Santé

C’est mon histoire : « J’ai survécu à un AVC »

Je suis ce qu’on appelle une bonne vivante. J’aime manger, sortir et, sans en abuser, je ne crache pas sur un verre d’alcool en soirée. En revanche, pas de cigarettes. Enfin, plus de cigarettes. Je n’ai jamais été une grosse fumeuse mais j’ai arrêté du jour au lendemain, à 37 ans, le 17 novembre 2017. Ce n’est pas le jour de mon anniversaire, mais la date de mon accident vas­culaire cérébral. À l’époque, à la suite d’un changement d’orientation, je viens de prendre un nouveau poste en pleine campagne, dans le fin fond du Loir-et-Cher. Le boulot me plaît. Par contre, ma vie sociale en prend un coup. Loin de mes copains et d’une grande ville, je me retrouve un peu isolée la semaine. Les week­ends, je m’échappe ! Direction Le Mans, Lyon ou Niort, pour rejoindre mes amis et faire la fête. Ce vendredi-là, direction Paris. À 18 heures, après le boulot, je file direct en voiture avec une collègue. La veille, nous avons fêté l’arrivée du Beaujolais nouveau, sans excès mais quand même. L’euphorie a balayé mon mal de crâne lancinant depuis le matin, associé à un voile et à des picotements au niveau des yeux, que j’ai mis sur le compte de la fatigue. Depuis ma prise de poste, je me donne à fond. Et deux semaines auparavant, j’ai couvert un gros événement qui m’a laissée complètement à plat, avec une bonne crève et une grosse toux pendant dix jours. A posteriori, c’est ce qui aurait fragilisé mon artère cérébrale.      

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Impossible de dire un mot                

Le lendemain de cette soirée arrosée, je me réveille avec un bon mal de tête et toujours ces troubles de la vision qui finissent par se dissiper dans la journée. J’imagine que c’est le contrecoup de la veille. Le trajet jusqu’à Paris se déroule bien. Je dépose ma collègue à une station de métro et, une fois dans le 14e arrondissement, où vit mon amie, je cherche une place de stationnement, avec une envie de faire pipi de plus en plus pressante. Après avoir tourné dans le quartier, je finis par me garer. Ouf, la libération est proche ! Au pied de son immeuble, je suis frappée par un mal de crâne violent. Je sonne à l’Interphone, je prends l’ascenseur et, arrivée sur le palier, je me sens désorientée. Mon amie ouvre la porte de son appartement. Je la vois. On se sourit. Je me baisse pour prendre mes affaires… et je ne me relève pas. J’ai la tête qui tourne, comme un malaise. J’essaie de parler mais impossible de m’exprimer distinctement. Mon amie comprend tout de suite qu’il se passe quelque chose d’anormal. Elle me fait asseoir dans le couloir et appelle les pompiers qui ne tardent pas à arriver. Je suis dans le brouillard mais je les entends parler d’infarctus ou d’A.V.C. Je pense que je suis un peu trop jeune pour ça. Mais je ne suis pas en état de réagir et je m’abandonne à leur diagnostic. Ils me descendent par l’ascenseur et m’embarquent dans leur véhicule, direction l’hôpital le plus proche. Sur la route, ils me houspillent gentiment pour éviter que je ne tombe dans les vapes : « Restez avec nous, ne vous endormez pas. » Je ne sais pas si ce sont eux, ou mon envie de faire pipi, toujours plus pressante, qui réussissent à me maintenir consciente jusqu’à l’arrivée aux urgences. Sur mon brancard, tant bien que mal, je fais passer le message à une infirmière : je dois aller aux toilettes au plus vite. Aphasique et hémiplégique, je baragouine comme je peux et elle ne comprend pas. Grand moment de solitude… jusqu’à ce qu’elle saisisse l’urgence et m’apporte un urinoir, enfin !                                             

