Témoignages : 5 hommes nous racontent leur vraie vie sexuelle

Où en sont les hommes avec leur pénis ? Les femmes questionnent leur vie sexuelle depuis toujours, et plus encore depuis le tsunami #MeToo. Pourtant, le sujet de la sexualité masculine reste un mystère planqué sous un tapis de clichés. C’est sans doute la raison du succès fulgurant du podcast de témoignages masculins « On the Verge », lancé par Anne-Laure Parmantier en 2019. Cette communicante, qui prône un féminisme paritaire et égalitaire, a voulu leur permettre, à eux aussi, de libérer leur parole. « Ces dernières années, les femmes ont imposé, à juste titre, la réalité de leur sexualité. Je souhaitais apporter ma pierre à cet édifice en construction qu’est l’égalité hommes-femmes, en proposant un espace de discussion bienveillant, sans jugement, audible par tous et toutes. » À entendre les témoignages, il est évident qu’on ne parle pas sexualité de la même manière entre hommes qu’entre femmes. « On the Verge » est devenu un livre (éd. Robert Laffont), et l’occasion de revenir sur différents itinéraires sexuels, d’aborder de manière très libre le polyamour autant que la masturbation précoce, l’impuissance, les relations queers, les problèmes d’érection. Un véritable panorama de la sexualité masculine d’aujourd’hui. « J’avais pu constater l’hypocrisie prégnante chez la plupart des hommes, qui ne se parlent pas entre eux sincèrement, ou alors uniquement à travers le prisme de la performance, et vivent leur intimité et leur sexualité en projetant une image confiante et positive à la société, au point qu’ils finissent par y croire eux-mêmes, dit Anne-Laure Parmantier. Tout cela parce qu’il n’existe aucun espace pour se confier. » 

À lire aussi >> Témoignages : en couple, elles cherchent des relations extra-conjugales sur les sites de rencontre                                                                                   

Mais est-ce différent chez les femmes ? « Oui, parce qu’il y a une véritable sororité, surtout après la première grossesse, où il devient naturel de se confier, en toute liberté, et de se raconter les conséquences sur la vie sexuelle. D’une façon générale, les filles, depuis qu’elles sont réglées, s’en parlent plus naturellement. » Alors où en sont-ils, les hommes, avec leur vie sexuelle ? Pour la communicante, ceux qui la vivent de la manière la plus épanouie, saine et récréative sont ceux qui ont été accompagnés dans leur questionnement par leurs parents. Pour la plupart, et plus encore pour ceux de la nouvelle génération, la pornographie a été leur première approche de la sexualité.                 

« Aujourd’hui, regarder un film porno est devenu facile d’accès, alors qu’avant on se contentait d’une couverture de “Playboy” ou on tombait par hasard sur une VHS bien cachée ! Il ne faut pas l’interdire, mais il faut l’accompagner, poursuit Anne-Laure Parmantier. Très jeunes, les garçons sont confrontés à des performances inatteignables pour le commun des mortels, et n’ont parfois que cela comme référence. Les réseaux ont changé la réalité de la vie sexuelle. Les 20-25 ans font moins l’amour. Peut-être parce qu’ils sont saturés d’images ? Quant aux applications de rencontres, parfois, le seul fait de “matcher” suffit à assouvir leurs fantasmes ou à satisfaire leur ego, et ils ne donnent pas suite à la rencontre. » Entre projections et réalité, nous avons eu aussi envie de recueillir la parole intime et sincère d’hommes de tous les âges. Cinq d’entre eux ont joué le jeu en toute liberté.                                             

« Je suis plus décontracté » Léonard, 51 ans                

« J’ai mis du temps à me l’avouer, mais je suis un éjaculateur précoce, ce qui m’a longtemps complexé. En vieillissant, je me suis rendu compte que je vivais ce truc avec plus de honte que les filles avec lesquelles je faisais l’amour, qui sont nettement plus indulgentes. Et comme une première éjaculation n’a pas vraiment d’incidence sur mon érection, je prolonge désormais mes rapports en ayant deux, voire parfois trois éjaculations lors du même rapport. Depuis, je n’ai pas réglé le problème de fond, mais je suis nettement plus décontracté ! »                                            

« Elle ne portait pas de sous-vêtements » Romain, 30 ans                 

« J’étais trop jeune quand le film est sorti, mais lorsque j’ai découvert “Basic Instinct”, j’ai été très marqué par la scène où Sharon Stone croise et décroise ses jambes. Jusqu’alors j’avais une sexualité classique, mais je suis devenu obsédé à l’idée de me balader avec une partenaire sans culotte. Étant en couple depuis deux ans, j’ai demandé à ma copine si elle était d’accord pour être nue sous sa robe lorsqu’elle me retrouvait. La première fois, c’était au cinéma. J’ai adoré, quand elle s’est levée, être le seul à savoir qu’elle ne portait pas de sous-vêtements. Et désormais, lorsque l’on est ensemble, cette seule idée m’excite. »                                             

