Santé

Allô, Giulia ? « Comment accepter la baisse de la passion en couple ? »

« Chère Giulia, 

Je suis en couple depuis cinq ans avec un homme formidable. Notre histoire a démarré très vite et très fort – des déclarations enflammées, des discussions jusqu’à l’aube, des surprises tout le temps, des voyages sur un coup de tête… Et deux bébés magnifiques dans la foulée. On est toujours aussi heureux, mais j’ai parfois la sensation que lui n’est plus aussi amoureux. Il ne cesse de me répéter que rien n’a changé. Mais comment raviver tout cela sans être dans la nostalgie des premiers jours ? Est-ce qu’il y a des choses à faire, des trucs, des astuces ? »

Aurélie, 38 ans

« Hmmm… Attendez, je cherche dans mon grenier si j’ai une machine à remonter le temps… Ou alors une baguette magique faite pour effacer les enfants. Et si je retrouve ma recette miracle du « je-trouve-du-temps-pour-moi-mais-aussi-pour-mon-couple-tout-en-restant-une-bonne-mère », promis, je vous l’envoie.

En attendant, juste une chose, chère Aurélie, qui aura peut-être le pouvoir de vous apaiser un peu : comme tout le monde, vous essayez de faire rentrer des carrés dans des ronds, et comme tout le monde, vous trouvez ça un peu compliqué. Normal. 

Sauf que, tous les deux, vous avez survécu au baby-clash : 25% des couples se séparent dans la première année qui suit l’arrivée d’un enfant. Rien que pour ça, vous devriez être fière de vous. 

Rendez-vous compte :  

1/ Vous êtes toujours heureux malgré : les nuits sans sommeil + les journées en apnée +  les tympans crevés + les kilos de caca déversés + les litres de liniment écoulés.

2/ Vous êtes toujours amoureux malgré les promesses que vous n’avez pas pu tenir, et les engueulades que vous n’aviez pas vu venir.

3/ Vous êtes debout, l’un et l’autre, alors que vous auriez pu, et quasi littéralement, basculer cul par-dessus tête. 

« L’amour est une matière vivante, donc mouvante. Parfois ça tangue. »

L’arrivée d’un enfant est une révolution. Au sens strict du terme : tout bouge. L’espace, le temps, et le regard – sur nous, sur l’autre, sur tout. Il était votre homme, il devient un père. Vous étiez sa nana, vous êtes devenue mère. Ces deux silhouettes, peu à peu, vont se fondre, se mêler, se conjuguer pour en dessiner une troisième : celui et celle que vous êtes aujourd’hui, amants et parents. A condition d’accepter le changement. Mais ça, c’est ce qui rend le lien à l’autre en général, et l’amour en particulier, mystérieux, fascinant, prodigieux : c’est une matière vivante, donc mouvante. Donc parfois ça tangue. Donc parfois on vacille. Alors on se raccroche à ce qu’on sait, à ce que l’on connaissait, à ce que l’on pensait être, pouvoir, vouloir. 

Votre compagnon, formidable, je vous crois sur parole… Et surtout formidablement humain : je ferme les yeux, je bouche mes oreilles, j’éteins mon cerveau et je me raconte que rien n’a changé. Alors que tout a changé. Tandis que vous voudriez, vous, vivre, aimer, voyager et faire l’amour exactement comme avant… Alors que c’est, physiquement et psychiquement, impossible. Mais tant mieux ! D’ailleurs, vous l’avez pressenti: à vous enfermer dans l’immuabilité, et la nostalgie, vous vous piégeriez, l’un et l’autre, au milieu du gué. Ni jeunes amants, ni jeunes parents. Or il vous faut, doucement, sûrement, avancer, rejoindre l’autre rive, ne serait-ce que pour pouvoir retrouver le goût de vous respirer l’un l’autre. « Adapt or die » pensait ce cher vieux Darwin – qui en connaissait un rayon sur l’espèce humaine. 

« A trop vouloir « raviver la flamme » on risque de tout faire cramer »

Oui, Aurélie, si vous voulez que votre couple survive, il va falloir l’adapter à votre nouvelle réalité. Ce qui ne veut pas dire mettre les mots d’amour à la poubelle – ou la libido au compost. Mais ça veut dire : prendre le temps de regarder ce qui est, plutôt que de regretter ce qui n’est plus ; repérer, dans ces changements, tout ce qu’ils ont pu avoir de bon aussi ; savourer les bouffées d’air à deux, et tant pis si elles sont trop rares, tant pis si elles sont trop courtes, pour le moment. Elles reviendront. Surtout si vous les laissez revenir. Si vous vous faites confiance pour savoir, à nouveau, les accueillir. 

A trop vouloir « raviver la flamme » on risque de tout faire cramer. Le sur-régime permanent, c’est le moteur qui cale, le cœur qu’on asphyxie, et l’envie, qui, à force, finira par se faire la malle – contrairement à ce qu’on croit, « désir » et « volonté » font rarement bon ménage… En fait, je dois vous avouer une chose : parmi toutes les injonctions dont nous abreuvent les magazines – et qui n’ont pour autre effet que de toujours nous faire sentir trop ceci ou pas assez cela – pour moi, ce « ravivage de flamme » est l’une des plus contre-productives. 

Personnellement, elle me donne surtout la flemme. Et l’immense envie de couper le contact, de claquer la portière, d’étendre un drap sur l’herbe, et de nicher ma tête dans le cou de mon amoureux en attendant que tout se cale, que tout se calme. Pas grand-chose, hein ? Juste l’odeur de sa peau. Sa peau contre la mienne…»

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