Annabelle, 41 ans : « Quand il s’est excusé du chagrin qu’il allait m’occasionner en m’apprenant la vérité, j’étais déjà sous le charme »

« Je me souviens du soir où j’ai appris que j’étais cocue comme si c’était hier, raconte Annabelle*. C’était il y a six ans. Ce jour-là, j’étais restée un peu plus tard au cabinet pour boucler un dossier, avant de partir, le lendemain matin, en Toscane. Mon mari et moi avions prévu d’aller déposer nos filles, alors âgées de six et trois ans, chez ses parents et d’en profiter pour y passer le week-end. J’avais prévenu Diego que je ne savais pas à quelle heure j’allais rentrer et il s’était du coup arrangé pour être là plus tôt, afin de faire dîner Violaine et Charline ».

Alors qu’elle est plongée dans son litige de voisinage, le téléphone professionnel d’Annabelle se met à sonner. « Comme il s’agissait d’un numéro inconnu, je n’ai pas décroché, glisse la jeune femme. Mon interlocuteur pouvait bien attendre jusqu’au lundi suivant. Pour ma part, il valait mieux que je me concentre sur ce fichu dossier si je ne voulais pas rentrer à pas d’heure. Ma valise n’était pas encore prête ».

Mais voilà que, quelques minutes plus tard, la sonnerie retentit de nouveau. Un poil agacée, l’avocate se résout à répondre. Au bout du fil, elle entend, après un long silence, une voix d’homme – très douce -qu’elle ne connaît pas. « L’individu s’est présenté – il s’appelait Antoine – avant de s’excuser par avance pour le cataclysme dont il allait être à l’origine et pour le chagrin qu’il allait m’occasionner, se souvient-elle, encore émue. Puis il a tout déballé calmement, sans colère et sans haine : sa femme (Marine) était la maîtresse de Diego depuis plus d’un an. Il avait surpris, tout à fait par hasard, il y a quelques mois, un SMS sans équivoque sur son portable posé sur la table de nuit de leur chambre, alors qu’elle prenait sa douche. Lorsqu’il l’avait questionnée, elle n’avait pas cherché à nier. Elle lui avait parlé de Diego (elle semblait en être très amoureuse), mais aussi de moi, de Violaine et de Charline. Antoine avait longtemps hésité avant de m’appeler, mais comme il détestait, m’avait-il dit, le mensonge, il avait pris son courage à deux mains et s’était lancé ».

Il fallait que je digère la nouvelle et que je reprenne mes esprits

Annabelle est tellement anéantie qu’elle ne parvient pas à poser une seule question. « Je ne voulais rien savoir de plus, dit-elle. En tout cas pas ce soir-là. Il fallait d’abord que je digère la nouvelle et que je reprenne mes esprits ». En lui racontant les faits, Antoine a fait preuve d’une telle délicatesse que l’idée de lui en vouloir n’a même pas traversé l’esprit d’Annabelle. « Je l’ai remercié, confirme-t-elle. Et je lui ai demandé si je pouvais le rappeler la semaine suivante ». Le week-end qui suit est le plus interminable qu’Annabelle n’a jamais connu. « Je ne sais pas comment j’ai fait, mais j’ai réussi à ne pas piper mot de ce qu’il s’était passé, glisse-t-elle. J’avais envie de gifler Diego, de l’insulter, de le faire souffrir comme il me faisait souffrir, mais je me suis retenue. Je ne voulais pas gâcher les vacances des filles, ni même celles de mes beaux-parents qui, les pauvres, n’y étaient pour rien ».

Un hasard finalement… plaisant

De retour à Paris, la trentenaire ne parle toujours pas à Diego – « j’avais besoin d’en savoir plus, explique-t-elle. Je voulais connaître tous les détails, y compris les plus sordides, avant de mettre le sujet sur la table » -, mais elle compose rapidement le numéro d’Antoine. « Nous avons parlé pendant des heures et des heures, se souvient-elle. Je n’avais jamais rencontré un homme avec une capacité d’attention et d’empathie aussi extraordinaire. Il s’effaçait pour m’écouter, mais il m’a aussi, peu à peu, ouvert son cœur. Il avait été profondément meurtri en découvrant la liaison de sa femme, et avait tout de suite pensé à leur petit garçon, qui venait de souffler sa cinquième bougie. C’était pour lui qu’il était resté, mais il ne savait honnêtement pas encore si Marine et lui pourraient continuer longtemps ensemble. Malgré la trahison de nos conjoints respectifs, il évitait toujours d’être dans le jugement et se montrait bienveillant à leur égard. J’étais sidérée, car pour ma part, je n’arrivais pas à être complaisance envers eux ».

Entre nous, ça a tout de suite été une évidence

C’est Annabelle qui déclenche le premier rendez-vous. « Sans me l’avouer, j’étais déjà tombée sous le charme, reconnaît-elle, un poil amusé. On s’est vus, un soir, dans un café, près de mon lieu de travail. Entre nous, ça a tout de suite été une évidence ». Quelques jours plus tard, Antoine et Annabelle échangent leur premier baiser. Tout s’enchaîne ensuite très vite.

« J’ai confronté mon mari trois semaines après ce coup de fil fatidique et, ce n’est sans doute pas un hasard, quelques jours seulement après qu’Antoine a quitté Marine (cette double vie n’était pas pour lui), explique la quadra. Je n’ai pas révélé les circonstances qui ont fait que j’ai su. Diego était déjà suffisamment effondré, je ne voulais pas en rajouter. Il m’a dit qu’il tenait à moi, qu’il avait fait une énorme erreur et qu’il était prêt à repartir de zéro.

Ma tête et mon cœur étaient déjà ailleurs

Il me faisait presque pitié, car je savais que, pour moi, c’était trop tard. Je n’avais même plus envie de connaître les raisons qui l’avaient poussé à foutre en l’air dix ans de vie commune. Je m’en fichais. Ma tête et mon cœur étaient déjà ailleurs. Lui et moi avons divorcé peu de temps après et, avec Antoine, nous avons pu vivre notre amour au grand jour. Nous avons même donné, il y a deux ans, un petit frère à nos tribus respectives. Quant à Diego, il s’est installé un temps avec Marine, puis il l’a trompée… et ils se sont séparés. Mais, honnêtement, tout cela me laisse de marbre ».

* Les noms sont modifiés

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