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Près de 40 millions de personnes menacées en Afrique de l’Ouest et au Sahel, selon la FAO

Par : Othmane Semlali

Afrique de l’Ouest- Environ 40 millions de personnes vivant en Afrique de l’Ouest et dans la zone du Sahel risquent d’être frappées de plein fouet par la famine, selon L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO).

Si aucune mesure n’est prise, dans un avenir très proche, pour améliorer la situation alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest et au Sahel, déjà jugée « préoccupante », près de 40 millions de personnes risqueraient de tomber sous l’emprise de la famine, alerte la FAO.

On explique que la crise alimentaire et nutritionnelle qui s’abat sur cette partie du Continent serait attribuable à une multitude de facteurs, à commencer par l’augmentation généralisée des prix des denrées alimentaires de base, laquelle se répercute directement sur la capacité d’achat des ménages, affectant ainsi, les catégories les plus vulnérables.

Une tendance haussière sentie directement sur le prix des céréales locales (+40%), ainsi que sur les produits importés comme le blé (+20%) et l’huile.

On pointe du doigt aussi l’impact néfaste de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, étant donné que ces deux pays constituent d’importants producteurs et exportateurs de blé, ainsi que de plusieurs autres produits de base.

C’est dire que la persistance de cette crise et la situation d’incertitude qu’elle ne cesse d’alimenter, laisse planer un véritable doute sur la capacité réelle des marchés mondiaux à satisfaire les besoins alimentaires des populations dans les 4 coins du monde.

Autre facteur de risque de l’amplification de la crise alimentaire dans l’Afrique de l’Ouest et au Sahel résiderait dans la situation d’instabilité sécuritaire notamment, avec la recrudescence des violences et des attaques des groupes armés en Afrique de l’Ouest et au Sahel et plus précisément, dans la zone dite des trois frontières : Burkina Faso, Mali et du Niger. Une situation sécuritaire chaotique aussi dans plusieurs zones du nord-ouest et du centre du Nigéria.

En référence aux statistiques du Dispositif Régional de Prévention et de Gestion des Crises Alimentaires (PREGEC), il est à constater que la production céréalière totale (maïs, riz, mil, sorgho, fonio et blé) envisagée au Sahel et dans les pays d’Afrique de l’Ouest pour la campagne agricole 2021-2022 est de 73,3 millions de tonnes.

Toutefois, « cette production est déjà en baisse de 1,8% par rapport à l’année dernière pour l’ensemble des pays mais cela, reste particulièrement marqué au niveau du Sahel, où la production céréalière a diminué de 11% par rapport à la moyenne sur cinq ans », explique la FAO, qui déplore une tendance baissière qui pourrait s’étendre sur les années à venir.

Dans la même lignée, une étude menée conjointement par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la FAO et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) confirme, malheureusement, cette tendance diminutive.

Selon cette étude, les projections de production pour les années 2022 et 2023 laissent constater un net déficit pour certains produits de base comparativement à la moyenne sur la période 2017-2020.

Quid des mesures à prendre pour redresser la situation ?

Face à la régression de la production, et afin de faire face à cette situation dans les zones touchées, le bureau régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel a mis sur pied une stratégie de sortie de crise.

C’est dans cette optique, que l’organisation onusienne envisage un meilleur accompagnement des pays concernés en leur permettant de diversifier les approvisionnements alimentaires et les sources d’importation, tout en les aidant à procéder, dans l’immédiat, à une réorientation d’une partie des ressources financières disponibles vers l’accroissement de l’appui aux ménages les plus vulnérables, en l’occurrence : les personnes en situation d’insécurité alimentaire et les déplacés internes.

Toujours dans le sillage de cet engagement, la FAO œuvre à développer un mécanisme « solide » d’achat groupé d’engrais à l’échelle des corridors portuaires et routiers dans la région de la CEDEAO, en mobilisant les grands producteurs locaux pour répondre aux demandes des mélangeurs et des importateurs d’engrais.

Sur le court et le moyen termes, la FAO envisage d’encourager les gouvernements à relancer le développement des chaînes de valeur agricoles, dans la perspective de hausser la production locale et donc d’atteindre la souveraineté alimentaire.

Pour ce qui est de l’élevage et de la pêche, la FAO suggère un développement des chaînes de valeur, afin de réduire la dépendance des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel vis-à-vis de l’étranger, tout en renforçant l’adoption et la digitalisation de l’agriculture.

La FAO envisage en outre, d’apporter son appui à la CEDEAO et aux gouvernements afin de parvenir à asseoir les bases d’un commerce régional des produits agro-alimentaires, tel que prévu par l’Union Africaine dans le cadre de la Zone de libre-échange.

En chiffres, la mise en œuvre de ces stratégies nécessitera une enveloppe budgétaire globale allant de 300 à 600 millions de dollars.

En guise de conclusion, il serait judicieux de considérer que la guerre russo- ukrainienne, loin des inquiétudes et des incertitudes qu’elle a pu engendrer sur le plan internationale, pourrait, tout de même, être perçue par une Afrique résiliente et riche en potentialités, comme une opportunité pour développer une agriculture durable, à même de permettre au Continent d’atteindre sa « souveraineté alimentaire » et de consolider son positionnement, à l’avenir, sur l’échiquier international en tant qu’exportateur de premier rang des produits agricoles.

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