Comment le post-partum est-il vécu par les pères ? Ils nous racontent

« La naissance de mon fils a été un chamboulement. » Allan, 32 ans, est papa d’un petit Orso âgé de cinq mois. Comme de nombreux co-parents, il ne s’attendait pas à un tel tsunami, à l’arrivée de ce petit être dans sa vie. « Je ne me rendais pas compte à quel point mon quotidien changerait. Toutes les activités que je faisais avant – que ce soit le vélo, l’une de mes plus grandes passions, ou simplement sortir avec mes copains – je n’ai plus le temps de m’y consacrer », confie cet aide-soignant au CHU de Rennes, en couple depuis quatre ans.

Le post-partum (à ne pas confondre avec la dépression post-partum), désigne la période après l’accouchement, que tous les parents traversent. Souvent connotée négativement, elle peut être à la fois magnifique et semée d’obstacles. Selon une étude réalisée en décembre 2022 par l’institut Ispos et le laboratoire Gallia, 72% des papas se disent épuisés psychologiquement durant la période du post-partum, contre 79% des mamans qui se sentent épuisées émotionnellement. Des chiffres sensiblement proches, qui lèvent le voile sur ce que peuvent ressentir les pères ou seconds parents dans cette période de transformation. Cette fatigue s’exprime néanmoins différemment que chez la mère, quand elle a porté l’enfant. « L’épuisement émotionnel de la maman est surtout lié à l’attachement intense qui s’installe avec le bébé », précise Christèle Albaret, psychosociologue et fondatrice de la Clinique E-Santé. « Du côté du papa, il s’agit d’une fatigue mentale et physique, plus qu’émotionnelle, qui résulte d’un déséquilibre entre les attentes de son environnement, et ses ressources », poursuit l’experte. 

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Nouvelle pression sociale ? 

Les circonstances de l’accouchement participent, dans certains cas, à cette fatigue. « La poche des eaux de ma compagne s’est fissurée trois jours avant l’arrivée du bébé. Nous sommes restés trois jours à la clinique, à attendre les contractions. Quand nous sommes rentrés à la maison, deux jours après la naissance de notre fils, la joie des débuts a laissé place à la fatigue », raconte Allan. « Mon moral a pris un coup. » 

« Le congé paternité devrait être plus long »  

Cette fatigue physique et mentale chez le papa s’explique aussi par la reprise du travail, cumulée aux injonctions du « père parfait ». Depuis le 1er juillet 2021, la durée du congé paternité est de 25 jours calendaires en France. Néanmoins, cette période est très rarement honorée dans sa totalité. « J’ai repris le travail rapidement, parce que je devais poser mes jours en avance et que ma compagne a accouché trois semaines avant le terme », déplore Allan. « Quand je rentrais, je prenais le relai en m’occupant de mon fils, mais j’étais déjà très fatigué par mon travail. Je pense que le congé paternité devrait être plus long », estime-t-il. « Le rôle des néo-parents évolue, avec un meilleur équilibre dans la prise en charge de l’enfant », observe Christèle Albaret. « Le co-parent s’occupe des courses, des biberons la nuit. Il y a une pression sociale qui impose au papa d’assurer les tâches à la maison, tout en conservant l’ancien format de l’homme au travail. Mais c’est une super bonne nouvelle ! Ça prouve que le papa, aujourd’hui, est pleinement investi. »  

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Une période d’apprentissage pour les deux parents 

Benoît, 37 ans, partage ce sentiment. Papa d’une petite Chloé, 3 ans et demi, et d’Olivia, cinq mois, ce cadre commercial à Rennes n’a pas pu bénéficier de ses 25 jours de congé. « J’étais plus vite énervé au travail, facilement agacé quand ma fille pleurait », avoue-t-il. « Psychologiquement, l’arrivée de ma deuxième fille m’a paru plus dure que celle de l’aînée. Il faut dire que j’ai trois ans de plus, donc j’ai peut-être moins de patience. » Dans le top 3 des difficultés exprimées par les parents durant le post-partum, il y a la fatigue physique, la gestion de la fratrie quand un ou plusieurs enfants sont déjà là, et le manque de temps pour soi, précise Christèle Albaret. « Les journées se répètent et se ressemblent. À part m’occuper de mes enfants et travailler, je n’avais le temps de rien faire. Ma fille est née un mois avant les fêtes, et autant dire que cette période était beaucoup moins joyeuse que les autres années », poursuit Benoît. 