Tout va bien se passer               

Sans perdre connaissance, je vis la suite dans une confusion totale. En cas d’A.V.C., chaque seconde compte. Plus le temps passe, plus les séquelles risquent d’être importantes. À l’hôpital, j’enchaîne les examens, scanner et I.R.M., qui confirment le diagnostic des pompiers. On m’injecte un produit pour tenter de dissoudre le caillot de sang de mon cerveau. Mais cela ne fonctionne pas. Je suis alors transférée en urgence dans un établissement voisin pour m’opérer. Je me souviens très vaguement de l’intervention. Le neurochirurgien, très gentil, me dit que tout va bien se passer. Dans la salle d’opération, je les revois me couvrir de draps, et je pense qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Je n’ai pas d’autre choix que de leur faire confiance, ni le temps de m’inquiéter : une douleur intense à la tête me fait vomir. Je l’apprendrai plus tard, mais j’ai fait une dissection carotidienne : les parois de mon artère carotide se sont effritées puis recroquevillées, créant un caillot de sang. Vu mon état, le neurochirurgien opte pour une technologie de pointe qui consiste à insérer un stent, une petite prothèse, pour renforcer l’artère abîmée, via l’artère fémorale (d’où les champs sur les jambes). Le tout sous anesthésie locale pour vérifier simultanément mes réactions et éviter au maximum les séquelles, sachant que l’A.V.C. est la première cause de handicap physique chez l’adulte. Je ne sais pas trop combien de temps cela a duré… Je me souviens d’avoir eu mal et que je ne pouvais pas bouger. Après ça, la possibilité, enfin, de me reposer dans une chambre, sous la vigilance du personnel qui passait me voir toutes les heures et me stimulait pour contrôler ma récupération. Au départ, je pouvais seulement ânonner. Cela m’a rappelé ma grand-mère qui était dans le même état à la fin de sa vie. Je lisais alors la détresse dans ses yeux face à notre incompréhension et à son impuissance.                 

Même si je cherchais encore mes mots, la parole est peu à peu revenue dans la matinée. Et, l’après-midi, j’ai eu la surprise de voir ma famille débarquer dans ma chambre. Mon amie de Paris, qui a donné l’alerte et m’a suivie une partie de la soirée aux urgences en se faisant un sang d’encre, avait prévenu mes proches. Même ma sœur, qui vivait pourtant au Gabon à l’époque, a sauté dans le premier avion pour me voir ! Au réveil, j’étais un peu sonnée, amorphe et fatiguée, mais je ne souffrais pas et j’étais tirée d’affaire : un soulagement absolu. Des examens de contrôle ont confirmé que je n’avais pas de déficit moteur. J’ai donc vite été transférée dans mon hôpital d’admission, où je suis restée plusieurs jours, avec des visites et des appels quotidiens, des petits mots et des cadeaux de mes amis. Dès le jeudi, tous les signaux étant au vert, j’ai pu être rapatriée en ambulance chez ma tante en province. J’y suis restée en arrêt maladie un mois et demi avant de reprendre le travail en janvier : j’avais super hâte, et l’année de boulot qui a suivi a été intense mais géniale !                                             

Reprendre le cours de sa vie                 

Alors pourquoi moi, si jeune et sans aucun signe avant-coureur ? À part une éventuelle fragilité artérielle, il n’y a pas d’explication particulière. Deux ans après, mon neurochirurgien m’a d’ailleurs annoncé que cela pouvait survenir à nouveau, n’importe quand. Je ne vis pas pour autant avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au contraire. J’ai rapidement repris ma vie comme avant, ou presque. Après l’opération, les médecins m’ont tout de suite dit que la cigarette, c’était fini. Je revois ma sœur leur demander, alors que j’étais encore dans les vapes : « Et l’alcool, c’est pareil : plus une goutte ? » Eh non, c’est autorisé mais sans excès. Les quatre mois qui ont suivi l’opération, je n’en ai pas bu une goutte par mesure de précaution. En revanche, durant l’été, je me suis lâchée comme jamais, à tous les niveaux. Je reste malgré tout une épicurienne et je crois qu’après avoir frôlé la mort j’avais besoin de vivre encore plus fort, de séduire, de faire la fête, de danser jusqu’au bout de la nuit. Comme un retour à l’adolescence, mais avec la conscience que la vie est courte et fragile. Plus question de perdre du temps ou de se prendre la tête avec des broutilles : je veux désormais en profiter à chaque instant. A posteriori, je me dis que j’ai eu une chance folle que mon A.V.C. ait eu lieu à cet endroit-là, à ce moment-là. À l’époque, je vivais seule à la campagne. J’aurais pu rester toute une nuit prostrée, avant d’être prise en charge par les pompiers. Cela aurait pu aussi survenir une heure avant, au volant de ma voiture, sur le périph. Et je suis hyper reconnaissante à toutes celles et à tous ceux qui m’ont sauvé la vie, mon neurochirurgien, exceptionnel, en tête. Je l’ai revu un mois après mon A.V.C. pour un contrôle : il était super heureux de me trouver en pleine forme ! Il m’a confié que mon cas était une référence de succès pour lui et son équipe, et qu’il lui arrivait en début d’opération de citer mon nom pour motiver ses troupes. 

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