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À la veille du Ramadan, les ruches s’effondrent [INTÉGRAL]

L’eau se fait rare et bientôt peut-être il n‘y aura plus une goutte de miel. Comme partout au Maroc, à Sidi Bennour, ville située dans la partie Sud de la région de Casablanca-Settat, à 70 km d’El Jadida, il n’a pas plu de manière significative depuis septembre dernier. La végétation souffre depuis l’été dernier et les apiculteurs craignent le pire. Et comme l’année dernière, les professionnels redoutent la sécheresse, qui induit un nombre de fleurs insuffisant pour permettre aux abeilles de se nourrir, et donc une baisse de la production de miel. « Pour avoir du bon produit en abondance, il faut nécessairement une longue période de pluie pour faire un bon arrosage de la nature », nous déclare M’barek, apiculteur depuis près de 30 ans, en montrant du doigt des fleurs ayant perdu leur brillance suite au manque d’eau. « La fleur qui est la matière première pour l’abeille, car elle procure son nectar et ses protéines, manque gravement, ce qui ruine nos ruches », ajoute ce cinquantenaire, déplorant la perte de 80 caisses (ruchers) l’année dernière.

Au niveau national, la production de miel a baissé d’environ 70% en 2022, à cause de l’effondrement des colonies d’abeilles. La situation ne s’est guère améliorée en 2023, ce qui a poussé les éleveurs à organiser, pour la première fois de leur Histoire, un sit-in devant la Direction de Développement des Filières de Production à Rabat.

Cela dit, Saïd Aboulfaraj, directeur d’un bureau d’études spécialisé en apiculture, ingénieur agronome et expert apicole, ne s’étonne pas de voir ces résultats, du moment que la faiblesse des pluviométries affecte quantitativement les sécrétions nectarifères des plantes qui sont la source des miels produits. « La production de miel en sera nécessairement affectée d’autant plus que la rareté des ressources va accentuer la concentration des colonies au niveau des zones les plus propices à la production, d’où un partage des faibles ressources disponibles entre un grand nombre de colonies », explique notre expert. De plus, les hautes températures notées cette année associées au stress hydrique « ont entraîné la floraison de certaines plantes à des moments inhabituels (certains agrumes ont fleuri au mois de décembre…) et d’autres qui vont connaître une floraison réduite (rosacées) à cause du manque de froid », ajoute Aboulfaraj. Au niveau des zones de montagnes et des zones à plantes spontanées exploitées par les apiculteurs, le stress hydrique va entraîner un développement végétal limité de ces plantes et par conséquent une floraison réduite jusqu’à absente. En clair, l’année s’annonce maigre. Mais ce qui inquiète le plus les apiculteurs, c’est que la catastrophe ne se limiterait pas à cette année. « Des années terribles sont à venir… que Dieu nous protège », soupirent Aïcha et Fatima, chargées d’une petite coopérative à Ouled Nemma, dans la région de Béni Mellal. Toutes deux partagent la même idée : « Si la situation reste la même, c’est toute la profession qui est remise en question » dans la zone où elles habitent.  

Dans ce sens, Saïd Aboulfaraj affiche un certain pessimisme, estimant que vu l’état actuel des choses, « l’équilibre de cette activité est impossible à rétablir ». « Les apiculteurs doivent améliorer et adapter leurs interventions aux contextes de sécheresse actuelle et seuls les apiculteurs professionnels disposant de technicité adaptée à de telles situations pourront contribuer à l’approvisionnement du marché », précise-t-il.

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