« On ne m’a jamais demandé comment j’allais »

Pour les papas, il n’est pas toujours évident d’extérioriser ses émotions. « Contrairement à moi, ma compagne n’avait pas l’échappatoire du travail, et j’ai beaucoup culpabilisé. Je me demandais ce que je pouvais faire pour qu’elle aille mieux, et j’avais tendance à intérioriser ce que je ressentais, à me renfermer sur moi-même », explique Benoît. Les pères ou co-parents ont souvent du mal à trouver une oreille attentive, à l’extérieur du foyer. « Pour les gens, le post-partum est une période joyeuse, donc il est difficile d’expliquer pourquoi on pourrait être fatigué nous aussi. On se dit qu’on doit tenir pour notre famille, donc ça joue psychologiquement », poursuit le père de deux enfants.  

Du côté du corps médical, les seconds parents se sentent peu soutenus après la naissance de l’enfant. « On est tellement accompagnés pendant la grossesse. Par exemple, j’ai participé à tous les cours de préparation à l’accouchement, avec ma partenaire. Mais après l’arrivée du bébé, on se retrouve seuls face à ce chamboulement », déplore Allan. « Le suivi de ma conjointe après la naissance de nos filles était plus complet, rebondit Benoît. Elle avait quelques consultations pour parler avec des professionnels de santé. Cependant, moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais. Je pense qu’il serait bien de proposer aux papas un rendez-vous avec une personne extérieure à son entourage, spécialisée dans la parentalité. » Des services d’aide, comme l’application « Gallia & Vous », émergent pour aider les parents dans cette période d’apprentissage. « Le manque de sommeil est une pratique qu’on peut utiliser pour la torture, donc quand un parent ne dort pas, ça engendre un déséquilibre émotionnel, physique, psychologique et mental. C’est pour cela qu’ils ont besoin de soutien », insiste Christèle Albaret. 

La dépression post-partum concerne aussi les papas 

Durant la période du post-partum, on distingue plusieurs phases : celle du baby blues, lié à un bouleversement hormonal que peuvent ressentir certaines femmes ; et la dépression post-partum, quand les symptômes de tristesse ou d’anxiété durent au-delà de quinze jours. « C’est quelque chose de beaucoup plus profond, qui nécessite un traitement médical et psychothérapeutique pour aider le parent à surmonter cette période difficile », souligne Christèle Albaret. La dépression post-partum touche 10 à 15% des mères dans le monde, selon un rapport de la Commission des 1000 premiers jours. Plus rare, elle peut également concerner les pères. Sur son site Internet, l’experte propose un diagnostic de la dépression paternelle.  

« C’est OK d’être un papa suffisamment bon, plutôt qu’un père parfait » 

Qu’il s’agisse d’une fatigue naturelle ou d’une dépression post-partum, Christèle Albaret recommande aux jeunes papas d’accepter de demander de l’aide. « Ensuite, les papas peuvent s’inspirer de modèles qui leur plaisent, et construire le père qui fait sens pour eux. Ne pas se mettre la pression, et s’autoriser à agir différemment de ce qui a toujours été fait. Souvent, on s’imagine que les biberons seront toujours nickel, que la maison sera toujours propre, et qu’on sera toujours attentif au bébé, sans s’énerver. Mais c’est OK d’être un papa suffisamment bon, plutôt qu’un père parfait », assure-t-elle. L’experte invite aussi les co-parents à consulter un psychologue, ne serait-ce que pour quelques séances. Quoi qu’il en soit, « la communication dans le couple est le maître-mot pour bien vivre un post-partum. » 

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