Santé

Complexe de sexe : Léa, 30 ans, et sa « gêne de se caresser devant l’autre »

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Léa, 30 ans, s’est déjà caressée en plein acte sexuel. « Ça a dû arriver quatre ou cinq fois en trois ans de relation », chiffre-t-elle. Si elle a essayé, c’est parce qu’elle estime que la masturbation est une solution comme une autre pour stimuler son clitoris, notamment lors de positions qui ont tendance à l’exclure, telle que la levrette. Mais si elle ne se lance pas souvent et plus tellement, c’est parce qu’elle trouve ça gênant : « Soit je me cache un peu et j’ai l’impression de mentir à mon mec, soit je me montre et j’ai l’impression de me donner en spectacle », confie-t-elle.

Selon la sexologue Diane Deswarte, fondatrice du club Kamami, la masturbation demeure encore taboue, et si les femmes l’assument de plus en plus – en 2019, 76% des Françaises admettaient s’être déjà masturbées au cours de leur vie* –, être à l’aise avec soi n’est pas forcément être à l’aise avec l’autre : « La masturbation est perçue comme une pratique intime et individuelle, qui n’a pas vocation à être partagée », observe la spécialiste. Néanmoins, à deux, elle peut s’inscrire comme un véritable réhausseur de plaisir, pour soi et pour l’autre. Alors pourquoi complexe-t-on, et comment dépasser la gêne associée aux caresses solo quand on n’est pas solo ?

Au commencement était le coup de pouce pour jouir

« Quand on pense masturbation dans le couple, on imagine généralement une femme qui écarte les jambes, vulve au premier plan, et qui se touche devant son partenaire pour lui en mettre plein les mirettes, ce qui n’est pas du tout naturel », note Diane Deswarte, qui précise que cette représentation est issue du porno. Dans la réalité, la masturbation dans le couple est plutôt employée à booster son plaisir ou à le compléter, plus particulièrement lors de la pénétration. « Suffisamment d’études soulignent que la pénétration seule est loin d’être la voie royale pour jouir, et que les caresses externes ou internes sur le clitoris participent à l’orgasme », précise la sexologue. C’est bien vu : si on « sait » jouir dans son coin, pourquoi vivre des rapports sexuels dépourvus de nos compétences ?

A l’instar de Léa, qui a tâté plusieurs manières d’inviter la masturbation dans son couple, on peut se toucher discrètement, sous les draps, ou bien en plein coït, alors que le partenaire est « occupé ». « Ce n’est pas forcément une pratique exhib’, mais une pratique pour soi, ses sensations », insiste la sexologue.

Et si la façon dont je me masturbais était ridicule ? 

Évidemment, l’idée n’est pas de se planquer à tout prix. Dans certains cas, alors même que l’on ne cherche pas particulièrement à être vue, le ou la partenaire aperçoit les caresses que l’on s’octroie. Et qui sait : celles-ci ne sont pas terriblement excitantes à ses yeux.

Toutefois, si ramener « sa » masturbation dans le couple a beau être une chouette idée, pour soi et possiblement pour l’autre, il s’agit, quelque part, d’ouvrir les coulisses de son auto-érotisme. C’est là que le complexe s’incruste : et si la façon dont je me masturbais était ridicule, pas belle à voir ? « C’est ce que l’on pourrait appeler le syndrome de l’orgasme de la petite fille, en référence à Freud, qui distinguait l’orgasme de la petite fille, lié au clitoris, de l’orgasme de la vraie femme, accessible par le vagin et la pénétration », explique Diane Deswarte. Résultat, on se demande si se frotter à un coussin, c’est normal, si la façon dont on tournicote avec nos doigts sur notre clitoris est normale, et pas trop simpliste ou mignonne. On remet tout en question : ce qui vaut pour soi, sous la douche, n’a peut-être rien à voir avec l’érotisme que l’on est censé injecter dans le rapport. Alors on remballe.

Respecter son mode d’emploi à soi

N’oublions pas qu’il n’existe aucun mode d’emploi à la masturbation – si ce n’est le nôtre, et qu’inviter « sa » masturbation dans le couple, c’est la ramener comme elle est. C’est-à-dire ? « Il est rare que l’on se masturbe sur le dos, jambes écartées, face à quelqu’un ! », s’exclame Diane Deswarte.

On peut aimer se caresser sous un drap, jambes plus ou moins serrées, corps plus ou moins recroquevillé. « Ainsi, il est plutôt normal de ne pas débarquer dans le rapport en proposant l’inverse », rassure Diane Deswarte. Voilà qui explique pourquoi on manque d’aise : en plus de dévoiler nos habitudes en la matière, on essaie de les travestir pour répondre à des règles d’érotisme qui nous échappent. Soudainement, on voudrait que « notre masturbation » soit grandiose pour satisfaire l’autre.

La crainte de vexer son partenaire

S’il n’est pas simple d’oser la masturbation en couple, cela peut être aussi par crainte de vexer un partenaire. « De la même façon, si on observe notre partenaire se caresser, on peut penser qu’il prend davantage de plaisir à s’occuper de lui en solo », commente la sexologue.

Ne devrait-on pas laisser l’égo de côté ? « Se toucher devant l’autre booste notre plaisir, mais ce plaisir circule dans le couple. Sans oublier que se toucher devant l’autre est aussi un moyen de guider le partenaire, de lui apprendre des choses sur nous, notre fonctionnement. Sa main peut rejoindre la nôtre », explique Diane Deswarte. En somme, on ne voudrait pas saler les lasagnes cuisinées par notre partenaire pour ne pas remettre en question ses talents, mais n’avons-nous pas beaucoup à gagner à manger à notre guise, et à lui souligner que son plat est excellent, mais que niveau assaisonnement, on a nos préférences ?

Jouer à deux, moins évident, mais plus évident ?

Bien évidemment, la masturbation dans le couple n’est pas seulement synonyme de coup de pouce plaisant que l’on s’accorde à soi-même et qui, par ricochet, peut plaire à l’autre. Parfois, on entre sur le terrain du jeu en montrant à l’autre ce que l’on sait faire pour augmenter l’excitation sexuelle, et, du même coup, l’inspirer. En parallèle, le ou la partenaire s’emploie à la même pratique. « On peut parler d’échange visuel », note la sexologue. Il peut être agréable de s’observer l’un l’autre, de s’interdire des caresses réciproques pour faire monter la frustration, et d’inscrire cette pratique dans le slow sex : on prend le temps.

Sur le papier, voilà qui peut paraître encore plus gênant que l’autostimulation de la vulve pendant une cuillère. Mais « ce genre de jeu se discute dans le couple, possiblement en amont », précise la sexologue. Ensemble, on se questionne : et si on se touchait séparément mais à côté, pour voir ? A ce moment-là, on bifurque, on passe de la « masturbation pratique », à la « masturbation excitation », ce qui peut aider à relâcher la pression. Toujours étant que l’important, c’est d’en avoir envie, d’être consentant, de ne rien forcer, et de se rappeler que la masturbation dans le couple est un bonus que l’on utilise comme on le souhaite.

*« Étude Ifop pour ELLE réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 28 au 29 janvier 2019 auprès d’un échantillon de 1 007 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. »

 

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