Santé

Parasomnies : de quoi s’agit-il, causes, conséquences, solutions ?

Les parasomnies ne sont pas des maladies en tant que telles, mais des troubles du sommeil, au même titre que l’hypersomnie ou l’hyposomnie. Elles se caractérisent par des comportements inhabituels qui surviennent durant la nuit et dont les victimes n’ont aucun souvenir au réveil. Elles peuvent être d’origine génétique, ou influencée par de nombreux facteurs, comme le stress, le manque de sommeil ou certaines maladies. On en distingue plusieurs types, en fonction du stade de sommeil durant lequel elles surviennent. Et chacune a ses spécificités. Explications du Dr Pascale Ogrizek, médecin spécialiste du sommeil, et du Dr Marc Rey, neurologue et président de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV). 

Définition : qu’est-ce qu’une parasomnie ?

Les parasomnies désignent des phénomènes indésirables qui peuvent survenir à l’endormissement, pendant le sommeil ou au réveil. « Contrairement aux autres troubles du sommeil, elles ne concernent pas la quantité de sommeil, mais sa qualité », indique le neurologue. Et sa consœur de préciser :

 Les manifestations peuvent être motrices (on bouge, on se lève, on marche), verbales (on chante, on parle, on crie) ou sensorielles (on a l’impression que quelqu’un nous touche).

Dans la plupart des cas, les personnes en proie à ces parasomnies ne sont pas conscientes de leurs actes et n’en gardent aucun souvenir. Les conséquences peuvent toutefois être lourdes, à la fois pour la personne et pour son entourage : 

  • fatigue, somnolence, honte et anxiété ;
  • perturbation du sommeil et / ou de celui des autres ;
  • voire blessures envers soi-même et / ou les autres. 

Dans l’enfance, ces troubles ne doivent pas alarmer, sauf s’ils sont très récurrents et s’ils se poursuivent aussi régulièrement à l’âge adulte, indiquent les experts.

Les différents types de parasomnies

Les parasomnies peuvent être classées en fonction de leur survenue pendant les différentes phases de sommeil. 

Les parasomnies du sommeil lent profond

Elles surviennent, comme leur nom l’indique, au cours du sommeil lent profond, la période durant laquelle on récupère le plus de la fatigue physique. On distingue :

  • Les rythmies d’endormissement, de brefs sursauts qui surviennent juste avant l’endormissement et peuvent persister jusqu’au sommeil lent léger, dès l’âge de 6 mois, et généralement jusqu’à 4 ans. 
  • Le somnambulisme, caractérisé par des manifestations motrices impressionnantes : la personne a les yeux ouverts, se lève, marche et peut réaliser des gestes du quotidien comme ouvrir une porte, s’habiller, voire sortir de chez elle.
  • Les terreurs nocturnes, caractérisées par des épisodes de frayeur courts et brutaux. La personne peut crier de peur, déclencher une crise de tachycardie ou d’hypersudation, etc. Elle ne se réveille pas pour autant et ne réagit malheureusement à aucune tentative d’intervention de l’entourage. Elle s’apaise finalement spontanément.
  • Les éveils confusionnels, caractérisés par une forte désorientation : la personne semble éveillée, mais a du mal à s’exprimer ou à comprendre ce dont on lui parle. Pour cause, elle dort ! À noter : contrairement au somnambulisme, la personne ne quitte pas son lit.

Les parasomnies du sommeil paradoxal

  • La catathrénie, caractérisée par des gémissements, des grognements ou des vocalises nocturnes. 
  • Les cauchemars récurrents, responsables d’un sentiment d’oppression et d’angoisse qui mène souvent au réveil brutal. À la différence des terreurs nocturnes, les victimes en gardent souvent un souvenir intense et ont du mal à se rendormir.
  • Les paralysies du sommeil isolées et récurrentes, souvent bénignes, sont très marquantes. Elles se caractérisent par des épisodes de paralysie motrice pendant les phases d’endormissement et de réveil, autrement dit, on est éveillé.e, mais incapable de bouger ou d’appeler à l’aide. Ces épisodes sont en général brefs (quelques secondes à quelques minutes) mais peuvent être une grande source d’insécurité. 

« En cas de manifestations violentes pendant le sommeil, notamment chez les personnes âgées, il faut penser au trouble du comportement en sommeil paradoxal (TCSP) », précise le Dr Rey. Il se caractérise en effet par des accès de violence plus ou moins intenses : « les patient.e.s vivent leurs rêves et peuvent en venir à se battre avec un voleur hypothétique, alors qu’elles agressent en réalisé leur partenaire de lit », explique-t-il. Exit la honte ou la pudeur, il faut oser en parler, car ce phénomène peut être précurseur d’une maladie de Parkinson. 

