Santé

Raphaël, 46 ans : « J’ai énormément d’affection pour elle, mais je n’ai plus envie de lui faire l’amour »

« Jusqu’au début de l’année dernière, j’ai imaginé des dizaines de fois le moment où j’allais dire à Bénédicte que je n’étais plus amoureux d’elle, que ce que je ressentais à son égard ressemblait plus à de l’amitié qu’à autre chose, et que le mieux, pour nous deux, serait peut-être qu’on se sépare, afin de ne pas finir, un jour, par se détester, confie Raphaël. Comme je ne voulais pas la faire souffrir (j’ai trop de respect pour elle), j’avais réfléchi en amont à tout, dans les moindres détails. Pour ne pas plomber l’ambiance, il fallait que cette discussion n’ait pas lieu à l’approche de Noël, ni juste avant ou après nos anniversaires respectifs, et encore moins de ceux de Nina et de Salomé, nos deux filles adorées. Et, pour les mêmes raisons, surtout pas à la veille des grandes vacances ou de la rentrée scolaire. Je ne prévoyais pas non plus d’aborder le sujet chez nous. Notre maison avait été le lieu de notre amour, de la construction de notre famille, elle ne pouvait pas devenir celui de notre séparation. Je pensais plutôt lui dire dans un endroit neutre, mais pas dans un café ou un restaurant (je savais qu’elle allait pleurer en m’écoutant parler). J’imaginais plutôt l’emmener dans un jardin public ».

Il n’empêche : cet expert-comptable parisien a eu beau cogiter et cogité, il ne s’est jamais lancé. Les rares fois où il a cru être capable d’aborder le sujet, il a même reculé. Résultat des courses : après vingt ans et des brouettes de vie commune, Raphaël et Bénédicte sont toujours en couple et, à écouter le quadragénaire, le quotidien ne se passe d’ailleurs pas si mal que ça.  « Nous sommes loin d’être malheureux ensemble, confirme le père de famille. Nous communiquons sans aucun problème et notre vie sociale est très riche ».

Un contexte qui ne s’y prête pas

Côté intime, c’est un autre débat. « Je serais incapable de dire quand nous avons, pour la dernière fois, fait l’amour », lâche pudiquement Raphaël. Et de s’empresser d’ajouter : « Je ne saurais pas non plus expliquer comment nous en sommes arrivés là. Tout ce que je peux dire, c’est que les cinq dernières années ont été particulièrement éprouvantes. Il y a deux ans, la sœur aînée de Bénédicte est décédée, après un long et difficile combat contre la maladie. Ma femme en a été très éprouvée. Quant à moi, j’ai été confronté à de multiples difficultés professionnelles. Du coup, nos discussions ont, pendant longtemps, tourné autour de ces sujets ».

Elle n’a pas cherché à provoquer de moment intime

C’est à cette époque que les rapports sexuels du couple ont, de fait, commencé à s’espacer, jusqu’à définitivement disparaître. « Je pensais que ça allait revenir, une fois que nous aurions surmonté cette mauvaise passe, confie Raphaël. Mais je n’ai en réalité jamais retrouvé le désir. J’ai beau avoir infiniment de tendresse et d’affection pour ma femme et aimer passer des moments en sa compagnie (elle est ma confidente et ma meilleure amie), je ne ressens plus l’envie de lui faire l’amour. Il m’arrive tout au mieux de la prendre parfois dans mes bras et de déposer un baiser fraternel sur son front ». Bénédicte, elle, semble s’être grosso modo accommodée de la situation. Elle n’aborde du moins pas le sujet. « Elle n’a jamais été très tactile, reconnaît Raphaël. J’ai toujours été plus demandeur qu’elle. Depuis que nous nous sommes éloignés, elle n’a pas cherché à provoquer de moment intime. Sous prétexte que je ronfle, nous faisons même chambre à part. Je crois que ça nous arrange finalement tous les deux ».

L’abstinence sexuelle a souvent des conséquences sur une union

Comment Raphaël vit-il la situation ? « J’aimerais parfois vivre un amour plus bouillonnant, confie-t-il. Et en même temps, je trouve que cette relation platonique n’est pas si horrible à vivre que ça. Depuis que nous avons surmonté nos soucis, nous avons repris du poil de la bête, et j’ai de plus en plus le sentiment que nous pourrions continuer comme ça encore longtemps. Je me dis souvent que le lien qui nous unit doit être extrêmement fort pour ne pas s’être distendu, alors que nous n’avons plus de relations charnelles. C’est peut-être ça qu’on appelle finalement l’amour. Ressentir de profonds sentiments pour son conjoint, à tel point qu’on ne parvient pas à le quitter, même quand la libido ne suit pas, de peur de le faire souffrir. Malgré tout, je ne suis pas naïf et je sais aussi que tout cela pourrait du jour au lendemain basculer. L’abstinence sexuelle a souvent des conséquences sur une union. Je n’ai jamais cherché à tromper Bénédicte (je ne suis inscrit sur aucun site de rencontres), mais il suffirait peut-être que je ressente un jour à nouveau des papillons dans le ventre pour une autre femme qu’elle pour que je vois les choses autrement et que je décide d’envoyer tout valser ».

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