantômes perçoivent leurs salaires mensuels sans faire quoi que ce soit. De quoi révolter les Marocains surtout par les temps difficiles qui courent et par l’anarchie totale de cette situation qui grève les budgets des communes et c’est là une autre paire de manches.

Ceci reflète bien évidemment la prédominance du népotisme qui sert les intérêts personnels des uns et des autres au sein des pouvoirs locaux et régionaux, ce qui peut compromettre, à coup sûr, le bon fonctionnement de l’administration publique.

Une autre déclaration et pas des moindres est que la Commune doit verser plus de 198 MDH suite à des jugements où i n’y a pas eu de suivi. Sur ce plan et selon la présidente du Conseil communal, le parti de la lampe a laissé derrière lui de nombreux et gros dossiers qui étaient bloqués dans la région, tout au long de dix ans de mauvaise gestion où il n’y a eu vraiment rien et qui nécessitent une reddition des comptes. « Citez-moi un seul projet proposé et réalisé par le pjd ! Il n’y en a pas. Les grands projets qui ont donné un nouveau visage à la capitale ont été lancés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Heureusement que nous avons notre Roi qui trace la feuille de route, sinon il n’y a aucune touche des élus », fustige la maire de Rabat.

« A mon arrivée, j’ai trouvé un énorme déficit et des condamnations. Imaginez que pour un seul dossier, nous devons verser 10 milliards de centimes pour la simple raison que l’avocat n’assistait pas aux audiences pour défendre les intérêts de la Commune ». « Ce qui relève de la dilapidation de l’argent public », dénonce Mme Rhlalou qui a frappé au coin du bon sens et à juste titre puisqu’elle dit « travailler nuit et jour avec ses équipes en vue d’augmenter les recettes pour finir par les offrir gratuitement à cause de personnes qui n’ont pas fait leur travail. »

Madame la maire, au risque de s’engager dans un sens où il y a plusieurs obstacles, affirme qu’elle n’a pas peur de dévoiler les gros dossiers défaillants en insistant sur le fait que si elle ne réussit pas sa mission, elle ne se présentera pas aux élections prochaines : « Une femme aux commandes n’attend jamais qu’on lui jette des pierres, dit-elle, elle se retire d’elle-même ».

Les conséquences des déclarations de Mme la Maire n’ont pas tardé apparemment à se faire voir. Dans ce sens, le président du Conseil de l’arrondissement de Hassan a demandé à la maire de Rabat de « fournir des éclaircissements sur les 2.400 fonctionnaires fantômes dans la Commune tout en soulignant la nécessité de déclencher les procédures administratives prévues par les lois en vigueur au lieu de continuer à leur verser des salaires».

De son côté, le  président de l’Instance nationale pour la protection des biens publics au Maroc a appelé le ministre de l’Intérieur, M. Abdelouafi Laftit, à diligenter une enquête à propos de ce scandale des fonctionnaires fantômes, qu’Asmaa Rhlalou a dévoilé.

Maintenant que Mme la Maire a tout dit sur le népotisme et la dilapidation des deniers publics et que l’alerte chez les fonctionnaires fantômes est à son pic, elle doit aller jusqu’au bout et prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à des pratiques aberrantes qui nuisent à l’image des autorités publiques locales et régionales en tant qu’entités servant les intérêts des citoyens, en l’absence de toute transparence ou reddition des comptes.

En tout état de cause, et sans autre forme de procès, le pays gagnerait à avoir des responsables qui dépoussièrent les casseroles et dévoilent les dossiers ainsi chacun saura qu’il risque, à tout moment, d’être sous les projecteurs de la reddition des comptes à la fin de son mandat surtout s’il a un ou plutôt des cadavres dans le placard.

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