Santé

Troubles érectiles, bouffées de chaleur : comment les hommes vivent-ils vraiment l’andropause ?

« J’avais des bouffées de chaleur, une baisse de libido, et je ne bandais plus. » Rémy Burkel a ressenti les premiers symptômes de l’andropause à 57 ans. « Je me réveillais en pleine nuit par des sueurs nocturnes, tout comme ma femme qui, elle, était en pleine ménopause. On rejetait la couette à tour de rôle », ironise-t-il. À l’époque, cet homme aujourd’hui âgé de 62 ans n’avait jamais entendu parler de ce qu’on surnomme communément la « ménopause masculine ». Les scientifiques, eux, lui préfèrent le terme « hypogonadisme », tandis que les urologues parlent de Déficit Androgénique Lié à l’Âge (DALA). Ce phénomène qui peut survenir à tout âge et qui augmente naturellement en vieillissant, est lié à la baisse de sécrétion de testostérone. 10 à 20 % des hommes seraient touchés par l’andropause après 50 ans, et jusqu’à 50 % à partir de 70 ans, selon l’Association française d’urologie. Pourtant, très peu d’entre eux en connaissent l’existence.

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Débandade, chute de la libido… Faire l’amour autrement 

Prise de poids, perte de la pilosité, trous de mémoire, morosité… La diminution du taux de testostérone peut entraîner une multitude de symptômes. Mais ce sont souvent les troubles sexuels qui encouragent les hommes à consulter. Quand les premiers effets de l’andropause sont apparus, Rémy nageait dans l’incompréhension la plus totale. « Je me suis demandé ce qu’il m’arrivait, se souvient-il. Très honnêtement, c’était la première fois que j’étais confronté à de tels troubles de l’érection, même si ça peut arriver quand on a trop bu, par exemple. Je me suis donc tourné vers mon médecin traitant, assez gêné, pensant que je souffrais de problèmes circulatoires. C’est vrai que ça fait peur. » Mais son médecin l’a rassuré, lui soufflant qu’il s’agissait d’un « petit coup de mou », certainement dû au stress.  « “À votre âge, c’est normal”, m’a-t-il dit. Mais à aucun moment il ne m’a parlé de l’andropause. »

C’est finalement sur Internet que Rémy a trouvé une partie des réponses à ses questions, bien que les sites français fournissent encore trop peu d’informations sur le sujet, contrairement aux ressources que l’on peut trouver au Canada ou aux États-Unis. « J’ai tapé mes symptômes en guise de mots-clés. C’est là que j’ai découvert l’existence de l’andropause. » Il s’est également tourné vers le Docteur Marc Galliano, urologue-andrologue, qui lui a confirmé le diagnostic après deux prises de sang réalisées à jeun, à une semaine d’intervalle, pour mesurer son taux de testostérone.

« On a trouvé notre mode de fonctionnement basé sur la tendresse, mais je dois avouer que la pénétration et l’éjaculation sont importantes pour moi. »

Quand le verdict est tombé, les émotions se sont mélangées. « C’est difficile de se dire qu’on vieillit. Et en tant qu’homme, on se dit qu’on n’est plus aussi fort qu’on l’était auparavant, parce qu’il y a cette idée de la masculinité liée à l’érection. C’est quelque chose de sociétal », reconnaît-il. Mais son épouse l’a rassuré : « Elle m’a dit que son désir était lui aussi affecté par la ménopause, et qu’on pouvait trouver d’autres façons de s’apporter du plaisir, grâce au contact de la peau et aux câlins », confie-t-il, avant de nuancer : « On a trouvé notre mode de fonctionnement basé sur la tendresse, mais je dois avouer que la pénétration et l’éjaculation sont importantes pour moi. Aujourd’hui, les sensations dans ma verge ne sont plus les mêmes qu’avant. »

« Je deviens plus vite irritable et supporte moins la bêtise »

L’andropause affecte aussi sa santé mentale et physique. « La baisse de la testostérone fait que je suis plus fatigué, et que je me sens parfois déprimé, ajoute-t-il. Dans ma vie personnelle, ça a pu me causer des difficultés car je perds parfois l’envie de voir du monde. J’ai tendance à me renfermer sur moi-même et à rester chez moi au lieu d’aller vers l’autre », explique-t-il. Une situation qui pèse aussi de temps en temps sur sa vie professionnelle : « Je deviens plus vite irritable et supporte moins la bêtise. »

