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Malgré son efficience, elle ne fait pas l’unanimité

Face à l’urgence climatique, le Maroc a initié une démarche stratégique pour contrecarrer les risques d’interruption d’approvisionnement en eau de Rabat et Casablanca. En connectant deux des principaux cours d’eau du pays, les capacités des barrages de Sidi Mohamed Ben Abdellah et d’Al Massira ont été considérablement renforcées.

Conçu et réalisé en un délai exceptionnellement court, ce projet a été exposé par Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau. Grâce à cette initiative, le barrage de Sidi Mohamed Ben Abdellah, doté d’une capacité totale de 180 millions de mètres cubes, a bénéficié d’un apport substantiel de 110 millions de mètres cubes d’eau. Ce projet, d’une envergure de 6 milliards de dirhams, appelé « autoroutes de l’eau », s’étend sur plus de 66 kilomètres. Il a vu le jour grâce à une collaboration fructueuse entre le ministère de l’Agriculture et l’Office régional de mise en valeur du Gharb.

Sans cette initiative, le barrage aurait été limité à une capacité de stockage de 70 millions de mètres cubes, provoquant des pénuries d’eau à Rabat et Casablanca. Selon les experts, cette réalisation confirme la position avant-gardiste du Maroc en matière de gestion proactive de l’eau en Afrique, captivant l’attention et le respect des nations limitrophes.

Dans cette optique visionnaire, le Royaume prévoit la construction de 179 grands barrages d’ici 2027, ainsi que la mise en place d’une vingtaine d’usines de dessalement d’ici 2030. Ces engagements audacieux pourraient hisser le Maroc au rang de précurseur en matière de gestion durable des ressources hydriques à l’échelle mondiale.

Approché par Hespress FR, Mohammed Benata, ingénieur agronome et Docteur en Géographie nous a déclaré que personne ne peut nier les efforts déployés par le gouvernement afin de freiner les retombées de la sécheresse, cependant, certains sont efficients, d’autres, non.

En développant son point de vue, l’ingénieur agronome nous explique que « le projet en question présente un potentiel considérable à condition que le Maroc dispose d’un excédent d’eau pour effectuer des transferts interrégionaux. Cependant, face à la situation alarmante de pénurie d’eau que connaît le pays, cette approche semble moins judicieuse. Au lieu d’allouer une part importante du budget à ce projet, il serait plus stratégique d’investir dans des technologies de dessalement d’eau de mer, ce qui pourrait compenser la demande croissante de l’eau potable ».

Il nous fait part en ce sens qu’il « est impératif de réaliser une étude d’impact environnemental approfondie pour évaluer les éventuels effets néfastes de ce projet sur la population de Sebou et sur l’écosystème environnant ».

« Tout projet d’une telle envergure doit être fondé sur des études solides et être socialement et écologiquement acceptable », estime-t-il.

 Et d’ajouter : « Il est alarmant de constater que les ressources en eau du Maroc, autrefois abondantes, sont en voie d’épuisement. Avec la moitié de la réserve d’eau déjà consommée, les conséquences pourraient être dévastatrices pour les secteurs agricoles qui continuent de produire pour l’exportation. Le Maroc, en entrant dans sa sixième année de sécheresse, se trouve confronté à des défis majeurs liés à la gestion de ses ressources en eau ».

Dans le détail, nous révèle Benata, il « est essentiel de prioriser la conservation de l’eau, notamment pendant les périodes de sécheresse. Le réapprovisionnement des réserves en eau doit être une priorité avant d’envisager toute autre utilisation ». Selon lui, «la gestion de l’eau ne se limite pas à des projets conventionnels mais nécessite des innovations et des stratégies adaptatives face aux changements climatiques. Les projets futurs doivent donc être conçus avec prudence et responsabilité, en tenant compte de l’impact sur les ressources restantes et en préservant les écosystèmes fragiles ».

Les conséquences de cette pénurie se font sentir de manière disproportionnée dans les zones rurales, où les communautés dépendent étroitement de l’agriculture pour leur subsistance. Lors d’une séance de questions orales avec les députés, Baraka a fait part de la difficulté de la situation, précisant que les entrées d’eau dans les barrages entre septembre et décembre n’ont pas dépassé 500 millions de mètres cubes, comparé à 1,5 milliard de mètres cubes l’année précédente.

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