Santé

Accouchement sans douleur : comment fonctionne la péridurale ?

La péridurale, qu’est-ce que c’est ? Quel est son rôle ?

Commençons par un chiffre : selon les dernières données d’une enquête périnatale nationale, 82,6 % des femmes accouchant par voie basse en France le feraient sous péridurale (source 1). Un chiffre important qui, pourtant, n’empêche pas les futures mamans de se poser bien des questions légitimes sur cet acte médical. Alors, qu’est-ce que la péridurale au juste ? « C’est l’injection d’un anesthésique local (un produit de synthèse aujourd’hui, comme celui du dentiste), dans l’espace péridural dans le bas du dos, qui a une action spécifique sur la conduction nerveuse et donc la douleur. Un peu comme si vous bloquiez la conduction électrique d’un câble » illustre le Dr Marc Gentili, médecin-anesthésiste qui pratique de nombreuses péridurales au centre hospitalier de Saint-Grégoire.

La pose millimétrée d’un cathéter dans l’espace péridural

La péridurale ne se contente pas d’une injection avec une (grande) aiguille. Le médecin place, lors de cet acte, un cathéter jusqu’à l’espace péridural, une zone précise au niveau des vertèbres lombaires, en faisant glisser un tout petit tuyau très fin dans l’aiguille, qui elle, est retirée. « Ce cathéter permet alors une injection fractionnée et progressive de l’analgésique vers un certain nombre de nerfs : il diminue la douleur des contractions, et engourdit la partie basse du corps, avec un retentissement sur la motricité des jambes » détaille-t-il.

Est-ce que l’aiguille fait mal ?

Impressionnante par sa longueur, l’aiguille de la péridurale est indispensable pour aller neutraliser l’espace péridural via les lombaires de la parturiente. Mais rassurez-vous, cette mise en place ne fait pas souffrir la patiente : « L’usage d’un anesthésique local est toujours utilisé avant la piqûre. La pose peut induire une pression du dos, au point de ponction, mais reste rapide et totalement supportable, sans douleur » rassure le spécialiste.

Une pompe pour gérer soi-même l’anesthésie

Une fois la péridurale posée, la parturiente est alors dotée d’une pompe d’analgésie contrôlée qu’elle active elle-même via un “joystick”, lui permettant de s’administrer l’analgésique progressivement. « Quand la future maman ressent de la douleur, elle appuie sur sa seringue, qui lui envoie une dose. Par sécurité, le système se ferme alors pendant 7 à 8 minutes avant de pouvoir réinjecter du produit, afin d’éviter les surdoses » développe le médecin.

Évidemment, en cas de nécessité au cours de l’accouchement, comme un acte chirurgical, une césarienne, l’équipe chirurgicale prend la main sur l’injection « On passe alors de l’analgésie à l’anesthésie : de la gestion de la douleur à sa suppression » poursuit le Dr Gentili.

Quelle est la différence entre péridurale et épidurale ?

Il n’y en a pas. La question, qui revient souvent chez les futurs parents, concerne le même acte. Ce sont deux termes dérivés du grec, dont un est francophone, l’autre anglophone. Étymologiquement, la péridurale signifie « autour de la dure-mère », une des méninges qui entourent le tissu nerveux noble de la colonne vertébrale. En anglais, épidural signifie « au-dessus de la dure-mère ». Soit la même chose.

À quel moment peut-on poser la péridurale ? Et jusqu’à quand ?

En règle générale, on dit qu’une péridurale se pose à partir de 3 cm de dilatation. « Mais cette mesure n’est pas exacte et ce n’est pas le bon raisonnement » modère le médecin « Le bon moment, c’est quand il y a des contractions régulières et douloureuses, et que le travail est en train de se constituer quelle que soit la dilatation. « 

Jusqu’à quand la poser avant l’accouchement ? Existe-t-il une limite ?

Une péridurale se pose sans problème jusqu’à 9 cm de dilatation du col de l’utérus, mais ne sera pas posée à dilatation complète. « Il faut comprendre que la pose d’une péridurale est un élément qualitatif pour la future maman mais représente avant tout un élément de sécurité. Le fait d’avoir une péridurale en place permet la réalisation de plusieurs actes en urgence, comme une intervention chirurgicale qui nécessite une anesthésie générale, nous sommes donc en général favorables à la mettre en place » insiste l’anesthésiste.

Une femme qui accouche peut-elle le décider en cours de travail ?

Absolument. Une femme qui ne désirait pas d’analgésique pour son accouchement à le droit de changer d’avis pendant le travail. « Cette situation est envisagée dès la consultation obligatoire avec l’anesthésiste, rappelle le médecin, chaque femme appréhende la douleur différemment, et a le choix de la demander, d’autant plus que c’est un élément de sécurité pour l’équipe médicale ».