Pour briser le tabou sur l’andropause, Rémy Burkel lui a dédié un documentaire intitulé « Andropause, la grande débandade », qui sera diffusé prochainement sur France 2. « Le but était vraiment de montrer que ça existe, et que des hommes puissent s’exprimer sur le sujet. Parce que la plupart du temps, ils n’en parlent pas, que ce soit à leurs proches ou aux médecins, explique le réalisateur. D’ailleurs, j’ai eu beaucoup de mal à trouver des personnes qui acceptaient de témoigner à visage découvert. » De la sensation d’être menacé dans leur virilité, à la honte, en passant par la culpabilité ou la peur de ne plus faire jouir leur partenaire, un cocktail d’émotions se font ressentir à travers les témoignages des hommes qu’il a pu rencontrer. 

« Ce n’est pas ma sexualité qui me définit en tant qu’homme »

De son côté, Vincent, 66 ans, a souffert de bouffées de chaleur, à l’aube de la cinquantaine, sans pouvoir mettre de mot dessus puisqu’il n’avait jamais entendu parler de l’andropause à l’époque. Quant à ses sautes d’humeur et autres symptômes dépressifs, il se demande encore s’ils étaient liés à ce phénomène naturel, ou au deuil qu’il était en train de traverser, peu de temps après la mort de son épouse. Néanmoins, les troubles sexuels ne l’ont pas particulièrement affecté. « Ma représentation et ma construction des rapports affectifs et sexuels n’a jamais été celle de la toute-puissance masculine, déclare-t-il. Ce n’est pas ma sexualité qui me définit en tant qu’homme. » Une déconstruction sociale qui est certainement liée à son éducation, puisque sa mère n’est autre que Françoise d’Eaubonne, une militante et essayiste, pionnière de l’écoféminisme.

De la greffe de testicules aux traitements hormonaux

Si Rémy et Vincent ont eu la curiosité de tester des médicaments pour traiter leur dysfonction érectile, ils en sont vite revenus. « Mon médecin traitant m’a prescrit du Cialis [un traitement dont les principes actifs sont similaires à celui du Viagra, N.D.L.R.]. Il m’a dit “Avec ça, ça va repartir comme en 40 !” Mais ce n’est pas vrai, déplore le premier. Et puis, je n’avais pas tellement envie de prendre des médicaments. » D’autres hommes se voient prescrire des traitements hormonaux pour booster leur taux de testostérone, via du gel, des timbres transdermiques, des comprimés ou encore des injections intramusculaires. 

« Toute la recherche sur les hormones s’est déroulée sous la montée du nazisme. »

Dans son ouvrage « Ceci est mon temps » (Éd. Au diable vauvert), l’autrice féministe Élise Thiébaut s’intéresse à ce business à travers l’Histoire. Un marché orchestré depuis la fin du XIXe siècle, pour « soigner ou compenser la perte de virilité que les hommes éprouvaient ». En 1889, le physiologiste français Charles-Édouard Brown-Séquard s’injecte des extraits testiculaires de chien ou de cobaye ainsi que du sperme pour « retrouver sa vigueur sexuelle ». Au début du XXe siècle, le chirurgien Serge Voronoff greffe des « couilles de singe » à des humains, avant d’ouvrir une clinique à Alger qui rencontre un succès fulgurant auprès de nombreux patients millionnaires, tels que des avocats, des hommes d’affaires, des médecins ou encore des personnalités politiques, sur fond de racisme et de suprématie blanche. « Toute la recherche sur les hormones s’est déroulée sous la montée du nazisme. Je pense qu’il est important de décortiquer ces mythes, et de montrer comment la virilité a été pensée, non pas comme une force de vie et de partage, mais dans le fait d’être un homme puissant », souligne-t-elle.

Libérer la parole

Aujourd’hui, le tabou qui persiste autour de l’andropause pèse sur le moral des hommes. Heureusement, il existe des groupes de parole qui leur permettent de s’exprimer librement, sur leurs vulnérabilités. « Il est important de pouvoir aborder toutes ces questions liées à notre corps de façon plus naturelle, pour casser ces constructions qui ne sont que des freins à une société plus saine », souligne Vincent. Et Rémy d’abonder : « C’est notre corps qui nous le dit : il est peut-être temps de remettre en question nosa priorisur le sexe, et de penser un peu plus au plaisir de nos partenaires. » Comme si l’andropause leur envoyait un message…

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