Les chefs de la Banque mondiale et du FMI alertent sur le risque croissant de récession

Intervenant dans le cadre d’une conversation sous le thème “Affronter de multiples crises dans un environnement volatil,” en ouverture des assemblées annuelles des deux institutions internationales, Georgieva a relevé que le risque de récession a beaucoup augmenté, ajoutant qu’un tiers des économies mondiales connaîtront deux trimestres consécutifs au moins de contraction cette année et l’année suivante.

Georgieva, qui a mis en garde contre les conséquences du ralentissement de l’économie mondiale, a indiqué que le montant total qui sera effacé par ce ralentissement de l’économie mondiale d’ici 2026 s’élèverait à 4000 milliards de dollars — soit l’équivalent du PIB de l’Allemagne — qui vont partir en fumée.

Ce ralentissement est le résultat des effets de la Covid-19 sur les chaînes d’approvisionnement, la guerre en Ukraine qui fait augmenter les prix des produits de base, notamment les denrées alimentaires, et l’inflation élevée et tenace, a-t-elle expliqué.

L’Europe, la plus vulnérable

La Directrice générale du FMI a relevé le ralentissement des trois grandes puissances économiques mondiales. Tout d’abord dans la zone euro, à cause l’explosion des prix du gaz, en Chine, en raison des perturbations causées par la pandémie et l’instabilité du secteur immobilier, et enfin aux États-Unis, qui, en dépit d’un marché du travail très dynamique, voient ses activités économiques s’essouffler à cause de la hausse des taux d’intérêt, a-t-elle expliqué.

“On assiste à une profonde mutation entre un monde assez prévisible, avec une faible inflation et de faibles taux d’intérêt, vers un monde plus instable et plus fragile avec des conséquences auxquelles nous devons faire face dès cette semaine à Washington”, a estimé la chef du FMI.

“La situation est difficile pour tout le monde et particulièrement pour les pays en développement”, a-t-elle ajouté.

De son côté, Malpass a relevé que beaucoup d’économies voient leurs activités ralentir. C’est le cas notamment en Europe, a relevé le chef de la Banque Mondiale, qui n’écarte pas un risque de récession dès l’année prochaine.

La dépréciation des monnaies est un autre problème de taille, a-t-il dit, ajoutant que cela signifie que le niveau d’endettement des pays en développement devient lourd.

La hausse des taux d’intérêt et l’inflation sont difficiles surtout pour les pays en développement, a ajouté Malpass, qui a rappelé que des millions de personnes basculent dans la pauvreté.

Les pays développés absorbent la majeure partie des capitaux, ce qui complique davantage la situation pour les pays pauvres, a indiqué le chef de la Banque Mondiale, qui a également relevé d’autres problèmes, notamment ceux liés à l’éducation et l’énergie, la pénurie d’engrais et des récoltes moins bonnes.

S’agissant des recommandations, le chef du Groupe de la Banque Mondiale a estimé nécessaire que davantage de ressources soient dirigées vers les pays en développement, ajoutant qu’il faudrait également augmenter la production et la croissance, “d’abord par les pays avancés qui ont davantage de marges de manœuvre”.

Une approche “cas par cas”

Malpass a aussi mis en avant la nécessité d’aider les pays à se doter de meilleures politiques, avec moins de subventions aux tranches ayant des revenus supérieurs et plus de soutien et de finances inclusives pour les femmes et les petites entreprises.

Le chef du Groupe de la Banque Mondiale préconise en effet “une approche pays par pays, au cas par cas pour avoir des programmes très performants”.

“Il nous faut aussi aller rapidement pour créer des espaces budgétaires pour les problèmes climatiques qui se produisent dans plusieurs pays en développement”, a-t-il ajouté.

Pour sa part, Georgieva a souligné l’importance de maîtriser l’inflation, de soutenir les ménages de manière précise et ciblée et d’équilibrer la politique monétaire et budgétaire.

“Il s’agit de réussir sur deux fronts : stabiliser l’économie et la transformer pour l’avenir”, a-t-elle estimé.

Les deux responsables ont aussi souligné l’importance d’affecter davantage de ressources pour affronter la crise alimentaire et assurer plus de financements aux pays émergents et en développement pour faire face aux changements climatiques et atténuer leurs effets.

“Ces assemblées offrent l’occasion de penser aux moyens de travailler ensemble pour mener à bien les réformes nécessaires et réorienter les financements privés pour faire face aux changements climatiques”, a souligné Georgieva à cet égard.

Les autres acteurs doivent également participer aux efforts visant à aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques, a lancé Malpass, qui estime nécessaire d’alléger l’endettement des pays les plus pauvres confrontés aux effets dévastateurs des changements du climat.

“Ces assemblées sont une occasion sans précédent de coopérer et de démontrer qu’ensemble nous pouvons concevoir des politiques performantes”, a conclu la directrice générale du FMI.

Tenues du 10 au 16 octobre, les assemblées FMI-BM offrent une plateforme permettant aux décideurs politiques, gouverneurs des banques centrales, experts financiers, économistes, parlementaires et ONG de débattre d’un large éventail de questions urgentes allant de la croissance inclusive et l’alimentation à l’énergie et l’éducation, entre autres.

(avec MAP)

Continuer la lecture

Quitter la version mobile