Allô Giulia ? « La mort de mon chien m’a mis un énorme coup sur la tête »

« Chère Giulia,

Je m’appelle Karine, j’ai 39 ans, un job (prof de français) qui m’éclate et que j’ai toujours voulu faire, deux pré-ados plutôt sympas à la maison, et un mec (Ludo) vraiment chouette. Et patient. Mais ça fait des mois que je me traîne, et là, il n’en peut plus. Lui, voudrait que j’aille voir un psy. Moi, je voudrais qu’on me laisse faire mon deuil tranquille… Et je crois que j’ai un peu honte de consulter juste pour ça. “Ça”, c’est le vide, béant, saignant, laissé par Petrus depuis qu’il est parti. Je pourrais vous dire «  c’était mon chien », mais c’était bien plus que ça. Le jour où je l’ai rencontré, il y a treize ans, j’ai eu le coup de foudre. À la seconde. Littéralement : je savais que mon chien à moi, celui de ma vie d’adulte, serait celui-là, et pas un autre. Et il m’a suivie partout, dans toutes mes pérégrinations, toujours heureux d’en être : c’était mon pilier, mon confident, mon pote, mon soutien, mon calmant…  Petrus, c’était tout, voilà tout. Je sais, ça paraît fou. Mais ça ne changera rien au fait que la mort de mon chien m’a mis un énorme coup sur la tête, et que j’en suis encore sonnée. Pourtant je suis adulte. Pourtant j’ai une belle vie. Pourtant je suis une femme et une mère comblée. Pourtant… Petrus me manque. Et le temps n’arrange rien, ou si peu. Vous croyez vraiment, vous, que je doive aller voir un psy pour ça ? » – Karine, 39 ans 

« Chère Karine,

J’ai bientôt 47 ans (gargl), un job (vous répondre) qui m’éclate, et qui me permet de vous affirmer, au vu des courriers que je reçois, qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise raison pour aller se faire aider. Il y a, simplement, des moments où on n’arrive plus à mettre un pied devant l’autre, et peu importe pourquoi. La seule différence, c’est que certains finiront par creuser, à force de faire du surplace, quand d’autres seront un jour près à se remettre en mouvement. Et à pousser la porte du cabinet d’un psy, qui, elle, sera toujours ouverte : un psy n’est pas là pour faire le tri entre des patients légitimes, et d’autres qui ne le seraient pas. La réalité n’existant que dans l’œil de celui ou celle qui la voit, un même événement sera vécu de manière anodine, ou tragique, en fonction du terrain sur lequel il se produit.

Nous ne sommes pas des clones reproduits artificiellement à l’infini (encore heureux), nous sommes tous singuliers, trimballant, dans nos bagages, un vécu, des blessures ou des rêves qui ne ressemblent pas à ceux des autres. La mort de votre chien vous fait terriblement souffrir ? Vous en avez le droit. Au vu de la place qu’il a occupé pour vous, on le comprend aisément. Mais c’est peut-être par là qu’il faudrait sans doute commencer… Quels vides (oui, au pluriel), est-il venu combler, ce bon vieux Petrus ? Vraie question. Aucun jugement de ma part : on fait tous à peu près comme on peut pour se frayer un chemin dans un monde qui ressemble assez rarement à celui des bisounours. Et un psy le sait. Ce qu’il peut vous donner, c’est pas tellement du barbelé pour vous auto-flageller, mais les clés pour vous comprendre, et apaiser votre douleur. Parce que, oui, Karine, elle n’aura qu’un temps. Aujourd’hui, elle a sans doute pour fonction de vous garder Petrus bien vivant auprès de vous. Soit. Mais, si Ludo, mec vraiment chouette, commence à montrer des impatiences, c’est qu’elle doit avoir un certain impact sur votre vie de couple, et votre vie de famille. Vous y tenez, vous l’écrivez. Il est temps, peut-être, d’en prendre soin… Sans lâcher la patte de Petrus : bien accompagnée, vous lui trouverez un coin de votre tête, de votre cœur, où le nicher pour l’éternité. Courage à vous, douce Karine. »

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