« Je voulais une union libre » Pierre, 49 ans                 

« J’ai toujours eu une vie sexuelle très active. J’ai été en couple pendant trois ans, et j’ai eu une petite fille, mais notre couple n’a pas duré, car je voulais une union libre. Je voulais pouvoir faire l’amour avec d’autres, car je séparais l’amour et le sexe, mais la mère de ma fille ne l’a pas compris. J’ai voulu être honnête avec elle, car mon bien-être passe par une libido épanouie. Depuis cinq ans, j’ai une relation suivie avec une femme avec laquelle je ne vis pas. Qui, elle aussi, pratique l’amour libre. C’est un accord tacite entre nous, mais nous n’en parlons jamais, et l’idée que l’on ait des aventures sexuelles à côté ajoute un sacré piment à la nôtre ! »                                             

« J’ai appris à la masturber » Grégoire, 57 ans                 

« J’ai eu une opération il y a cinq ans, suite à une petite tumeur. Jusque-là, j’avais une sexualité satisfaisante avec ma compagne, avec laquelle je vis depuis quinze ans. Nous faisions l’amour deux ou trois fois par semaine, et cela se passait très bien. À la clinique, le chirurgien m’a demandé si nous souhaitions voir un psychologue. Sur le coup je n’ai pas compris pourquoi. C’est arrivé après. L’opération a déréglé ma libido. Pendant plus de deux ans, j’ai été incapable d’avoir une érection, malgré des piqûres régulières chez un médecin… Avec ma compagne, nous avons fait une ou deux tentatives qui se sont révélées très décevantes. Il m’était très difficile d’affronter ce problème avec elle. Un soir, elle a fait une allusion, de manière subtile, me faisant comprendre qu’il était douloureux pour elle de faire une croix sur sa sexualité (elle a dix ans de moins que moi), mais qu’elle était prête à explorer d’autres manières de se faire plaisir. Un mois plus tard, un matin, j’ai recommencé à la caresser, et je l’ai laissée guider mes doigts. J’ai appris à la masturber. Cela m’a redonné un certain pouvoir. Et d’une certaine façon, une forme de virilité. »                                             

« Je fantasmais sur les hommes » Gustave, 35 ans                 

« J’ai toujours été attiré par les garçons. Mais ma première fois, c’était avec une fille à l’âge de 17 ans, et j’ai vécu une grande histoire avec une autre de 20 à 27 ans. On pratiquait une sexualité classique, qui m’allait très bien, même si je n’étais pas complètement comblé. À la fin de cette relation, je me suis autorisé à accepter mon homosexualité. Très bizarrement, je fantasmais sur les hommes, mais l’idée de l’acte sexuel me repoussait. J’avais la sensation que c’était plus “joli” avec une femme. Un soir, je suis tombé sur un très beau garçon dans un bar, qui m’a proposé de le suivre chez lui. Cela s’est fait beaucoup plus facilement que je ne l’imaginais. Depuis trois ans, je vis avec Max, qui a deux ans de plus que moi, nos rapports sexuels sont à la fois très intenses et complices, c’est la clé de notre histoire. »                                             

« Apprendre à faire l’amour » version mâle par Dorothée Werner                                                                                                    

La parole des hommes sur leur sexualité se libère-t-elle ? Parmi les quelques signes qui annoncent un changement, il y a « Apprendre à faire l’amour », le livre d’Alexandre Lacroix (Allary Éditions). L’écrivain, philosophe et directeur de la rédaction de « Philosophie magazine » ne propose rien de moins qu’une révolution des clichés qui entravent et limitent nos sexualités. Contrairement à ce que laisse penser son titre, ce texte n’est pas un manuel technique de sexologie ou de psychologie du style « le sexe pour les nuls », mais une tentative « de donner une définition, mieux, une description complète de la bonne relation sexuelle, autrement dit du coup parfait ». Avec une telle affirmation c’est difficile, au départ, de ne pas flairer le coup marketing. Et pourtant non, le philosophe est dépourvu de tout cynisme. En don Juan socratique, ce père de cinq enfants, sans doute très amoureux des femmes, confesse parler à partir de son expérience personnelle. Convoquant le ban et l’arrière-ban de la philosophie, de Freud à Foucault en passant par Bergson, Spinoza, Pascal ou Kant, il entend réenchanter aussi bien le sexe avec une personne aimée que le simple « plan cul ». De brefs chapitres entrent dans les moindres détails : orgasme, positions, rythme, mots doux et mots crus, masturbation, sodomie, imperfection des corps, brutalité, domination masculine, commentaires pendant ou après… Le philosophe s’attelle à déconstruire, dans les pas de nombreuses féministes actuelles, le scénario jugé trop normatif et étriqué « préliminaires-pénétration-jouissance ». Il est question de la caresse chez Levinas, de la saisie chez Barthes, Leonard Cohen et Pierre Bourdieu, de la fixette fétichiste chez Annie Ernaux. La démonstration est à la fois savante et très concrète, sincèrement attachée à défaire le mythe de la performance sexuelle obligatoire héritée de la culture porno. Au final, c’est une ode pleine de vitalité à la liberté sexuelle, à l’égalité et à la fantaisie entre adultes consentants, sans excès de morale ni démagogie avec l’air du temps. Réjouissant sous une plume masculine. 

Continuer la lecture

Quitter la version mobile