Les autres parasomnies

  • Les énurésies nocturnes, ou le fait d’uriner au lit passé l’âge de 5 ans.
  • Les hallucinations hypnagogiques, principalement visuelles, qui surviennent à l’endormissement et sont souvent associées aux paralysies du sommeil.
  • Le syndrome de la tête qui explose (STE), caractérisé par la perception d’un bruit violent (explosion, arme à feu, décharge électrique ou porte claquée) lorsque l’on s’endort ou que l’on dort. À noter : il peut être associé à des flashs visuels ou à des sensations de chaleur.
  • Les troubles alimentaires du sommeil, qui se manifestent par la consommation d’aliments ou de boissons dans un état de réveil partiel. 
  • La sexsomnie, un sous-type de parasomnie caractérisé par le fait de pratiquer une activité sexuelle, parfois frénétique, pendant son sommeil et de n’en conservent aucun souvenir au réveil.
  • Le bruxisme, un trouble bien connu qui consiste à serrer et à grincer des dents en dormant. 

Qui est concerné par ces parasomnies ?

Les parasomnies touchent très majoritairement les enfants, mais peuvent parfois se manifester chez certains adultes.

Les éveils confusionnels, le somnambulisme et les terreurs nocturnes affectent principalement les enfants.

Le trouble du comportement en sommeil paradoxal s’observe surtout chez les adultes et les sujets âgés.

Les paralysies du sommeil peuvent débuter à n’importe quel âge, mais touchent plus particulièrement les adolescents et les adultes d’âge moyen.

Ces phénomènes ne doivent pas alerter s’ils restent ponctuels, insistent le Dr Ogrizek. Lorsqu’ils deviennent trop récurrents, il faut toutefois consulter pour limiter le retentissement physique et psycho-social.

Facteurs de risque des parasomnies

Les facteurs les plus communs favorisant les parasomnies sont les suivants :

  • la privation de sommeil ;
  • les décalages horaires ;
  • le stress et les perturbations psychologiques (deuil, conflit dans un couple, déménagement, etc)
  • les drogues, mais aussi l’alcool, et les somnifères ;
  • la fièvre et certaines maladies ;
  • de nombreux médicaments, comme les béta-bloquants, les antidépresseurs ou les antirétroviraux (contre le VIH). 

Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?

Étant donné que le, ou la, patient.e ne garde aucun souvenir de ses accès nocturnes, c’est souvent le conjoint, ou le partenaire de chambre, voire de lit qui peut remarquer les signes d’alerte : 

  • des gémissements, grognement ou autres vocalises (catathrénie) ;
  • des comportements sexuels involontaires ou inconscients (sexsomnies) ;
  • des mouvements répétitifs ou brusques, sous forme de sursauts (rythmies d’endormissement) ;
  • des troubles sensoriels inexistants, comme des apparitions, des bruits ou des mouvements, difficiles à dissocier de la réalité (hallucinations hypnagogiques) ;
  • des grincement de dents (bruxisme) ; 
  • des réveils impromptus durant lesquels la personne n’est pas réellement éveillée (somnambulisme) ;
  • des comportements violents pendant le sommeil (trouble du comportement en sommeil paradoxal) ; 
  • des cris, et autres symptômes de détresse. 

Causes : pourquoi je me réveille pendant mon sommeil ?

Les parasomnies ont parfois une composante génétique, notamment l’énurésie, mais elles sont le plus souvent favorisées par des éléments extérieurs qui perturbent l’intensité, la durée et l’articulation des phases du sommeil.

Lorsqu’elles deviennent fréquentes et que l’on a éliminé les facteurs de risque, il faut chercher une pathologie sous-jacente, comme des apnées du sommeil, une pathologie psychiatrique ou une pathologie neurodégénérative, à l’instar de la maladie de Parkinson, précise le Dr Ogrizek. 

Le diagnostic est généralement initié par le médecin traitant. Mais les spécialistes des troubles du sommeil peuvent aussi être décelés par des neurologues, des pneumologues, des psychiatres, des stomatologues, des endocrinologues et des neuropsychologues. Le plus souvent, il est basé sur l’anamnèse (historique des symptômes) et un simple examen clinique. 

En fonction des observations du médecin, le sommeil peut être analysé à l’aide d’une polysomnographie, qui permet d’enregistrer les variables physiologiques du corps pendant une nuit de sommeil. Une caméra infrarouge permet de ­filmer les mouvements et l’attitude du dormeur, ou de la dormeuse. Des tests de vigilance peuvent aussi être utiles. 

Une fois le diagnostic confirmé, et les facteurs favorisants éliminés, les solutions reposent essentiellement sur :

  • des mesures d’hygiène du sommeil
  • des mesures de prévention du stress, comme les thérapies cognitivo-comportementales, hypnose, techniques de relaxation, etc

« On peut aussi miser sur des médicaments spécifiques, à base de mélatonine et de clonazépam, en fonction du trouble et du patient. On parle alors de traitement étiologique », indique le Dr Rey.

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