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Macron et Attal, ventriloque et marionnette ?

Le nouveau premier ministre Gabriel Attal est attendu de prononcer son discours de politique générale ce 30 janvier. Même si son entourage joue le suspens sur le contenu de cette déclaration, rares sont ceux qui s’attendent à ce que quelque chose de fondamentalement différent des annonces déjà faites par le président Emmanuel Macron sorte de ce discours.

Il faut plus s’attendre plutôt à une mise en musique des idées de Macron. Ce qui donne cette impression que plus que jamais la relation qu’entretiendra Emmanuel Macron avec son premier ministre est une relation de ventriloque à marionnette politique. Personne n’ose imaginer que Gabriel Attal puisse jouer une partition différente que celle qu’impose le palais de l’Elysée.

Même cela n’a pas empêcher qu’une fébrile excitation collective a eu lieu autour de la nomination de Gabriel Attal au poste de Premier ministre. Elle  trouve ses ressorts sans doute  dans le jeune âge de l’intéressé, la manifeste empathie qu’il est capable de susciter en comparaison avec la distance et la sécheresse assumée d’une Elisabeth Borne. Mais passé l’effet disruptif de nommer une jeune personnalité à Matignon, un autre jeune, novice en diplomatie, Stéphane Séjourné au Quai D’Orsay, d’avoir capté un poids lourd des républicains comme Rachid Dati, les défis pour Gabriel Attal parrainent immense et la mission presque impossible.

Il faut dire que dans cette  stratégie de relance de son second mandat pensée et mise en musique par Emmanuel Macron, le président a réussi à étonner les médias et la galaxie politique, la preuve de la pertinence de ses choix à travers une communication incarnée. L’onde de choc est là, avec une empreinte identifiable. En termes de com, le second mandat est réellement relancé. Un nouveau souffle est là. De nouvelles perspectives se dessinent.

Mais en politique, la communication ressemble à l’écho d’un bruit strident. Fort au début, de plus en plus faible avec le temps et la distance qui passe. Une fois les effets magiques de la nouveauté consommés, reste les réalités politiques. Et elles n’ont rien de prometteur pour Gabriel Attal. Sans doute sans le vouloir, Emmanuel Macron a réussi à morceler d’avantage la majorité présidentielle, à créer des oppositions sourdes au sein même de l’architecture gouvernementale. Ce qui était déjà difficile pour Elisabeth Borne devient presque impossible pour Gabriel Attal.

Sauf à se résigner à recourir comme un métronome au fameux 49.3, le gouvernent de Gabriel Attal ne semble pas aujourd’hui être en mesure d’arracher la moindre majorité, que ce soit sur une confiance hypothétique ou un projet sociétal important. Avec Elisabeth Borne, le gouvernement pariait souvent sur les députés des républicains pour faire l’appoint et éviter des blocages mortels. Ces républicains, malgré leur opposition à Macron, avaient de bonnes dispositions à l’égard du gouvernement. Leur stratégie était de ne pas faire le jeu des extrêmes et faire tomber le gouvernement.

Aujourd’hui avec la captation non négociée avec l’actuelle direction des républicains de quelques poids lourds de la droite comme Rachida Dati ou Catherine Vautrin, le parti des républicains n’est plus dans la même disposition d’esprit et pourrait imaginer des postures plus clivantes, plus distante à l’égard du gouvernement Attal. L’amertume des républicains est accentuée par une subite découverte: on cherche à la faire disparaître et à cannibaliser leurs ressources humaines au profit de la majorité présidentielle.

Nouveauté de l’époque, on retrouve presque la même déception au sein du parti centriste le Modem, emmené par François Bayrou. Traditionnellement un soutien indéfectible à Emmanuel Macron, le Modem, déçu du choix de Gabriel Attal et de son casting de gouvernement pourrait prendre quelques distances qui affaibliraient davantage le premier ministre.

D’autres formes d’opposition peuvent doucher les enthousiasmes d’Emmanuel Macron et de Gabriel Attal et rendre leurs missions sinon impossible du moins difficile. La première est interne à l’architecture du gouvernement ai sein duquel se trouvent des poids lourds et de ambitieux qui n’ont aucun intérêt stratégique à ce que le jeune Gabriel Attal puisse réussir dans sa mission. Gérald Darmanin au ministère de l’intérieur et Bruno Lemaire à l’économie lorgnaient depuis longtemps sur le poste de premier ministre et s’estimaient plus légitime à l’occuper. Le choix de Gabriel Attal s’est fait contre leurs volontés. Et il n’est pas acquis qu’ils vont lui dérouler le tapis rouge pour réussir. Et il y a une forte probabilité qu’on puisse vivre une forme de cohabitation politique au sein de ce gouvernement avec des arbitrages régulièrement exigés d’Emmanuel Macron.

La second est externe au gouvernement et touche les alliés politiques de la majorité. Un homme comme l’ancien premier ministre Édouard Phillipe qui avait créé une nouveau partie politique Horizons pour se préparer à succéder à Emmanuel Macron en 2027 se sent directement menacé par la fulgurante ascension de Gabriel Attal. Si ce dernier réussi sa mission au gouvernement, il n’y aura aucune raison, aucun obstacle pour lui à s’imposer comme la personnalité de la majorité présidentielle qui pourrait être qualifiée à croiser le fer avec la ou le candidat de l’extrême droite. Le même schéma s’applique pour le parti des républicains qui sentent leur disparition programmée et liée au succès de Gabriel Attal dans sa mission de premier ministre.

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