Le bon moment pour poser une péridurale,
c’est quand il y a des contractions régulières, douloureuses, quelle que soit la dilatation.

Combien de temps dure l’effet d’une péridurale ?

Difficile de donner un chiffre précis, les éléments tels que la taille et le poids pouvant faire varier les moyennes. « Mais une dose d’analgésique produit un effet qui dure de 30 minutes à 1 heure environ. L’utilisation de nouvelles doses de façon fractionnée va permettre à l’effet de se poursuivre dans le temps à chaque dose. Quand les doses ne sont plus administrées, l’effet anti-douleurs va se résorber en une heure, une heure trente environ. » précise le professionnel de santé.

Peut-on doser l’effet de la péridurale et ressentir son accouchement ?

Le dosage, voilà justement l’intérêt de cette technique orchestrée à l’aide d’une seringue « Dans le cadre d’un travail qui ne justifie pas un acte chirurgical, la péridurale sert à gérer l’intensité et les sensations douloureuses, à participer, mais sans souffrir. Une exigence de qualité, rendue possible aujourd’hui par des doses moins fortes et plus fines ». confirme le médecin.

L’analgésie peut-elle ne pas fonctionner pendant l’accouchement ?

On a tous et toutes entendu l’histoire d’une femme qui n’a pas ressenti les effets escomptés. Mais est-ce fréquent ? Une analgésie péridurale peut-elle tout simplement… ne pas agir ? Pour le Dr Gentili, c’est aujourd’hui très rare et uniquement si une cause « mécanique » enraye le procédé : « Dans la majorité des cas, si l’efficacité de la péridurale n’est pas au rendez-vous, c’est soit que l’accouchement est extrêmement rapide, et ne laisse pas au produit le temps de faire effet (au moins 5 à 10 minutes), soit que la péridurale n’a pas été faite au bon endroit. Mais la technique s’étant affinée au fil des ans, empruntant même l’échographie pour localiser précisément la structure osseuse et savoir où ponctionner, c’est un cas rarissime. ».

Existe-t-il des contre-indications à la péridurale ?

Il existe en effet quelques cas qui ne permettent pas la pose d’une analgésie par péridurale au cours de l’accouchement.

  • Si la patiente la refuse. « L’avis de la femme enceinte est même la contre-indication principale existante » confirme le spécialiste. 
  • Si la patiente est atteinte d’un trouble de la coagulation congénitale ou acquis. « Certaines pathologies entraînent un trouble de la coagulation ou la prise d’un traitement anticoagulant cardiaque. C’est un point important qui doit être pesé lors de la consultation d’anesthésie. »
  • Si la patiente se trouve dans un état septique grave ou un état septique cutané préoccupant dans le dos précisément. « Le risque réel serait de créer une méningite, si une infection de la peau met celle-ci en très mauvais état. .
  • En cas d’atteinte neurologique particulière codifiée par la Sfar (Société Française d’Anesthésie et Réanimation) (source 2). 

La péridurale présente-t-elle un risque pour la maman et pour le bébé ?

La péridurale est un geste technique qui, comme tous les gestes médicaux, n’est pas exempt à 100 % de risque. Mais à ce jour, la péridurale apparaît de façon rarissime dans les 4 à 5 décès pour un million d’accouchements. « Par le passé, les risques neurologiques, tout comme les risques de paralysie étaient liés à des problèmes de matériel, de technique mal connue, ou encore des produits injectés non adaptés. Aujourd’hui, ces risques neurologiques sont de l’ordre de 0,05 % des cas, pour la plupart, il ne s’agit que d’une paresthésie, c’est-à-dire de petites sensations nerveuses dérangeantes, mais qui vont s’arranger dans le temps. « 

Des maux de tête après une péridurale ? Peut-être est-ce une brèche dure-mérienne ?

Il existe toutefois une complication légèrement plus fréquente, mais tout à fait réversible, causée par la péridurale, qu’on appelle brèche dure-mérienne, « Si l’anesthésiste, dans la progression de son aiguille, est allé un peu trop loin pour poser son cathéter, et a ponctionné la méninge. Cette brèche peut entraîner une fuite de LCR, le liquide céphalorachidien« . Les conséquences de cette fuite induisent des maux de tête dans les 24 heures qui suivent la mise en place de la péridurale, plus intenses quand la personne se baisse, moins intenses quand la femme s’allonge. “Mais les sages-femmes savent parfaitement reconnaître les symptômes et préviennent alors immédiatement les professionnels de santé” rassure le spécialiste.

Deux solutions seront proposées à la nouvelle maman :

  • Du repos, de la réhydratation accompagnée d’un antalgique classique. 
  • Si les inconvénients sont trop gênants, on propose alors de refaire une péridurale, pour injecter du sang pris sur la patiente, qui colmate alors la brèche. Une procédure rapide qui règle le problème sans dommage.

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